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Normandise Petfood, l’entreprise familiale qui a conquis les propriétaires de chiens et chats dans plus de 70 pays
Calvados # Agroalimentaire # ETI

Normandise Petfood, l’entreprise familiale qui a conquis les propriétaires de chiens et chats dans plus de 70 pays

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Depuis son site de production basé à Vire en Normandie, Normandise Petfood commercialise ses produits pour chiens et chats dans plus de 70 pays. Alliant rigueur vétérinaire et stratégie industrielle, l’ETI familiale a commencé son aventure internationale au début des années 2000, avec l’ambition de séduire animaux de compagnie… et maîtres du monde entier.

Normandise Pet Food est spécialisée dans l’alimentation humide pour chiens et chats. Si elle travaillait jusqu’à maintenant sur des gammes de produits complets, elle se diversifie dans les produits complémentaires type snacking et topping — Photo : MAISON MOKO

Avec un chiffre d’affaires qui devrait avoisiner les 184 millions d’euros en 2025, dont près des deux tiers réalisés à l’export, Normandise Petfood s’impose comme l’un des leaders européens de "l’alimentation animale humide". Face à des géants de l’agroalimentaire comme Mars ou Nestlé, l’entreprise normande emploie 900 collaborateurs sur son site de Vire pour une production annuelle de 700 millions de pochons et 260 millions de barquettes, distribués dans 72 pays. En France, elle commercialise principalement des produits sous marques de distributeurs pour Leclerc, Carrefour et Intermarché, mais aussi des produits spécifiques en sous-traitance pour des laboratoires pharmaceutiques, des vétérinaires ou des concurrents dépourvus du savoir-faire technique nécessaire à la fabrication d’alimentation humide.

Nouvelles filiales en Grande-Bretagne, au Canada et au Mexique

Chaque année, l’entreprise normande investit près de 14 millions d’euros — soit environ 7,5 % de son chiffre d’affaires — dans la modernisation de son outil de production. Sa nouvelle ligne de briques, recyclables et refermables, lui permet de produire plus de 30 millions de briques alimentaires par an, alliant performance et durabilité.

En parallèle, l’entreprise accélère son développement international (un tiers de son chiffre d’affaires est réalisé à l’export) avec l’ouverture en 2025 de trois filiales au Canada, en Grande-Bretagne et au Mexique.

Le site de production, qui a connu neuf extensions successives, est très automatisé et compte majoritairement des collaborateurs conducteurs de lignes de production — Photo : MAISON MOKO

Cette dynamique internationale s’est amorcée en 2000, avec l’absorption de la société belge concurrente Cervo, mise en difficulté par la crise de la dioxine. "Nous avons récupéré des marchés en Belgique et doublé notre chiffre d’affaires en quelques mois", se remémore François Duquesne, co-directeur général de l’entreprise. Pendant près de vingt ans, l’entreprise concentre ses ventes sur l’Europe, avant de se lancer, il y a sept ans, dans le grand export.

Retour aux origines

Mais pour comprendre cette trajectoire internationale, il faut revenir aux débuts modestes de cette entreprise familiale fondée en 1991. À ses débuts, Christian Duquesne et son épouse Catherine montent à côté de la gare de Vire une petite unité de production de barquettes, épaulés par seulement six salariés. "Mon père, vétérinaire rural, qui avait constaté que les coproduits des abattoirs – rognons, cœurs, poumons, foies… – étaient peu exploités a souhaité les utiliser. Mes parents ont démarré dans un atelier voisin de l’abattoir de Vire, avant de s’implanter trois ans plus tard dans la zone d’activités du Maupas", raconte leur fils, François Duquesne.

Christian et Catherine Duquesne ont fondé Normandise Pet Food en 1991 à Vire — Photo : NUMERIQUES - LLM0814

Rapidement, la demande croît et l’entreprise investit dans des lignes de pochons, qui deviendront rapidement son produit phare. "Entre 2002 et 2022, le pochon était en forte croissance et nous a demandé beaucoup d’investissements", poursuit François Duquesne. À quatre reprises, l’entreprise rajoute des lignes de production pour pouvoir en fabriquer toujours un peu plus.

Un co-management assumé

De cette petite unité artisanale naît progressivement une ETI familiale structurée, où la transmission du savoir-faire s’accompagne d’un mode de gouvernance original. En 2000, Jean-Charles, le fils aîné lui aussi vétérinaire de formation, rejoint l’aventure à la demande de ses parents avant de reprendre officiellement la codirection avec son frère François en 2019.

"L’entreprise avait l’habitude d’être dirigée à deux têtes. Nous sommes aujourd’hui co-managers, mais sans avoir calqué notre organisation sur celle de nos parents : nous avons redéfini nos propres périmètres", précise le dirigeant

Jean-Charles et François Duquesne ont pris la codirection de l’entreprise en 2019 à la suite de leurs parents — Photo : MAISON MOKO

Très vite, François, ingénieur de formation, avait en tête de reprendre l’entreprise familiale. Pour préparer la reprise, il complète son parcours par un stage ouvrier au Japon et un stage technique aux États-Unis au sein d’une entreprise concurrente. Avant de suivre un MBA afin de renforcer ses compétences en finance et en gestion. La transmission, réalisée via le pacte Dutreil, a permis aux deux frères de payer des droits de succession réduits. "Ce pacte est un bel outil de souveraineté pour assurer la continuité des entreprises", explique François.

Retirés de la gestion opérationnelle lors de la crise du Covid, Christian et Catherine poursuivent aujourd’hui l’aventure familiale aux côtés de leurs enfants en jouant un rôle clé de conseil stratégique au sein de la holding. "Nous élaborons conjointement la stratégie de l’entreprise, mes parents ayant conservé un rôle de garants sur certains sujets", assure leur fils.

Un nouveau site en réflexion

Si l’organisation familiale assure la continuité, c’est l’innovation qui reste le véritable moteur de croissance. Depuis sa création, l’entreprise en a fait sa ligne directrice. Avec son équipe de R & D intégrée de huit personnes, elle met chaque année au point de nouvelles innovations majeures, notamment dans le domaine vétérinaire.

Pour atteindre son objectif de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2030, Normandise Petfood projette d’investir dans un nouveau site de production, en France ou à l’étranger.

L’entreprise bénéficie du soutien de Bpifrance, actionnaire à 8 % depuis 2013, à la suite du retrait de la famille Dossche, propriétaire de Cervo entrée au capital de Normandise au moment du rachat de l’entreprise. "C’est un atout d’avoir Bpifrance qui nous suit dans notre développement", assure François Duquesne. Mais pour transformer ces ambitions en réalité, encore faut-il disposer de capacités industrielles et humaines à la hauteur. L’entreprise, à l’étroit sur ses deux sites industriels de Vire qui s’étendent sur plus de 50 000 m², cherche aujourd’hui à acquérir ou construire en France ou à l’étranger un site supplémentaire.

Attirer de nouveaux talents pour grandir

L’entreprise a reçu en 2020 les labels "Vitrine industrie du futur", et en 2021 "French Fab" et "French Tech", la reconnaissant comme un acteur industriel de pointe sur le plan national et international. Elle dispose à Vire d’un site de production qui s’étend sur plus de 50 000 m² — Photo : DR

Pour soutenir sa croissance, l’entreprise mise sur l’attraction de nouveaux talents. Afin de susciter des vocations, elle ouvre ses portes tous les jeudis. Objectifs : "faire voir l’usine et faire voir aux jeunes ce qu’est l’industrie et recruter". Car François Duquesne le reconnaît : "En phase d’expansion, nous devons recruter massivement, ce qui peut s’avérer compliqué selon les périodes". Une preuve que pour Normandise, la conquête des gamelles du monde passera autant par la puissance industrielle que par la capacité à attirer les talents de demain.

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