« Le secteur des travaux publics connaît une situation dramatique pour 2014-2015 et rien ne laisse présager que les choses iront mieux en 2016 », déclarait Alain Sur, président de la FRTP (Fédération Régionale des Travaux Publics) au Journal des entreprises, fin 2014, à l’occasion de la relance du projet du Canal Seine Nord Europe. Il prévoyait alors « 3.000 suppressions de postes en 2015 dans la région pour le secteur des TP ».
1.900 emplois concernés par l’activité partielle
Le secteur fait face à de graves difficultés et un récent communiqué de la FRTR souligne qu’à ce jour 70 % des entreprises interrogées par la fédération ont déposé auprès de la préfecture (et obtenu) une demande d’activité partielle. Parmi ces entreprises, 48 % l’ont mise en œuvre. Au total, un peu plus de 1.900 emplois sont directement concernés par cette mesure, dans un secteur qui en compte actuellement 16.000 pour 350 entreprises. « Ces demandes d’activité partielle et leur mise en œuvre reflètent les inquiétudes des entreprises qui ne disposent d’aucune visibilité à court et moyen termes. Nous alertons les collectivités locales et territoriales, qui assurent 70 % de l’activité des entreprises de travaux publics. Les dépenses d’investissements dans les infrastructures ne peuvent pas être une simple variable d’ajustement. Ne pas en tenir compte, c’est faire courir un énorme risque social au Nord - Pas-de-Calais », commente Alain Sur dans ce communiqué.
La réforme territoriale pointée du doigt
Une situation et des perspectives bien sombres qui sont liées à la crise, mais pas uniquement. « Par-dessus, il y a une réforme territoriale pas prête qui ne fait que renforcer l’attentisme des uns et des autres », soulignait en janvier Bruno Cavagné, président de la FNTP, en déplacement à Lille à l’occasion d’un événement organisé par la FRTR pour questionner le sort des travaux publics dans le cadre de la réforme territoriale et des transferts de compétences. Invités à s’exprimer sur leurs projets d’investissements dans ce contexte, Damien Castelain, président de la communauté urbaine de Lille, Philippe Rapeneau, président de la communauté urbaine d’Arras et Patrice Vergriete, président de la communauté urbaine de Dunkerque ont évoqué des perspectives peu réjouissantes. « Sur un budget global d’investissements de 400 M€, nous allons réaliser 24 M€ en moins en 2015, avec un effet cumulatif, soit 48 M€ en moins en 2016 et 72 M€ d’économies en 2017 », évoque Damien Castelain. Même discours du côté d’Arras et de Dunkerque : « Un tiers de notre capacité d’emprunt va être réduite », selon Philippe Rapeneau tandis que Patrice Vergriete évoque « 10 à 15 M€ d’investissements en moins ces prochaines années ».
Conscients que l’emploi dans le secteur des TP dépend de ces investissements, les trois présidents ont tenté de modérer les choses : « Il nous faut travailler à réduire nos charges de fonctionnement mais il va falloir un peu de temps pour s’adapter : dès cette année, la CUA (communauté urbaine d’Arras) va baisser ses charges de fonctionnement d’un million d’euros par an pour les réinjecter dans l’investissement », indique Philippe Rapenenau. De son côté, Damien Castelain souligne que « des communautés comme les nôtres ont en tête leurs chantiers sur les 5 à 6 ans à venir, même si c’est vrai qu’il n’y aura plus de gros projets comme celui du grand stade, qui se chiffrait à quelque 316 M€ ». Enfin, Patrice Vergriete tente de rassurer par les chiffres en évoquant un projet de refonte du tissu de transports collectif de 60 M€ qui devrait profiter aux entreprises de TP. Des annonces insuffisantes pour convaincre Bruno Cavagné : « Si j’avais un souhait pour 2015, c’est que l’Etat utilise son rôle régalien et que les réformes aillent vite et jusqu’au bout. Et de conclure en s’adressant aux dirigeants des entreprises de travaux publics : « Ne baisser pas les bras, adapter vos effectifs ».
- En images : Bruno Cavagné revient sur les raisons de la première manifestation des TP et les difficultés du secteur