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NGE investit 17 millions d’euros pour convertir la carrière mosellane de Jaumont à l’énergie électrique
Moselle # BTP # Investissement industriel

NGE investit 17 millions d’euros pour convertir la carrière mosellane de Jaumont à l’énergie électrique

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Située à Malancourt-la-Montagne, en Moselle, la carrière de Jaumont, exploitée par le groupe de BTP NGE, vient de tourner la page de l’énergie fossile au profit d’une machine de traitement des matériaux 100 % électrique. À la clé, une réduction des émissions de CO2 de 1 000 tonnes par an et la possibilité d’aller vers de nouveaux marchés.

Le chantier d’installation de la nouvelle machine électrique de la carrière de Jaumont a nécessité 18 mois de travaux — Photo : Jean-François Michel

En investissant un total de 17 millions d’euros dans une installation 100 % électrique de traitement des matériaux, le groupe de BTP NGE, basé à Saint-Etienne-du-Grès, dans les Bouches-du-Rhône, vient de faire entrer la carrière de Jaumont, à Malancourt-la-Montagne en Moselle, dans une nouvelle ère. S’étalant sur 1,2 kilomètre de long, capable de traiter 750 tonnes par heure, la nouvelle machine, baptisée "Grande Ourse" en référence à la constellation avec laquelle elle partage sa forme vue du ciel, va être alimentée par 2700 kW d’énergie électrique. L’arrêt de l’ancienne installation, qui consommait du gazole pour alimenter 11 moteurs thermiques, va permettre de réduire de 1 000 tonnes d’équivalent CO2 les émissions du site.

800 000 tonnes

"La mise en service d’une machine électrique de fabrication de granulats ouvre de nombreuses possibilités. En plus du confort de travail, nous allons pouvoir analyser les données issues des capteurs pour améliorer la productivité", anticipe Jérémy Jean, le directeur de Vaglio, filiale de NGE (23 000 salariés, 4 Md€ de CA) qui exploite la carrière de Jaumont.

Des réflexions lancées en 2018

Connue pour la pierre de Jaumont, contenant l’oxyde de fer donnant la couleur "jaune d’or" aux bâtiments historiques de Metz et des villes mosellanes, la carrière réalise 95 % de ses 18 millions d’euros de chiffre d’affaires en mettant sur le marché, grâce à une équipe de 42 personnes, un total de 800 000 tonnes de granulats par an, utilisés par les entreprises du BTP pour faire du remblai ou des enrochements.

En 2017, quand NGE rachète la carrière de Jaumont, le groupe trouve un site à fort potentiel, mais dont l’outil productif était déjà à bout de souffle. "Les premières réflexions ont commencé dès 2018", révèle Jérémy Jean. La décision d’investir a été prise en 2022 et à la fin de cette même année, un chantier de 18 mois est lancé. "Le premier démarrage, celui de la tête primaire, a été réalisé en novembre 2023, précise Jérémy Jean. Puis la ligne à sec a été démarrée en mai 2024 et la dernière partie, la ligne sous eau, a été lancée en juillet 2024."

Jérémy Jean est le directeur de Vaglio, la société qui exploite la carrière de Jaumont pour le compte du groupe NGE — Photo : Jean-François Michel

Changement de méthode de travail

Installée au barycentre des fosses exploitées, soit le point d’équilibre entre les différents gisements de la carrière, qui s’étale sur 150 hectares, la "Grande Ourse" a nécessité de réinventer une façon de produire. "La philosophie est totalement inversée par rapport à nos anciennes méthodes de travail", prévient Jérémy Jean. Là où le gisement était traité sur place, grâce à des machines mobiles, désormais, cinq kilomètres de convoyeurs acheminent la matière vers des bâtiments dans lesquels la roche calcaire va être concassée puis calibrée pour former un granulat répondant à une granulométrie précise.

"Le déchet d’hier sera le gisement de demain"

"L’ancienne installation générait entre 30 et 40 % de stérile, c’est-à-dire ce qui est impropre aux usages qu’on veut faire de la matière", explique Jérémy Jean. Concrètement, les anciennes machines de la carrière ne permettaient pas de mettre sur le marché des granulats d’un diamètre inférieur à 8 centimètres : "Idéalement, il faut aller cribler le plus fin possible pour jeter uniquement de l’argile. Mais techniquement, nous n’arrivions pas à traiter des diamètres inférieurs à 8 cm, donc tout ce qui était entre 0 et 8 centimètres partait en stérile", retrace le directeur de la carrière de Jaumont. En se félicitant du constat actuel : "Ce qui était un déchet hier peut devenir le gisement de demain". En effet, les équipes de la carrière pourraient retraiter le stérile accumulé pendant les années d’exploitation de la carrière pour produire du granulat.

Connue pour la pierre de Jaumont, qui donne sa couleur "jaune d’or" aux bâtiments de Metz, la carrière réalise 95 % de son chiffre d’affaires en vendant des granulats pour le BTP — Photo : Jean-François Michel

Remplacer les "laitiers sidérurgiques"

Cette capacité à produire d’autres types de granulats doit ouvrir de nouveaux marchés à la carrière. "Nous sommes désormais capables de faire des granulats de haute qualité qui vont venir remplacer petit à petit les laitiers sidérurgiques", assure Jérémy Jean. Incorporé dans la fabrication du ciment, ce coproduit de l'industrie sidérurgique est utilisé par les entreprises du BTP pour se fournir en petites pierres et devient de plus en plus rare. "Actuellement, les laitiers sont importés de la Sarre, soit plus de 100 kilomètres pour arriver en Lorraine", décrit le directeur de Vaglio. "Dans une réflexion autour de l’économie locale, nos granulats vont pouvoir concurrencer techniquement ce laitier." Le groupe a déjà réalisé des chantiers au Luxembourg, notamment une portion d’autoroute et des lignes ferroviaires, en utilisant des granulats issus de la carrière de Jaumont en lieu et place des laitiers sidérurgiques.

Des perspectives de croissance

"Le deuxième nouveau marché auquel nous voulons nous attaquer, c’est le marché du béton", dévoile Jérémy Jean. Traditionnellement, les granulats rentrant dans la composition du béton sont des sables alluvionnaires ou des "graviers roulés", tirés de gisements qui s’amenuisent rapidement, faute des autorisations nécessaires. "Désormais, nous pourrons nous positionner sur ce marché", se félicite Jérémy Jean. Autant de perspectives qui incitent le directeur à se montrer confiant dans la progression de l’activité : à terme, la carrière devrait dépasser les 20 millions d’euros d’activité, malgré une conjoncture compliquée dans le bâtiment et les travaux publics. "Idéalement, pour développer l’activité, il nous faudrait rapidement quelques grands projets d’infrastructures, comme l’A31bis", souhaite Jérémy Jean.

Les moteurs électriques de la "Grande Ourse" consomment un total de 2700 kW — Photo : Jean-François Michel

De l’eau recyclée à 95 %

Autre motivation pour investir, la réduction de la consommation d’eau du site. "Dans le procédé de fabrication, il faut laver les granulats", détaille le directeur de la carrière de Jaumont. L’opération permet de récupérer des argiles, qui sont pressées pour en extraire l’eau grâce à une presse à boues. Ce nouveau procédé permet de récupérer 17 000 m3 d’eau par an, soit l’équivalent de sept piscines olympiques. "L’eau est ensuite réinjectée dans l’installation. Ce qui nous permet de recycler 95 % de l’eau, et de ne prélever que 5 % de notre besoin", précise Jérémy Jean. "Auparavant, nous étions plutôt à 80 % de recyclage de l’eau." Au final, la presse à boues produit chaque jour près de 100 tonnes d’argile ressemblant à des "gaufrettes" : "Nous avons des sujets de développement autour de cette argile. Pour l’instant, elle n’est pas valorisée, il est encore difficile de capter des chantiers, mais c’est un matériau intéressant car étanche", déroule le directeur de Vaglio.

Des capteurs qui accumulent des données

Équipée de 360 capteurs, la "Grande Ours" a commencé à collecter des données précieuses pour l’avenir de l’exploitation de la carrière de Jaumont. Déjà, Jérémy Jean se félicite de la possibilité de conduire plus finement l’installation. "Avec les moteurs thermiques, vous faites varier le régime moteur et c’est tout. Désormais, la fibre optique installée sur le site remonte des centaines de paramètres qui nous permettent déjà d’être plus productifs", observe le directeur du site. Demain, le dirigeant imagine conjuguer le savoir-faire de ses équipes et les données traitées par l’intelligence artificielle pour piloter la production. "Dans certaines conditions, par exemple une météo trop humide, nous savons que certains gisements sont compliqués à travailler, illustre Jérémy Jean. À l’avenir, les données seront capables de nous aider à travailler plus précisément et plus efficacement."

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