Plus de six mois se sont désormais écoulés depuis l'élection de François Hollande et la nomination de son Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Cent quatre-vingts jours où le gouvernement a soufflé le chaud et le froid sur les chefs d'entreprise. Imposition à 75% et plus-values de cession, il n'en faudra pas plus pour faire exploser en vol une confiance qui était déjà toute relative chez des patrons majoritairement acquis aux idées de la droite. Fronde des pigeons oblige, le gouvernement est donc revenu - en partie - sur les plus-values. Et puis face à des marchés de plus en plus pressants et un chômage en forte croissance, il a accouché d'un pacte - plutôt qu'un choc - de compétitivité. 20milliards de baisses de charges, 10milliards d'économies. Suffisant pour relancer la croissance? «Certains me disent "Ça peut m'aider". D'autres, "Je ne vois pas à quoi ça peut servir". Je ne sens pas un enthousiasme débordant, je ne sens pas de colère non plus», résume Patrick Caré, président du Medef Bretagne. «Il y a un contexte général qui fait que l'entreprise, globalement, est plutôt soit dans la difficulté sur son marché, soit dans l'expectative. Il y a un climat de confiance dégradé, relate, en écho, Joël Chéritel, président de l'Union des Entreprises pour l'Ille-et-Vilaine. Je reçois des messages d'espoir et des messages de détresse.» La détresse, en ce moment, elle est particulièrement vécue du côté de la restauration et du bâtiment, avec des taux de TVA qui vont plomber ces deux secteurs (lire ci-contre). «L'augmentation de la TVA dans la construction va rendre l'accès à l'habitat plus cher, souligne Hervé Kermarrec, patron du groupe de promotion rennais. Le risque c'est que toute la chaîne de l'immobilier subisse les effets de cette loi. Le logement social dépend du logement privé, et le bâtiment dépend de la construction, qui donne des ressources aux collectivités! Or, on assiste à des reports de projets de chantiers. L'année 2013 va sûrement être une année très difficile. Si le bâtiment ne reprend pas immédiatement, c'est tout un pan de l'artisanat qui va être en difficulté, et les emplois en péril.» Quant à la restauration, «la première vague de la crise en 2008 a balayé ceux qui vendaient n'importe quoi. Aujourd'hui, avec l'augmentation de la TVA, ce sont ceux qui n'ont pas de trésorerie qui vont payer et fermer», prévient le restaurateur rennais Sébastien Blot. Hormis ces deux secteurs, ce qui inquiète finalement le plus aujourd'hui les chefs d'entreprise, c'est la façon dont sera mis en place le crédit d'impôt. «Pas de conditions ni de saucissonnage», prévient Joël Chéritel. «Avec ce genre de mesures, vous pouvez bénéficier du crédit d'impôt quand vous faîtes la déclaration de vos activités 2013, c'est-à-dire en juin2014», souligne par ailleurs Jean-François Chevallier, président de l'association de business-angels Logoden Participations. «Si vous n'avez pas un DAF pointu en matière fiscale, vous ne récupérez rien!»
«Tant mieux si ça renforce celles qui vont bien»
Joël Chéritel ajoute par ailleurs qu'il n'est pas nécessaire de cibler uniquement les entreprises en difficulté. «Tant mieux si ça renforce celles qui vont déjà bien, indique le président de l'UE35. Ça veut dire qu'elles iront encore mieux pour renforcer leur R & D ou aller à l'export. Il n'y aura pas un trop-plein qui viendra remplir les poches des actionnaires. Dans mon entreprise (Rétis, ndlr), j'ai connu aussi des années difficiles. Et les années où l'on enregistre de beaux résultats, tout le monde en profite, y compris les salariés.» Déjà échaudés par les mesures concernant les plus-values de cession d'entreprise, les business-angels attendent de voir. Et étendent le débat. «Le mot compétitivité est utilisé à tort et à travers, fait ainsi remarquer Jean-François Chevallier. Quand on en parle, on insiste toujours sur le prix de revient du service ou du produit, c'est-à-dire le salaire. Mais si on limite le combat à cet élément, on est forcément perdant. Or il y a un autre aspect sur lequel on n'insiste pas assez, c'est l'innovation.»
Et l'innovation?
Les membres de Logoden Participations plaident donc pour une autre définition. «La compétitivité, ça devrait être à 50% liée à la fiscalité et à 50% à l'innovation, affirme leur président. Quand on a un produit innovant, on a de l'avance sur le marché. Or ce qui me gêne un peu, c'est que politiques comme syndicats, y compris patronaux, passent un peu vite sur ce qu'il faut faire pour améliorer les investissements en matière d'innovation.» Enfin, pour ce qui est des réductions de dépenses publiques annoncées, les patrons restent d'abord sceptiques (lire propos de Joël Chéritel ci-contre). Et d'avancer des propositions. Sans parler dans l'immédiat de suppressions de strates dans les collectivités, «il faut clarifier les compétences, avance Patrick Caré. Si par exemple on cantonnait les départements au social, peut-être qu'on dépenserait moins d'argent.» Et de croire à l'acteIII de décentralisation. «C'est une chance et je pense qu'en Bretagne on va aller plus vite que les autres.»
Vingt milliards d'euros d'allégement de charges, dix milliards d'euros d'économies dans les dépenses publiques. C'est un des leviers du gouvernement pour redresser la France. Suffisant? Les chefs d'entreprises d'Ille-et-Vilaine sont sceptiques.