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Pays de la Loire : les incubateurs de start-up revoient leur copie
Enquête Pays de la Loire # French Tech # Innovation

Pays de la Loire : les incubateurs de start-up revoient leur copie

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En Pays de la Loire, les incubateurs de start-up font leur mue. Diversification des projets soutenus, gouvernance renouvelée, recentrage stratégique, modification des programmes d’accompagnement et ouverture à l’international : à l’heure des grandes transitions, ces viviers de jeunes pousses revoient leur feuille de route.

Dans tous les territoires de la région, des structures accompagnent les start-up et les projets innovants pour qu’ils grandissent dans leur écosystème et viennent l’enrichir — Photo : Baptiste Léon

Depuis quelques mois, on observe une effervescence particulière au sein des incubateurs ligériens. Ici et là, les feuilles de route de toutes ces structures éleveuses de start-up sont revues et corrigées. De Nantes à Angers, de La Roche-sur-Yon au Mans, on élargit son horizon de recrutements de nouveaux projets, on se rapproche des secteurs industriels, on revoit ses statuts ou son conseil d’administration, on ouvre davantage les yeux sur les besoins réels… Quel vent nouveau souffle-t-il donc pour que chacune de ces structures revoit sa copie ? Et, qu’elles soient publiques, privées, ou les deux à la fois, qu’est-ce qui fait leur différence ?

Plus de 30 incubateurs dans les Pays de la Loire

Avant de plonger dans les coulisses de ces chambardements en cours, faisons un petit saut chez l’Oncle Sam. C’est en effet aux États-Unis que ce concept d’incubateur est né dans les années 1980. Le mot "incubateur" vient du latin incubare, qui signifie littéralement "couver", comme une poule avec ses œufs. Par extension, un incubateur est un lieu ou un dispositif permettant à quelque chose de croître et se développer dans des conditions protégées et favorables. Dis autrement, un endroit où on a le temps prendre du poids et des plumes, avant le grand décollage.

Depuis leur émergence, d’un bord ou de l’autre de l’Atlantique, les start-up sont en réalité de petites choses fragiles, et l’incubateur est ainsi le lieu qui les protège, les accompagne, dans leurs premiers mois, voire leurs premières années. Selon l’agence Nantes-Saint-Nazaire Développement, on compte aujourd’hui, rien qu’en Loire-Atlantique, une vingtaine de ses structures apportant aux jeunes pousses du territoire des locaux, des ressources, des conseils, des financements, des réseaux… Et, à l’échelle de la région Pays de la Loire, de l’IMT Atlantique à La Cabine, d’Atlanpole à WeForge, de Village By CA à la Cantine X La French Tech, plus de trente structures (entre 400 et 450 à l’échelle nationale) ont poussé comme des champignons en 25 ans.

À Nantes, une mission élargie pour La Cantine X La French Tech

Après plus de 20 ans sur les routes de l’innovation, l’heure serait donc à la révision pour nos incubateurs. L’une des mues les plus spectaculaires observées récemment s’est produite à Nantes. Née en 2008, La Cantine du numérique, son ex-patronyme, s’était endormie sérieusement sur un lit de lauriers bien fanés d’une gloire passée. Celle qui avait vu naître Lengow, une des plus belles réussites nantaises, est devenue voilà quelques mois La Cantine X La French Tech. Un symbole pour cette structure en mal de cap et d’ambition depuis quelques années, en dépit de résultats indéniables. "Plus de 15 000 entreprises sont passées par ce lieu historique et ont bénéficié d’un soutien pour relever leurs défis d’innovation, de business et d’impact, souligne Adrien Poggetti, directeur de La Cantine X La French Tech. Sur la grande métropole nantaise, le numérique représente aujourd’hui quelque 15 000 emplois nets supplémentaires depuis 2014. Nous sommes passés de 20 800 à un peu plus de 34 500 en 2024. Mais nous avons fait un constat : après le Covid, les attentes des entreprises ont changé."

"Les crises successives ont radicalement bouleversé le paysage B to B, avec des attentes beaucoup plus centrées sur le business et une raréfaction des financements"

Le changement, c’est donc maintenant, et c’était urgent. "Les crises successives ont radicalement bouleversé le paysage B to B, avec des attentes beaucoup plus centrées sur le business et une raréfaction des financements, analyse Adrien Poggetti. Notre ambition, très portée sur l’impact, a trouvé moins de prise avec la réalité quotidienne et opérationnelle de nos adhérents. Nous avons donc fait le choix de revoir en partie notre positionnement." Ce réveil, nécessaire, au-delà du changement de nom, est incarné par une nouvelle feuille de route avec 5 objectifs : ouvrir le réseau au-delà du numérique, multiplier les opportunités business pour ses adhérents, démocratiser l’usage de l’IA, prendre soin de la santé des structures et de leurs dirigeants, fédérer et impliquer tout l’écosystème. Longtemps épicentre de la galaxie numérique nantaise, La Cantine affiche dès lors de nouvelles ambitions au sein d’un écosystème de start-up qui s’est fortement diversifié, et qui a vu apparaît de nouvelles têtes d’affiche, comme Underdog, désormais au conseil d’administration de l’association, via Claire Bretton, cofondatrice de cette start-up spécialisée dans le reconditionnement du gros électroménager.

Davantage de business et de solutions de financement

Avec 285 adhérents, aujourd’hui, La Cantine X La French Tech veut également en porter le nombre à 350 d’ici à un an, et à 750 d’ici à 5 ans. Au-delà du nombre d’adhérents, amené à croître et à incarner davantage la biodiversité des acteurs économiques, c’est l’accompagnement lui-même qui a été réorienté, à l’aune des besoins des entreprises. "Après de longs mois dédiés à l’écoute du réseau et aux rencontres avec les différentes parties prenantes, plusieurs besoins clés ont émergé parmi les entreprises et start-up accompagnées par La Cantine, reconnaît Adrien Poggetti. Elles souhaitent avant tout davantage de business et de mise en relation pour développer leurs activités. Elles expriment aussi un besoin accru d’entraide et d’une plus grande attention portée à la santé des structures adhérentes. Les entreprises souhaitent également un meilleur accès à l’intelligence artificielle. Enfin, elles demandent davantage de solutions de financement, ainsi que des learning expeditions et des initiatives inspirantes pour nourrir leur créativité et leurs projets."

Des entreprises nées de la recherche

Créé il y a 35 ans, Atlanpole, à Nantes, est le navire amiral de l’innovation en Pays de la Loire. Financé par des deniers publics (de la métropole nantaise à l’Europe), le porte-avions de l’innovation a vu naître de ses flancs Eurofins (test biologique), Valneva (vaccin) ou le spécialiste de la relation client augmentée iAdvize. Plus récemment, c’est le producteur d’hydrogène vert Lhyfe qui a fait ses premiers tours de bassin au sein d’Atlanpole. Labellisé par l’État en 1999 comme incubateur régional dans le cadre du programme d’incubation de la recherche publique, Atlanpole vit depuis quelques semaines, une évolution majeure. Après 35 ans d’existence, dont 25 comme incubateur régional labellisé, le technopôle nantais qui compte 40 salariés passe du statut de syndicat mixte à celui de Groupement d’Intérêt Public (GIP). Cette transformation, validée par arrêté préfectoral et entérinée lors de l’Assemblée générale constitutive du 23 janvier, et annoncé finalement le 8 avril de manière officielle, permet désormais d’associer les entreprises, les établissements privés d’enseignement supérieur ou encore les institutions financières à la gouvernance de la structure.

Un chemin de la start-up à l’ETI

Jean-François Balducchi, délégué général d’Atlanpole, fer de lance de l’innovation en Pays de la Loire — Photo : DR

Fait nouveau, le GIP Atlanpole s’appuie désormais sur une gouvernance à deux collèges. Le collège public, majoritaire, regroupe la Région Pays de la Loire, Nantes Métropole, Saint-Nazaire Agglomération, Cap Atlantique, Pornic Agglo Pays de Retz, le CHU de Nantes, Nantes Université, des grandes écoles et la CCI Nantes Saint-Nazaire. Le collège privé rassemble les entreprises accompagnées, les pôles de compétitivité, des établissements privés et des financeurs, autrement dit des banques. Parmi les représentants du tissu économique figurent désormais Charlotte Schoelinck (Lisaqua), Olivier Kitten (Affilogic), Guillaume Accarion (Akajoule), Patrick Cheppe (Europe Technologies) et Yann Pichot (Tronico). Cette gouvernance renouvelée, avec force entrepreneurs autour de la table, permet de mieux saisir la mission très large de cette structure, parfois "difficile à appréhender, voire à comprendre", reconnaît une de nos sources.

"Chaque année, les actions d’Atlanpole conduisent à la création de l’équivalent d’une PME de 180 collaborateurs"

Autre bonne nouvelle, avec son nouveau statut de GIP, Atlanpole entend bien franchir un cap, avec l’apport de financements privés, qui viendront abonder son budget de 3 millions d’euros. S’ajoute un recentrage sur la deeptech, soit un accent mis sur les projets à très forte valeur scientifique et technologique. "L’ADN même d’Atlanpole, c’est une dynamique qui relie les laboratoires aux entreprises, du plus amont de l’innovation jusqu’à la PME ou l’ETI, insiste Jean-François Balducchi, délégué général d’Atlanpole. Notre ambition, c’est bien de faire émerger des entreprises issues de la recherche publique, de toute forme d’innovation, et de les accompagner dans leur croissance pour en faire de belles PME, de belles ETI, ambitieuses, créatrices de valeur, capables de rayonner à l’international depuis notre territoire." Depuis sa création, 759 projets ont été accompagnés par Atlanpole. En 2024, on compte 50 start-up deeptech accompagnées, sur 192 projets. Chaque année, les actions d’Atlanpole conduisent à la création de l’équivalent d’une PME de 180 collaborateurs au chiffre d’affaires de 10 millions d’euros.

En Vendée, choisir la qualité plutôt que le secteur d’activité

Lucile Guitter, conseillère à la CCI Vendée et responsable du suivi des entreprises accompagnées par La Cabine — Photo : David Pouilloux

Atlanpole est l’incubateur de référence dans la région des Pays de la Loire, mais à côté du vaisseau amiral, d’autres flottilles émergent de l’écosystème, et revoient aussi depuis peu leur approche. À l’image de La Cabine, une initiative de la CCI de Vendée, qui après 5 ans d’existence, a su corriger le tir. "Nous avons progressivement élargi son périmètre à toutes les jeunes entreprises innovantes, voire à des entreprises plus matures qui portent des projets d’innovation, précise Lucile Guitter, conseillère à la CCI Vendée et responsable du suivi des entreprises accompagnées par La Cabine. L’objectif était initialement de retenir et de faire grandir les pépites locales, notamment dans le digital, sur notre territoire vendéen. Mais nous avons revu notre copie initiale et appliqué les méthodes d’accompagnement dédiées aux start-up à d’autres types d’entreprises innovantes, des PME par exemple, même en dehors de la tech. Ce qui compte le plus pour choisir nos 8 lauréats, sur les 40 candidatures reçues en moyenne chaque année, c’est clairement la qualité du projet, sa singularité, la motivation du porteur de projet, et non le secteur d’activité."

Mentors et parrain au chevet de start-up

Sophie Georger-Ménereau, présidente du Medef Vendée et élue de la CCI 85, qui a lancé La Cabine — Photo : David Pouilloux

Lors de sa quatrième saison, La Cabine a ainsi accompagné pour une durée de six mois huit projets liés à la tech, mais aussi, fait marquant, liés à l’environnement, à l’économie circulaire ou à l’alimentaire. À la fois collectif et individuel, l’accompagnement de La Cabine possède une composante particulière, le rôle des mentors : "Un élément clé du programme en Vendée, souligne Sophie Georger-Ménereau, présidente du Medef Vendée et élue de la CCI 85. Ce sont des chefs d’entreprise expérimentés, souvent en fin de carrière ou retraités, qui viennent partager leur savoir-faire, leurs expériences, et leur vision. Ils aident ainsi les start-up à grandir en s’appuyant sur les valeurs et les compétences du territoire vendéen." Elle ajoute : "Le parrain de La Cabine est Frédéric Mazzella, fondateur de BlaBlaCar. Son parcours est une belle source d’inspiration pour les startuppers vendéens. Il est lui-même originaire de Vendée, et quand on voit son succès, cela donne envie à nos jeunes entrepreneurs de suivre le même chemin."

Des ateliers conduits par le nantais Startup Palace en Vendée

Florian Hervéou est le cofondateur du Startup Palace, à Nantes, qui a signé un partenariat avec l’accélérateur vendéen La Cabine — Photo : Startup Palace.

Originalité à relever, depuis son lancement, La Cabine a noué un partenariat avec Startup Palace, opérateur nantais de programmes d’accélération d’entreprises, qui anime dix des douze ateliers du programme vendéen. "Nous apportons notre savoir-faire dans l’accompagnement des start-up, indique Florian Hervéou, cofondateur du Startup Palace. Notre méthodologie est régulièrement mise à jour. Nous sommes de bons vulgarisateurs et animateurs, ce qui permet de rendre les concepts accessibles aux entrepreneurs qui n’ont pas forcément une culture start-up." Il ajoute : "On forme les fondateurs de start-up au pitch, aux financements, à la communication, à la relation client, au marketing… On leur fait rencontrer des dirigeants de start-up qui ont réussi." Pas inutile quand on sait, selon différentes enquêtes, qu’entre 60 et 90 % des start-up disparaissent corps et biens avant cinq ans d’existence.

WeForge, la volonté de créer une auberge espagnole

Simon Gérard, cofondateur de WeForge à Angers, "une sorte d’auberge espagnole d’entreprises" — Photo : Eddy Lemaistre

À Angers, c’est une tout autre forme d’accompagnement qui a été créée en 2012 par deux entrepreneurs, Simon Gérard et Julien Fournier : WeForge. Une structure privée, modèle hybride qui aide les jeunes entreprises à développer leur activité, présent avec deux sites à Angers, deux à La Roche-sur-Yon, un à Cholet et bientôt un au Mans. "Avec la conviction qu’ensemble on est plus forts, il s’agissait de créer une sorte d’auberge espagnole d’entreprises où on s’entraide, témoigne Simon Gérard. Notre métier, c’est de connaître le tissu local pour mettre en relation le plus efficacement possible les start-up avec les acteurs locaux, de connecter les besoins des uns au savoir-faire des autres, avec une vision à très long terme. L’objectif c’est que les entreprises créent de la valeur et qu’elles se pérennisent." Environ 600 personnes, avec plus de 100 compétences métiers différentes, sont accueillies quotidiennement et plus de 600 entreprises utilisent chaque jour les services de WeForge.

Avocats et experts-comptables à domicile

Ces forgerons, comme sont appelés les entrepreneurs installés à WeForge, peuvent bénéficier de locaux, d’événements networking et de workshops thématiques, et de mises en relation avec des réseaux d’entrepreneurs, de clients, d’investisseurs ou de prestataires. Originalité du modèle angevin, des avocats et des experts-comptables y tiennent par exemple des permanences pour répondre aux interrogations des uns ou des autres. "Ici, les gens ont souvent les mêmes problématiques, soutient Simon Gérard. Il y a énormément d’échanges quotidiens informels. Le plus difficile et le plus long a été de créer cette communauté. Dans les nouveaux lieux que nous ouvrons, cela va plus vite. Ce que l’on adore, ce sont les porteurs de projet. Une fois que leur modèle est trouvé, cela devient souvent une entreprise à part entière."

Au sein de WeForge, la diversité des profils et des activités fait naître des partenariats ou des projets nouveaux. "Nous n’avons en effet jamais formalisé de programme d’accompagnement car les temporalités, les urgences et les besoins des uns et des autres sont différents, explique Simon Gérard. Nous avons besoin de les voir évoluer pour nous adapter au fur et à mesure." Le lieu privilégie ainsi les rencontres, les échanges entre les forgerons et la mise en relation entre pairs ou avec de potentiels clients.

Temps d’incubation variable et retour sur investissement potentiel

L’équipe d’Athéna dans le laboratoire de l’IMT Atlantique. Une start-up de la deeptech, hébergé depuis 2017 au sein de l’incubateur situé à Nantes — Photo : David Pouilloux

Autre acteur clé de l’incubation en Pays de la Loire, l’IMT Atlantique, se déploie à Nantes, Rennes et Brest. Dans ses trois incubateurs, une quarantaine de start-up grandissent, avec une approche singulière, à la croisée de la recherche académique et de l’entrepreneuriat technologique. Si le nombre de projets incubés tend à se stabiliser, c’est en partie, selon Pierre Tremenbert, directeur de l’incubateur, à cause d’un recentrage des profils d’ingénieurs vers les grandes entreprises. "Les activités de défense au sein des grands groupes sont aujourd’hui en plein essor. Il n’y a donc que peu d’ingénieurs qui sortent de ces grosses écuries pour fonder leur propre projet", observe-t-il. Pour pallier ce ralentissement, l’école mise sur la formation des doctorants à l’esprit d’entreprise, un levier désormais stratégique : "Nous investissons de plus en plus ce champ", souligne-t-il.

Au sein de l’IMT, la phase d’incubation, d’une durée initiale d’un an renouvelable, reste flexible et adaptée aux besoins spécifiques des projets. "La deeptech Athena, qui cherche à produire de l’hydrogène, est présente dans les locaux depuis 2017. Sa technologie deeptech induit de fait un besoin de plus de temps pour se développer, auquel nous nous adaptons", précise Romain Hué, responsable du site nantais. Non rentable par nature, l’activité d’incubation est pensée comme un investissement à long terme, en lien étroit avec les missions de l’école. "Les réussites entrepreneuriales peuvent par exemple plus tard nous verser une taxe apprentissage. Elles peuvent également intervenir dans certains enseignements, ce qui nous évite certains coûts", complète Pierre Tremenbert.

Un incubateur pour les projets de mobilités et d’énergies

En Sarthe, Le Mans Innovation soutient depuis plusieurs années l’émergence de projets innovants. En plus des start-up qu’elle accompagne, la structure, comme l’IMT Atlantique, s’ouvre aussi aux étudiants porteurs de projets entrepreneuriaux, en lien avec les écoles et les dispositifs locaux. Toujours en Sarthe, avec XMobility Le Mans, c’est un nouveau cap stratégique qui se dessine : celui d’un recentrage assumé sur les thématiques des mobilités et des énergies. Dans la ville des 24 heures du Mans, ce futur incubateur est actuellement en chantier. Il marque aussi une ambition internationale, assez rare chez les incubateurs, avec l’objectif d’attirer des start-up du monde entier, à la recherche d’un terrain d’expérimentation et de passage à l’échelle. Installé sur un site de 4 200 m², il proposera notamment une usine partagée de 800 m² pour accompagner les phases de prototypage et d’industrialisation. Les premiers résidents seront des porteurs de projet spécialisés dans l’hydrogène liquide, symbole d’une nouvelle orientation technologique.

Un business model bancal à repenser

L’incubateur de start-up industrielles la S-Factory n’a pas su trouver un business model lui permettant d’assurer sa pérennité — Photo : David Pouilloux

Au joyeux pays des incubateurs qui poussent comme des champignons un jour de pluie, tout le monde n’a pas la chance d’être biberonné aux financements publics. Ces derniers permettent, et c’est sans doute une bonne chose, à de jeunes entreprises à la trésorerie parfois famélique, d’être accompagnées à peu de frais et aux incubateurs de vivre leur vie sans se casser la tête pour trouver des recettes. Mais lorsque le business model n’intègre pas d’argent public, les choses se corsent. À Nantes, deux crashs récents d’incubateurs de start-up industrielles méritent d’être mis en lumière : celui de la S-Factory et celui de la Forge des Batignolles. L’une a tenu deux ans avant de disparaître, l’autre n’a pas tenu un an.

Que s’est-il passé ? Pour la S-Factory, le problème était le business model qui reposait sur l’hébergement de start-up industrielles, d’un côté, et de l’autre, de bureaux de coworking, de l’autre, bureaux qui n’ont pas attiré les foules, et donc permis à la structure de trouver son équilibre financier. Aujourd’hui, l’ensemble des locaux fait le bonheur d’Underdog, qui a repris le bail.

Pas assez de candidats pour l’incubateur de start-up industrielles

Le visuel du projet de rénovation de La Forge des Batignolles, à Nantes, portée par Foncière Magellim — Photo : Fonciere Magellan

Pour la Forges des Batignolles, c’est l’absence de candidats à s’installer qui a fait pivoter le projet. Le propriétaire du lieu, la foncière Magellim REIM, a décidé de réorienter sa stratégie vers de plus gros acteurs. "Nous nous attendions à avoir beaucoup plus de start-up intéressées, reconnaît Steven Perron, président de Magellim. Le contexte économique de 2024 n’a pas aidé. Les start-up fonctionnent via des levées de fonds, qui ont été plus difficiles à boucler. Cette tendance va se poursuivre en 2025."

L’investissement dans ce projet se chiffrait à 23 millions d’euros, porté à 60 % par Magellim et à 40 % par la Banque des Territoires. La foncière a donc souhaité sécuriser son investissement dans le lieu, avec l’arrivée de CGI, une entreprise de services conseils en informatique (90 000 salariés dans le monde, 15 000 en France) qui va louer 3 700 m² de bureaux, sur les 5 600 m² totaux. "L’objectif premier était de réimplanter de la vie sur ce site, poursuit Steven Perron. Nous devions trouver un acteur fort qui relance la machine." Mais Steven Perron ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Magellim ne souhaite pas totalement abandonner le concept d’hébergement de start-up. "Il reste plusieurs centaines de mètres carrées de bureaux qui peuvent toujours être dédiés à cette activité."

Un business model 100 % privés pour le Crédit Agricole

Parmi les acteurs privés, les banques sont au rendez-vous pour accompagner les 13 000 start-up françaises. Le Crédit Agricole a lancé voilà 10 ans ses villages By CA et fait payer 6 000 euros par an aux jeunes pousses pour les accompagner sur trois axes : la structuration de l’entreprise, son développement commercial et sa visibilité. "Nous avons 47 incubateurs aujourd’hui, couvrant la France, l’Italie et le Luxembourg, précise Alexis Maudet, responsable du Village By CA Atlantique Vendée. Un peu plus de 1 500 start-up ont été accompagnées en dix ans, dont 103 ici entre La Loire-Atlantique et la Vendée." Résultat pour le Village By CA, implanté au sein du Campus du Crédit Agricole à Nantes ? Plus de 600 emplois créés depuis 2017 et 60 millions d’euros de levée de fonds opérés. "Notre originalité est d’accompagner les start-up, sur 24 mois, mais aussi les entreprises traditionnelles dans leur besoin d’innovation, sur la durée, ou sur deux à trois mois pour accompagner un de leur projet, à la manière de ce que l’on fait avec une start-up. Lorsqu’une PME ou une ETI a besoin de trouver des solutions innovantes pour résoudre des problèmes, nous piochons de notre vivier de 1 500 start-up et les mettons en relation. C’est sans doute ce qui fait l’originalité de notre modèle." Connecter deux mondes qui parfois s’ignorent au lieu de s’apprécier.

Pays de la Loire # French Tech # Industrie # Innovation # Réseaux d'accompagnement # Start-up