" Notre-Dame-des-Landes : je choisis la clarté ! ", affirme Christophe Clergeau sur son site officiel. La posture de la tête de liste socialiste aux élections régionales dans les Pays de la Loire apparaît cependant rien moins que claire après l'accord conclu ce mardi avec EELV en vue du second tour.
Celui-ci prévoit, qu'en cas de victoire de la gauche, une nouvelle étude sur l'aménagement de l'actuel aéroport de Nantes Atlantique serait réalisée dès le début de la mandature.
Pourtant, dans un communiqué de presse publié le 30 septembre dernier, Luc Belot, directeur de campagne de Christophe Clergeau, écrivait : " Il n'a jamais été question d'accepter une nouvelle étude sur l'aéroport ". Des propos, en accord avec la position des élus socialistes qui de Jacques Auxiette à Christophe Clergeau, en passant par Jean-Marc Ayrault, l'ancien maire de Nantes, défendaient farouchement le transfert de l'actuel aéroport à Notre-Dame-des-Landes pour " assurer la connexion de l'Ouest avec l'Europe et le monde, assurer l'attractivité de nos territoires et leur capacité à gagner dans la mondialisation, et faire face à la croissance rapide du trafic aérien... ".
"Une trahison" pour les organisations patronales
L'accord soulève une volée de critiques. "Christophe Clergeau vient de vendre ses convictions pour un plat de lentilles", dénonce son challenger de droite, le Vendéen Bruno Retailleau.
Dans les milieux économiques, c'est la douche froide. Lors d'une conférence de presse commune, le Medef, la CGPME, la FFB, l'UIMM et le CJD se disent "indignés, inquiets et déçus de cet accord qui signifie un nouveau report pour l'aéroport". Les cinq organisations patronales ressentent ce revirement "comme une trahison qui balaie d'un revers de la main une coopération jusqu'alors constructive avec les milieux économiques." Présidente du Centre des Jeunes Dirigeants de Nantes, Carine Chesneau assure même que la situation "donne presque envie d'en appeler à Jacques Auxiette". Farouche partisan du transfert de l'aéroport, l'actuel président du conseil régional et du syndicat mixte aéroportuaire du grand Ouest n'a, pour l'instant, pas répondu aux demandes d'interview de la rédaction du Journal des entreprises.
"L'aéroport ne peut être l'otage d'arrangements politiques"
Alors qu'est ce qui peut expliquer un tel changement de posture de Christophe Clergeau ?
Ayant récolté 25,4% des suffrages au premier tour, le candidat socialiste compte se donner une chance de garder le conseil régional des Pays de la Loire à gauche, en s'alliant avec EELV qui a réuni 7,8% des voix. Sur le papier, la liste de gauche se place au coude à coude avec celle conduite par Bruno Retailleau (LR, 33,5% des votes au premier tour) et distance celle du FN de Pascal Gannat (21,3%). Notons qu'en Bretagne, avec ses 34,9% de voix au premier tour, le socialiste Jean-Yves Le Drian n'a pas jugé nécessaire de signer un accord avec EELV.
Reste que " le transfert de l'aéroport ne peut être l'otage d'arrangements politiques qui viennent d'être sévèrement réprimés par les votes des Français et qui ne sont pas à la hauteur des enjeux liés à l'emploi et au développement du Grand Ouest ", estime Alain Mustière, président des Ailes pour l'Ouest.
Notre-Dame-des-Landes pas avant 2022 ?
Le principal intéressé, Christophe Clergeau, se défend de toute volte-face en affirmant : " Mes convictions n'ont pas changé d'un iota. Je suis attaché à la réalisation de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Je le pensais hier, je le pense aujourd'hui, je le penserai demain. Les incertitudes sont liées au calendrier qui dépend de l'Etat. Dans l'attente du transfert, il faut s'assurer de l'optimisation de l'aéroport actuel dont la durée de vie devra être prolongée jusqu'en 2021-2022. "
Quant à l'accord conclu avec Sophie Bringuy, chef de file d'EELV, opposée au projet de transfert d'aéroport, il doit permettre de réunir autour de la même table partisans et adversaires du transfert pour un dialogue constructif.
Difficile pourtant d'imaginer que ce mariage de la carpe et du lapin, incluant aussi bien l'association Des Ailes pour l'Ouest que Cdépa, le collectif d'élus opposés au transfert de l'aéroport, débouche par magie sur un compromis.