Force est de reconnaître que la loi Copé-Zimmermann de 2011, suscite surtout des interrogations parmi les chefs d'entreprise de la région, voire des silences. « Ils entendent parler de parité, mais n'ont pas précisément conscience du caractère légal et obligatoire à venir », reconnaît Jacques-Olivier Pesme, délégué régional de l'IFA, Institut Français des Administrateurs Sud-Ouest-Aquitaine. Les sanctions, méconnues, sont pourtant importantes : la nullité des nominations et la suspension de la rémunération des jetons de présence en cas de composition irrégulière du conseil.
Quatre sociétés concernées de suite dans le Sud-Ouest
De même, un certain flou règne sur la catégorie d'entreprises concernées. « Il s'agit pour l'instant des sociétés cotées sur un marché réglementé et non celles côtés sur Alternext ou le marché libre. Dans le grand Sud-Ouest, au final, seules quatre sociétés sont cotées sur Euronext », précise Jacques-Olivier Pesme. Les sociétés cotées, pourtant, ne seront pas seules concernées à terme. « En 2017, la loi s'appliquera également aux sociétés, qui, pour leur troisième exercice consécutif, emploient un nombre moyen d'au moins 500 salariés permanents et présentent un montant net de chiffre d'affaires ou un total de bilan d'au moins 50 millions d'euros », rappelle Catherine Michelet Quinquis, membre de IFA, avocate chez E & Y.
200 entreprises touchées en 2017
Confirmant ces dires, Isabelle Allemand de l'Observatoire de la parité dans les conseils d'administration, situé à Dijon, ajoute tout de même que seules les SA sont soumises à la loi, mais « pas les SARL, ni les SAS ». Pour Jacques-Olivier Pesme, « approximativement, ce serait alors près de 200 entreprises en Gironde qui entreraient dans cette catégorie. Et même si on sait que les conseils d'administration sont majoritairement masculins, il est difficile de donner un pourcentage actuel de cette parité. Il y a aussi beaucoup de sociétés familiales qui intègrent souvent frères et soeurs, épouses et époux, mais cette information n'est pas communiquée. »
Mise en oeuvre complexe
Sur le terrain en tout cas, l'application de la loi s'avère complexe. À titre d'exemple, l'entreprise Johanes Boubée (700 millions d'euros de CA, 600 salariés), ne serait pas concernée. « Nous avons un comité de direction comprenant une femme sur les six membres, mais pas de conseil d'administration, puisque nous dépendons du groupe Carrefour, qui par ailleurs a pris ce sujet de la parité en main. Mais cela se traduit dans le recrutement, un esprit d'équilibre sur les postes et les salaires, le recours à un consultant pour sensibiliser à la parité homme-femme dans l'entreprise », témoigne Didier Thibaud, Dg de cette société. Dans une autre grande entreprise de Gironde, Ceva Santé Animale (600 millions d'euros de CA et plus de 3.000 salariés), la loi Copé-Zimmerman ferait chou blanc. « Nous avons une société privée et non cotée en bourse, déclare Marc Prikazsky, le P-dg. Il faut arrêter de légiférer sur tout. De plus, dans les conseils d'administration, ce sont les investisseurs qui choisissent leurs administrateurs. Ce n'est pas si simple. Dans mon conseil, j'ai un administrateur libre que j'ai choisi. C'est une femme, mais je ne l'ai pas choisi parce c'est une femme, mais parce que c'est la meilleure. Tout ce que nous pouvons et essayons de faire, c'est surtout de permettre aux femmes de notre entreprise d'avoir des opportunités pour évoluer et d'entrer de plus en plus dans la hiérarchie. »
Un vivier de femmes administratrices trop réduit
Certains évoquent aussi la difficulté de trouver un vivier de femmes administratrices en région, contrairement aux sociétés parisiennes qui attirent plus facilement des profils de femmes-managers à l'international. Pour l'avocate Catherine Michelet Quinquis « même si cette loi a été décriée, on s'est rendu compte que les pays les plus avancés sur ce point, l'Espagne ou les pays nordiques sont passés par une règle légale de parité. L'objet de cette loi est d'être un fer de lance qui entraîne un mouvement, même si cela peut prendre du temps. »
La parité homme-femme dans les conseils d'administration est un sujet sensible. En Aquitaine, l'application de la loi Copé-Zimmermann, qui vise à instaurer 20 % de femmes en 2014 dans les conseils d'administration et 40 % en 2017, ne coule pas de source.