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"Nous devenons producteur d'énergie"
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Alexandra Mathiolon présidente directrice générale de Serfim "Nous devenons producteur d'énergie"

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Dirigée par Alexandra Mathiolon, l’ETI lyonnaise de travaux publics veut accompagner collectivités et industriels dans la transition énergétique et écologique. À cet effet, elle s’est diversifiée dans 6 métiers, dont l’énergie, la dépollution, le recyclage et le numérique. Une nouvelle filiale vient même de naître, spécialisée dans les réseaux de chaleur, qui a remporté le chantier du réseau de chaleur de Chambéry.

Alexandra Mathiolon, PDG de Serfim — Photo : B.Tournaire

Pouvez-vous nous raconter les origines de Serfim, qui emploie aujourd'hui 2 900 salariés, pour un chiffre d'affaires de 580 millions d'euros sur son dernier exercice (610 M€ de CA prévu en 2024)?

Tout a débuté il y a 150 ans avec l’entreprise Serpollet, qui était à l’origine spécialisée dans le pavage de routes puis s’est développée dans les réseaux d’électricité. Quand mon père Guy Mathiolon a repris l’entreprise en 1983, Enedis était le seul et unique client et il reste encore aujourd’hui notre plus gros client. La première diversification a eu lieu dans les années 80 autour des services de dépollution, avec la gestion des déchets dangereux comme les câbles au pyralène. On était aux prémices d’une conscience environnementale et on a commencé à développer l’entreprise Serpol (NDLR : experte en dépollution des sols et traitement de l’eau) qui reste aujourd’hui une des sociétés importantes du groupe, puis sont nées les activités autour de l’énergie, du recyclage, du numérique, etc.

Vous avez repris la direction l’entreprise en janvier 2023, à la suite de votre père. Comment la succession s’est-elle organisée ?

Je suis la 6e dirigeante de Serfim, depuis janvier 2023, mais il s’agit de la première transition familiale. Je suis entrée dans l’entreprise en 2018 en tant que directrice générale adjointe en charge du développement de la branche Serfim Energie, avant d’en prendre la direction générale en janvier 2020. L’actionnariat est à 75 % familial 25 % managérial, avec une centaine de collaborateurs au capital.

Quels sont vos principaux métiers et les marques ou entreprises qui les portent ?

Nous avons une quarantaine de filiales, organisées en 6 métiers. Pour l’énergie, la principale entreprise est Serfim Énergie (NDLR : 277 M€ de chiffre d’affaires en 2023). Voilà, c’est un gros pôle de 18 entreprises dont Serpollet est la principale, avec 80 millions d’euros de chiffre d’affaires. Deuxième entreprise en taille, le spécialiste des territoires connectés Serfim TIC (250 salariés, 60 M€ de CA), génère un chiffre d’affaires comparable à celui issu des métiers du recyclage exercés par plusieurs sociétés dont Serpol (42 M€).

En parallèle, nos métiers historiques de travaux publics se transforment, avec l’objectif de renforcer la résilience des infrastructures dans un contexte de dérèglement climatique. Nous rénovons des ouvrages d’art, comme des ponts et des tunnels pour la SNCF en utilisant des techniques à moindre impact (béton projeté, réhabilitation par chemisage) maîtrisées par notre filiale Nouvetra, qui réalise 42 millions d'euros de chiffre d'affaires sur les 63 millions générés par l'activité "ouvrages d’art". Une activité qui inclut également la société MGB spécialisée dans les routes et le dévoiement de réseaux. Au total, pour tout le groupe, nous avons investi 23 millions d’euros en 2023.

Vous venez de mettre en service la plus grosse centrale photovoltaïque de la Creuse, quels sont vos autres projets sur le marché de l’énergie ?

Dans la Creuse, il s’agit de la plus grande centrale photovoltaïque du département sur 21 hectares, et aussi notre plus gros projet porté par un investissement de 16 millions d'euros. Donc, oui nous devenons producteurs d’énergies renouvelables, incluant du petit projet hydro-électrique. Nous travaillons aussi sur de gros projets d’interconnexion du réseau électrique. Après avoir réalisé l’interconnexion entre les réseaux français et italiens, nous venons de commencer un projet avec l’Espagne dans l’Ouest de la France. L’objectif est d’augmenter le volume d’échange d’énergie électrique entre les deux pays, mais aussi avec le reste de l’Europe.

Nous nous développons dans les réseaux de chaleur avec la création au 1er octobre de notre filiale Enertube, dédiée à ce secteur. Nous avons remporté le réseau de chaleur de la ville de Vénissieux, pour un montant de 70 millions d’euros à horizon 2029. Enfin, nous travaillons sur des solutions de maintenance industrielle pour aider les entreprises à réduire leur consommation d’énergie.

Comment développez-vous votre expertise dans le domaine de l’eau ?

Nous travaillons depuis longtemps dans ce secteur puisque nous rénovons les canalisations d’eau et les réseaux d’assainissement pour éviter les fuites et les pollutions. Depuis 4 à 5 ans, nous accélérons sur le traitement des eaux et des effluents, avec un laboratoire de R & D sur le site de Vénissieux et un atelier de production pour développer des solutions pour la dépollution. Demain, collectivités et industriels vont être très contraints sur l’eau.

L’idée globale sur le traitement des eaux, c’est vraiment de mettre en place une économie circulaire en proposant notamment aux industriels des solutions pour utiliser le moins d’eau possible et réduire les pollutions.

En 2022, on a repris Environium, fournisseur d’équipements et de produits pour la dépollution des sols et des eaux souterraines, qui est désormais intégrée au sein de Serpol. Serpol travaille également sur les PFAS notamment dans le cadre d’un projet de R & D européen pour le traitement des effluents des décharges, avec l’objectif de réduire la quantité de PFAS.

Quels sont vos projets dans la dépollution ?

Nous abordons cette mission sous l’angle de la régénération de la biodiversité. Nous accompagnons des compagnies pétrolières comme Total, des entreprises de la pharmacie et de la chimie, en leur proposant des solutions en lien avec le génie écologique. L’idée, c’est vraiment de refaire de la terre fertile. Nous avons un lien très fort avec la terre chez Serfim. Je peux citer la plateforme du chimiste Vencorex à Pont de Claix (Isère), qui vise à dépolluer des nappes phréatiques.

Ensuite, avec notre filiale Ecofhair, nous avons développé des filtres à base de cheveux pour capter les hydrocarbures dans l’eau, que nous expérimentons notamment avec l’entreprise Vedettes de Paris.

Comment contribuez-vous à limiter l’épuisement des matières premières ?

Nous ciblons cette problématique essentiellement via nos activités de recyclage en préparant et valorisant des déchets du BTP notamment. Nous sommes leaders en France de la revalorisation du plâtre. À Lyon, nous avons deux sites majeurs au Port Édouard Herriot et à Saint-Priest et un troisième à Francin (Savoie), avec notre filiale Nantet.

Nous avons également développé des partenariats 50/50 avec le groupe cimentier isérois Vicat, notamment à Feyzin avec la plateforme Terenvie qui prépare la matière, pour d’une part, récupérer de la terre fertile et de l’autre, extraire des sous-produits pour la production de calcaire. Toujours avec Vicat, nous préparons des combustibles de substitution de récupération appelés CSR à partir de déchets non dangereux non recyclables. Ces CSR remplacent les énergies fossiles en cimenterie.

D’un point de vue général, notre objectif est vraiment de tout faire pour éviter l’enfouissement des déchets afin de préserver les matières premières. En 2023, nous avons repris l’entreprise Revalgreen, implantée à Grenay (Isère), qui revalorise les membranes bitumineuses et gazons synthétiques, encore très mal recyclés en France. Un des débouchés porte sur sa transformation en sable recyclé.

À notre niveau, sur les 400 000 tonnes de déchets collectés auprès de nos clients et traités annuellement, moins de 10 % part en enfouissement. Mais avec des projets comme Revalgreen, on aimerait descendre à 5 %.

Comment l’offre de solutions technologiques de Serfim TIC et Serpol s’articule-t-elle avec vos métiers historiques ?

Globalement notre raison d’être est de contribuer à une meilleure qualité de vie en aménageant des territoires durables et respectueux du vivant. Nous avons des métiers historiques dans les travaux publics et des métiers plus innovants, qui vont venir nourrir l’offre des premiers au service de la transition environnementale. Par exemple notre filiale Albertazzi, qui renouvelle les 280 enregistreurs de données du réseau lyonnais de canalisations, utilise une technologie issue de l’offre "territoires connectés" de Serfim TIC, avec l’objectif de mieux mesurer la consommation et les déperditions d’eau (NDLR : estimées à 20 % dans la Métropole).

Vous êtes une femme travaillant dans des métiers traditionnellement masculins, comme les travaux publics et l'ingénierie, comment pensez-vous attirer des femmes chez Serfim ?

Je préfère annoncer les chiffres : nous avons 15 % de femmes chez Serfim. Mon constat est que les métiers de l’environnement attirent globalement beaucoup plus les femmes que les travaux publics. Serfim recyclage et Serfim ENR sont dirigées par des femmes. Je suis assez persuadée que, comme on montre de mieux en mieux comment nos métiers s’inscrivent dans la transition environnementale, on va attirer de plus en plus de femmes parce qu’elles sont souvent naturellement engagées dans la préservation de la vie.

Lyon # Services aux entreprises # BTP # Stratégie # Investissement # Transition écologique # Transition énergétique