Fondée en 2019, la PME Nxtfood signe un parcours sans accrocs. Celle qui a démarré la commercialisation de ses alternatives végétales à la viande en 2023, sous la marque Accro, rencontre un franc succès. Après avoir triplé son chiffre d’affaires entre 2023 et 2024 (9,5 M€ de CA avec 115 salariés), l’entreprise va quasiment le doubler cette année, pour atteindre les 17 millions d’euros. Afin de poursuivre sur cette lancée, Nxtfood vient de clôturer une levée de fonds de 49 millions d’euros. À l’horizon 2030, la jeune entreprise vise un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros, avec 250 salariés. Cela passera notamment par une extension significative de son site de production, situé à Vitry-en-Artois, dans le Pas-de-Calais.
Creadev, actionnaire majoritaire
Alors que les levées de fonds se raréfient et que leurs montants fondent comme peau de chagrin, Nxtfood est parvenu à clôturer un beau tour de table. Les deux actionnaires historiques, Creadev (le fonds à impact de la famille Mulliez) et Roquette Ventures (le véhicule d’investissement du groupe agroalimentaire nordiste Roquette), ont participé à cette opération, aux côtés de deux nouveaux entrants. Il s’agit de Clay Capital, un fonds de capital-risque basé à Singapour, qui soutient des solutions de rupture dans l’agroalimentaire, et d’IRD Invest, un investisseur en capital détenu par le groupe nordiste IRD. À l’issue de cette levée, Creadev se positionne comme l’actionnaire majoritaire de la PME.
Cap sur la rentabilité
"Dire qu’il est très simple de lever des fonds par les temps qui courent, serait mentir, reconnaît Renaud Saïsset, directeur général de la PME. Les fonds sont plus prudents, il faut les rassurer". Dans le cas de Nxtfood, deux arguments ont fait mouche. "D’abord, nous n’avons jamais déçu nos actionnaires historiques, en remplissant toujours les objectifs annoncés", analyse le dirigeant. L’autre argument, ce sont les perspectives de croissance et de rentabilité qui se profilent pour la PME. "La rentabilité devrait être atteinte sous 12 à 18 mois. Nous allons investir dans des lignes plus productives et l’augmentation des volumes permettra d’écraser les coûts fixes", détaille Renaud Saïsset.
Le pari du made in France
Nxtfood a implanté son siège et son unique site de production au beau milieu des champs, en cohérence avec un parti pris : se fournir en matières premières dans un rayon de 200 kilomètres. La PME a fait le pari du made in France pour ses alternatives végétales à la viande, réalisées à base de protéines de pois et de blé. Une manière de se différencier pour la marque, à défaut d’être arrivée parmi les premières sur ce marché.
"Nous avons fait le choix de la qualité, avec des produits sans soja, car ce dernier rime souvent avec OGM, et en internalisant l’ensemble du processus de production, explique Renaud Saïsset. Une majorité d’acteurs se fournissent auprès de partenaires, qui réalisent de l’extrusion à sec de protéines. Nous avons de notre côté développé un processus d’extrusion humide, qui donne une texture et un goût plus intéressants". Grâce à ce processus, Nxtfood réalise un "muscle végétal", qui constitue la base de tous ses produits.
Des produits compétitifs
Le pari du made in France ne grève en rien la compétitivité des produits Accro. "L’internalisation des processus de production et d’emballage joue en notre faveur", indique le dirigeant. Sans oublier l’inflation qui touche les produits carnés. "Au lancement, nous avions souvent des remarques sur les prix de nos produits, supérieurs à ceux de la viande. Ce n’est désormais plus le cas : la viande de bœuf est à environ 20 euros le kilo, quand nos produits vont de 19 à 22 euros le kilo. Et depuis quelques mois, la viande de volaille est elle aussi touchée par une forme d’inflation", affirme-t-il.
Outre l’argument du prix, la marque Accro mise aussi sur celui du bilan carbone. "Nos produits représentent 90 à 95 % d’émissions de CO2 de moins que les produits carnés, c’est un point qui séduit particulièrement les jeunes générations", note Renaud Saïsset. C’est aussi un argument de poids pour la marque employeur. Nxtfood s’apprête à recruter, particulièrement en production, en maintenance et en R & D. "Contrairement à d’autres industriels, je n’ai absolument aucune difficulté à recruter !", se réjouit le dirigeant.
Tripler les capacités de production
La moitié du montant levé va être consacrée à l’extension de l’usine, qui s’apprête à tripler de taille, pour passer de 4 500 à 12 000 m². La mise en service est prévue pour octobre ou novembre 2026, avec une capacité de production de 12 000 tonnes par an, contre 5 000 tonnes actuellement. "Nous comptons aujourd’hui une seule ligne de production et nous en aurons jusqu’à trois à cet horizon, avec un rythme de croisière atteint d’ici cinq ans", précise Renaud Saïsset.
Ces lignes de production seront optimisées par rapport à l’existant, de même que la partie emballage, "positionnée pour l’instant en bout de chaîne et de manière non optimale", constate le dirigeant. L’entreprise va aussi profiter de l’opération pour internaliser la logistique et le stockage, réduisant encore le recours aux intermédiaires.
L’innovation en ligne de mire
L’autre moitié de l’enveloppe sera consacrée au business et à l’innovation. Le marché des alternatives végétales à la viande est en croissance et surtout, il n’est pas encore mature. "Les consommateurs, qui sont essentiellement les 18-35 ans, sont friands de nouveautés, souligne le directeur général. Si nous produisons des références classiques, comme le steak ou les nuggets végétaux, notre capacité d’innovation a largement contribué à nous faire connaître sur ce marché". Un produit végétal "spécial kebab" est ainsi devenu le numéro 3 des ventes d’Accro et s’apprête à passer numéro 1, selon le dirigeant. "Nous avons aussi lancé en avril un tranché à l’italienne, de type jambon de parme, qui pourrait prendre la tête des ventes en 2026. Dès que les produits sont bons et qu’on est créatif, ça fonctionne", note Renaud Saïsset.
Accélérer à l’international
Nxtfood diffuse 60 % de ses produits en GMS et 40 % en RHF, un équilibre que le dirigeant souhaite maintenir. 95 % des ventes sont réalisées en France, mais l’international est désormais un axe de développement. "Des pays comme la Belgique, l’Angleterre, l’Italie ou l’Allemagne ont adopté les alternatives végétales bien avant la France. Nous pensions ne pas avoir de place sur ces marchés mais la participation à des salons nous a prouvé le contraire. Nos produits parviennent à séduire ces autres pays européens grâce à leur qualité. Des discussions sont en cours". À terme, Renaud Saïsset compte voir l’activité à l’international atteindre 30 % du chiffre d’affaires.