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Opinel, le petit couteau savoyard devenu l’emblème du savoir-faire de tout un département
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Opinel, le petit couteau savoyard devenu l’emblème du savoir-faire de tout un département

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La marque de couteaux fermants savoyarde, qui fête cette année ses 135 ans a su traverser les ans grâce aux innovations successives apportées par chacune des générations de la famille Opinel. Très attachés à leur indépendance, les dirigeants de cette PME viennent d’investir 10 millions pour s’agrandir, toujours à Chambéry. De quoi perpétuer sur leurs terres la production de ces couteaux, devenus l’un des symboles de la Savoie.

Le musée Opinel en vallée de Maurienne est le plus visité de Savoie — Photo : Opinel

L’histoire d’Opinel, coutelier français né à la fin du XIXe siècle au cœur de la vallée de la Maurienne, va se perpétuer en Savoie, territoire auquel la famille fondatrice a toujours marqué son attachement. La PME, dont le siège et l’usine de production sont basés à Chambéry, va entamer les travaux d’agrandissement de son site, sur un terrain de 2 hectares acquis l’an dernier auprès de son voisin Vicat. "C’est une immense satisfaction pour nous d’avoir pu nous étendre juste à côté de notre implantation actuelle. Et même si nous avions dû déménager, nous serions restés en Savoie", explique François Opinel, président de l’entreprise et arrière-petit-fils de Joseph, fondateur de la marque.

"Nous doublons quasiment la taille de notre site. Cette réserve de foncier va nous permettre de pérenniser notre activité et de continuer à nous inscrire dans le bassin chambérien", explique pour sa part Gérard Vignello, directeur général adjoint de l’entreprise qui emploie 160 salariés.

Coût de l’investissement, qui comprend l’achat du terrain, l’aménagement du site et l’acquisition de nouvelles machines : 10 millions d’euros. Soit le plus gros investissement depuis 1973, lorsque l’entreprise déménagea son usine de Cognin (Savoie), à la Reveriaz (Savoie), dans la zone industrielle de Chambéry.

Naissance au cœur d’une vallée de montagne

Il faut revenir aux origines de l’entreprise pour comprendre le profond enracinement de la marque au département alpin, au point qu’est inscrit sur chacun des manches des couteaux : "Opinel-Savoie-France". En 1890, Joseph Opinel, alors âgé de 18 ans, travaille au sein de l’atelier de taillanderie familial de Gevoudaz à quelques kilomètres au sud de Saint-Jean-de-Maurienne. Passionné par les machines et les process de fabrication, Joseph rêve d’inventer un objet qu’il veut pouvoir fabriquer avec les techniques modernes. Il peaufine pendant des mois un petit couteau de poche qui finit par donner naissance au fameux Opinel. "La famille de Joseph fabriquait depuis toujours des objets coupants mais il a eu cette lumineuse idée de créer un couteau fermant. Son père n’a pas très bien accueilli le projet, qu’il trouvait futile par rapport aux outils fabriqués de façon artisanale au sein de l’atelier", explique François Opinel.

Première usine en Maurienne

L’ingénieux Savoyard a rapidement l’idée de décliner son outil sous différentes tailles, en fonction de leur usage. Ainsi en 1897, il met au point 12 tailles numérotées de 1 à 12. Le plus petit couteau, le N°1, était doté d’un anneau pour pouvoir être accroché à la chaîne de montre gousset.

"Mon arrière-grand-père était un visionnaire ; il a notamment eu la clairvoyance de déposer la marque dès 1909, ce qui a permis de protéger l’Opinel au cours des ans et d’éviter la contrefaçon", poursuit François Opinel.

Face au succès de ses premiers modèles, Joseph doit fabriquer plus de quantités. Il quitte la forge de son père et construit son usine au pont de Gevoudaz, près de l’atelier familial. Dans ce nouveau bâtiment, il souhaite rationaliser la production et met au point des machines pour fabriquer les manches plus rapidement. Grâce à sa turbine hydraulique, il est le premier habitant de la commune à avoir l’électricité !

Développement industriel et commercial d’Opinel à Chambéry

Joseph devine qu’il ne pourra jamais développer son entreprise s’il reste dans son petit hameau de Maurienne. "Les crues de la rivière venaient régulièrement inonder l’atelier", témoigne François Opinel. En pleine guerre, il sillonne la région pour trouver l’endroit idéal, et c’est dans les faubourgs de Chambéry, à Cognin, qu’il trouve à acheter une ancienne tannerie. "Les locaux étaient à proximité de la gare de Chambéry. Être au cœur d’un réseau ferré et routier important était un atout non négligeable pour la marque", explique François Opinel. À partir de 1917, Joseph, épaulé par ses deux fils, Marcel et Léon, débute le développement industriel et commercial d’Opinel. "Chacun de mes aïeux a apporté sa pierre à l’édifice. Léon était chargé du développement commercial tandis que Marcel, responsable de la production était un passionné de machines. C’est lui qui a inventé le virobloc, une virole tournante qui en coulissant sur la virole fixe permet de fermer la fente et ainsi de bloquer la lame dépliée", explique encore François Opinel.

Lancement à l’international et diversification

Si l’entreprise commercialise ses couteaux dans les pays frontaliers, en Italie et en Suisse, dès le début du XXe siècle, ce n’est que vers les années 1970 qu’elle décide d’accélérer son développement à l’international. "Les États-Unis représentent notre plus gros marché à l’international. Nous y avons ouvert une filiale en 2016, car nous y avons de fortes ambitions de croissance", explique encore François Opinel. L’entreprise réalise désormais 45 % de son chiffre d’affaires à l’international. "Si notre activité progresse de façon continue, la part de l’export est restée la même depuis quinze ans. Nous avons encore du potentiel à l’international", reconnaît le président.

Après avoir fabriqué et vendu des couteaux fermants pendant plus d’un siècle, l’entreprise familiale est contrainte de diversifier sa production dans les années 2000. "Nous avons connu un petit tassement des ventes, alors que la demande pour notre couteau traditionnel avait toujours été forte", poursuit le dirigeant.

Opinel lance alors plusieurs nouvelles gammes de couteaux de cuisine, de table et même de petits outils de jardin. Une diversification portée par l’équipe R & D. "Nous consacrons plusieurs points de chiffre d’affaires par an à l’innovation afin de continuer à proposer de nouveaux produits", avance Gérard Vignello.

Une vision globale pour les 40 prochaines années

Avec la perspective du nouveau site de production, qui devrait être opérationnel en 2026, Opinel peut "envisager sereinement sa croissance pour les 40 prochaines années", explique le président. Malgré cet agrandissement, l’entreprise ne compte pas pour autant accroître le rythme de ses embauches, mais poursuivre sur une dynamique de 15 à 20 recrutements par an, tout en continuant la formation des responsables de production, afin d’assurer un savoir-faire français. "Tous nos manches en bois, nos lames et nos ferments sont fabriqués à Chambéry. Et si une grande partie de la production est automatisée, nous conservons un savoir-faire artisanal, notamment pour l’opération finale d’affilage des couteaux", explique encore François Opinel. "Nous avons également un atelier bois dédié au bufflage des manches de nos couteaux premium", poursuit le dirigeant. Opinel conserve donc ses deux volets, industriel et artisanal. De quoi permettre à l’entreprise de perpétuer la tradition.

"La constante de notre entreprise est d’avoir toujours gardé une croissance raisonnée qui nous permette de conserver notre indépendance, malgré notre notoriété", termine François Opinel. Avec un chiffre d’affaires de 35 millions en 2024, et 6 millions de pièces vendues par an, Opinel aura quadruplé son activité en 15 ans. Une croissance honorable pour une vieille dame de 135 ans.

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