"Le lieu pour agir sur le monde, c’est l’entreprise", assure Fleur Masson. Aspirant à avoir un impact social positif sur son territoire, la fondatrice de la biscuiterie Le Beau Geste, installée à Thor (Vaucluse), emploie en contrat d’insertion des personnes en situation de précarité pour les aider à retrouver le chemin de l’emploi. Depuis sa création en mai 2022, la biscuiterie (5 salariés, dont deux en insertion - 80 000 euros de CA en 2023) revendique en effet le statut d’entreprise d’insertion.
"C’est un agrément que nous avons obtenu par la Direction Départementale de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (Ddets)", explique la dirigeante. Pour y parvenir, l’entreprise doit remplir plusieurs obligations, notamment avoir un encadrant technique pour accompagner, sur le poste, les personnes fragilisées, ainsi qu’un chargé d’insertion professionnelle. "Nous devons les assister non seulement sur le volet formation, sur leur projet professionnel, mais également sur toutes les problématiques sociales", détaille-t-elle. Un poste qui est assuré par Évelyne, la mère de Fleur, qui était elle-même chargée d’insertion depuis quinze ans.
Travail de concert avec France Travail
Le public visé ? Des chômeurs longue durée ou bénéficiaires du RSA, des jeunes de moins de 26 ans sans ressources ou encore des personnes étrangères. Soit "tout le public reconnu comme étant en grande précarité", que la dirigeante identifie en travaillant de concert avec France Travail, les missions locales, les chantiers d’insertion et tous les organismes sociaux possibles.
Pour Fleur Masson, le plus important demeure la motivation des candidats. "Nous travaillons avec des profils très variés", admet-elle. "Les candidats doivent simplement prouver pendant l’entretien qu’ils ont une appétence pour le secteur agroalimentaire et qu’ils ont envie de rejoindre notre équipe et de suivre un parcours d’insertion. Pour travailler à la biscuiterie, il faut également supporter la station debout prolongée, pouvoir porter des charges lourdes (sacs de farine, caisses de biscuit) et suivre une cadence de travail soutenue".
Durant leurs contrats à durée déterminée d’insertion (CDDI), des contrats d’une durée de 24 mois maximum, l’entreprise s’engage à lever les freins périphériques d’accès à l’emploi – mobilité, santé, logement, garde d’enfants… – et à aider ces personnes, qui ont longtemps été éloignées de l’emploi, à reprendre confiance en elles. "À la différence d’une entreprise classique, qui va chercher à fidéliser ses salariés, nous sommes plutôt un tremplin pour aider nos collaborateurs vers un retour à l’emploi et leur permettre de prendre leur envol le plus vite possible". L’entreprise les aide ainsi à définir leur projet professionnel et les accompagne pour anticiper et mettre en place les formations nécessaires.
Le parcours de Katrin et de Frédéric
Depuis décembre 2023, Fleur accompagne ainsi Katrin, jeune syrienne de 28 ans, qui souhaite devenir puéricultrice. La biscuiterie lui a permis de suivre plusieurs formations classiques pour appréhender les problématiques de qualité, de santé et de sécurité au travail afin qu’elle soit à jour sur toutes les obligations légales, ainsi qu’une formation FLE (Français langue étrangère) pendant deux mois et demi. Katrin pourra, si elle souhaite, poursuivre son parcours à la biscuiterie ou engager une formation d’auxiliaire de vie. Pour Frédéric Bois Mariage (64 ans), également biscuitier en insertion, l’issue est différente. La dirigeante compte bien accompagner celui qui a été le premier employé de la biscuiterie, après avoir bénéficié du RSA pendant 15 ans, jusqu’à la retraite.
Un turn-over élevé
Évidemment, le statut d’entreprise d’insertion suppose un turn-over élevé des équipes : une difficulté de plus qu’il faut savoir gérer. "À chaque fois, nous repartons de zéro, confie-t-elle. Il y a forcément une déperdition : nous n’avons évidemment pas les mêmes performances qu’avec des salariés fidèles". Pour compenser la moindre productivité et les frais de surencadrement technique et social, l’entreprise reçoit une aide de l’État qui couvre près de 40% du salaire chargé pour chaque poste en insertion. Cette année, la dirigeante a obtenu un agrément pour 2 ETP. "Mon juge de paix, c’est ma capacité commerciale", rappelle-t-elle. À la fois chef d’atelier et encadrant technique, la dirigeante espère à terme pouvoir se dégager davantage de l’opérationnel pour "développer un courant d’affaires pérenne" et faire grandir la marque. Les produits de la biscuiterie ont reçu la médaille d'or aux Epicures 2024 et le label Meilleur Produit bio 2023.