Au total 61 459 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi l’an passé (1 % de plus qu’en 2024) après trois années de hausse continue (+ 34 % en 2022, + 33 % en 2023, + 18 % en 2024). Mais le niveau atteint marque un nouveau record avec plus de 60 000 pertes d’emploi d’entrepreneurs en France pour la deuxième année consécutive.
"Cette apparente stabilisation ne doit en aucun cas nous rassurer : nous restons à un niveau inédit de pertes d’emploi entrepreneurial. Le contexte économique demeure fortement dégradé, marqué par une croissance atone, des tensions géopolitiques persistantes et une instabilité politique durable", met en garde Hervé Kermarrec, président de l’association GSC, pour qui l’année 2026 s’annonce déterminante. "Les premiers indicateurs restent contrastés et rien ne laisse présager d’amélioration rapide sur les plans économique et politique. Pour les entrepreneurs, les priorités demeurent claires : surveiller étroitement leur trésorerie, maîtriser leurs risques et, surtout, ne pas rester seuls face aux difficultés" insiste Hervé Kermarrec.
Spleen des dirigeants
"Le début de l’année 2026 ne laisse guère de répit avec 6 400 défaillances enregistrées rien qu’en janvier", affirme pour sa part Thierry Millon, directeur des études d’Altares. "Les cinq dernières années d’instabilité économique permanente ont fini par épuiser les ressources morales et financières de nombreux dirigeants", ajoute Thierry Million, qui note que "les dirigeants de TPE sont particulièrement exposés".
BTP et commerce dans l’œil du cyclone
Cette sinistralité de l’emploi des dirigeants d’entreprise est très contrastée selon les secteurs d’activité et les zones géographiques.
Ainsi le secteur de la construction concentre, à lui seul, plus d’un quart (25,2 %) du total des liquidations judiciaires en 2025 (14 485 dirigeants), même si ces chiffres témoignent d’une légère amélioration (- 3 %) après plusieurs années de forte dégradation. À noter que les sociétés dans l’immobilier – durement touchées par le ralentissement du marché post-covid – redressent la tête avec un recul marqué des liquidations d’entreprise (- 19,1 %).
Le commerce de son côté est, lui aussi, toujours à la peine sur le front de la disparition des emplois de dirigeants (12 228) mais là aussi avec une petite embellie (-1,8 %). La situation reste tendue surtout dans l’automobile (vente et réparation), qui concentre le plus grand nombre de liquidations judiciaires (2 666) en 2025, tandis que l’habillement montre une évolution plus favorable (- 9,0 %), après avoir essuyé de lourdes pertes ces dernières années.
La restauration fortement impactée
Autres secteurs sous pression, l’hébergement – restauration – débits de boissons avec une hausse de 7,6 % du nombre de liquidations judiciaires (7 982 entreprises concernées), les structures de la restauration étant les plus impactées, puisqu’elles concentrent à elles seules plus de huit liquidations sur dix dans le secteur (6 559 entreprises ; + 8,6 %) ; les services aux entreprises (+ 7,1 % ; 7 853 entreprises) ; l’industrie (+ 1,3 %) avec une baisse des liquidations judiciaires (- 4,9 %) dans la métallurgie, mais une forte hausse (+ 27,3 %) pour les activités liées à l’environnement et à l’énergie (recyclage, traitement des déchets, etc.). Le transport routier de marchandises, résiste (- 4,5 %), tant pour le fret de proximité que pour les longues distances, mais l’envolée des prix du carburant risque fort d’inverser la donne cette année.
Les jeunes dirigeants menacés
D’autres critères sont corrélés avec la perte d’emploi du dirigeant à commencer par son âge. L’âge médian des entrepreneurs ayant perdu leur emploi en 2025 a ainsi diminué légèrement en l’espace d’un an, passant de 46,3 à 45,8 ans, du fait de la hausse du nombre de dirigeants de moins de 26 ans impactés (+ 27,8 %). Toutefois, la tranche des 41-50 ans reste la plus touchée, avec 16 271 suppressions d’emploi, soit plus d’un quart du total. De nombreux dirigeants concernés occupaient des postes à la tête d’entreprises ayant plus de 10 ans d’existence, signe que "même des structures bien établies peuvent vaciller face à un contexte économique défavorable", résume l’étude GSC-Altares.
Les TPE vulnérables
La taille des entreprises est également vectrice d’une vulnérabilité structurelle persistante, puisque plus de 8 entrepreneurs touchés sur 10 dirigeaient une structure de moins de 5 salariés (50 451). Ces très petites entreprises concentrent en effet l’essentiel des difficultés : manque de trésorerie, vulnérabilité face aux impayés ou aux bouleversements de marché.
À l’inverse, les structures de plus de 50 salariés sont moins impactées par les pertes d’emploi des dirigeants (- 4,2 %), les grandes PME, plus anciennes et mieux capitalisées, résistant mieux aux aléas économiques, précise l’étude.
Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes en tête des pertes d’emplois
Enfin, la perte d’emploi des dirigeants est inégalement répartie sur le territoire, avec toujours une forte concentration en Île-de-France (14 319 dirigeants concernés, + 0,6 %), suivie de la région Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région la plus impactée avec 7 354 entrepreneurs s’étant retrouvés au chômage en 2025 (- 0,1 %). La situation s’est dégradée en Nouvelle-Aquitaine (+ 10,8 % pour 5 724 entrepreneurs) mais aussi en Corse (+ 7,4 % ; 393), dans le Grand Est (+ 3,1 % ; 4 339), dans les Pays de la Loire (+ 2,8 % ; 2 639) et en Occitanie (+ 1,2 % ; 5 565).
A contrario, la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur affiche la plus forte baisse (- 6,9 %, 5 813 entrepreneurs) et devance la Bourgogne-Franche-Comté (- 3,1 % ; 2 010) et la Bretagne (- 2,7 % ; 2 241).
Viennent ensuite la Normandie (2 476, -2,3 %), les Hauts-de-France (4 542 -2,2 %) et le Centre-Val de Loire (1 985, -0,5 %).
Au final, on constate que la moitié des régions françaises enregistrent des pertes d’emploi de dirigeants en hausse en 2025.