Sept ans que les défaillances d’entreprises n’ont pas été aussi nombreuses dans les Alpes-Maritimes. Dès lors, comment imaginer que la transition écologique ne soit pas la grande sacrifiée de la conjoncture ? Comment le sujet de la durabilité peut-il encore être audible pour les acteurs économiques du territoire ? C’est ce que l’UPE 06 a choisi d’aborder à l’occasion des Entreprenariales, son grand salon annuel consacré aux dirigeants azuréens.
"Avant de penser à décarboner son entreprise ou son industrie, on pense d'abord à payer ses salaires, ses fournisseurs, ses taxes"
"Quand vous avez moins de moyens, la première chose que vous coupez, ce sont les investissements qui ne sont pas rentables à court terme, analyse Pierre Ippolito, président du syndicat patronal. Avant de penser à décarboner son entreprise ou son industrie, on pense d’abord à payer ses salaires, ses fournisseurs, ses taxes et ses impôts. La transition arrive après."
Jusqu’au dépôt de bilan
L’équation serait donc simple, du moins pour la majeure partie des TPE-PME : sans développement économique, point de transition. "Ça coûte très cher, la transition écologique, confirme Jean-François Puissegur, vice-président de l’UPE06. Il n’y a pas de transition énergétique sans performance des entreprises."
"On dit que les entreprises ne jouent pas le jeu, c’est faux, reprend Pierre Ippolito. J’en connais qui étaient précurseurs dans la transition écologique et qui pour certains ont déposé le bilan parce que justement, ils ont surinvesti dans des transitions alors que le marché s’est retourné. Des transporteurs par exemple ont acheté des véhicules au gaz pour décarboner la mobilité. Or, avec la crise en Ukraine, les prix ont été multipliés par 5 et leurs propres clients leur ont demandé de remettre des véhicules thermiques, diesel. Ils se sont retrouvés avec des dizaines de véhicules au gaz sur les parkings, qu’ils ont payés et payaient tous les mois, jusqu’à déposer le bilan."
Alerter les pouvoirs publics
Pour le patron des patrons maralpins, toute société engagée dans la responsabilité doit en être récompensée. Ce qui n’est aujourd’hui pas le cas selon lui. Et d’assurer que même les marchés publics ne valorisent pas les bons élèves dans leurs appels d’offres. "Pour le même service, entre une entreprise 20 % plus chère parce qu’elle a décarboné sa solution et une autre qui n’a pas décarboné, le choix se portera sur cette dernière. Les collectivités n’ont pas les moyens, je ne leur jette pas la pierre", indique Pierre Ippolito.
"On ne réussira pas notre transition écologique sans incitation"
L’UPE06 veut ainsi saisir l’occasion donnée par son traditionnel salon pour "tirer la sonnette d’alarme" auprès des pouvoirs publics. Pour Jean-François Puissegur, "on ne réussira pas notre transition écologique sans incitation, sans carotte. Aujourd’hui, on a le bâton mais pas la carotte."
Une carotte qui pourrait prendre la forme d’une réduction d’impôts "pour accompagner le financement et l’effort à l’investissement sociétal, avance Pierre Ippolito. On se pose bien la question d’augmenter temporairement l’impôt sur les sociétés par solidarité pour les grosses entreprises. C’est un débat que l’on doit pouvoir mener."
Un débat abordé lors des Entreprenariales 2024
Le débat sera notamment abordé cette année lors des Entreprenariales, qui se déroulent le 21 novembre à Nice, au stade Allianz Riviera. 5 000 visiteurs sont attendus dans ce salon dédié aux dirigeants d'entreprise.
Une fois n’est pas coutume, l’édition 2025 de cette manifestation se tiendra quant à elle en juin afin notamment de ne pas concurrencer le salon IBT, qui se tient également à l’automne. Elle sera couplée avec la soirée de passation du futur président ou de la future présidente de l'UPE06. Le mandat de Pierre Ippolito prendra fin en effet au printemps, après trois ans. Un mandat unique puisque le dirigeant a fait inscrire dans les statuts de l’UPE06 que celui-ci ne serait désormais plus renouvelable.