Aujourd’hui, ce n’est qu’un terrain vague hérissé d’herbes sèches. Demain, ou plutôt en septembre 2026, devrait s’ériger ici, à Rezé, au sud de Nantes, une nouvelle ressourcerie. L’investissement pour la métropole s’élève à un peu moins de 3 millions d’euros et comprend la construction de 2 200 m² de bâtiments modulaires, entre espace de vente, ateliers de valorisation et locaux pour l’équipe d’animation. Nantes Métropole et la Ville de Rezé veulent en faire la « ressourcerie métropolitaine », un équipement capable de traiter 300 tonnes d’objets collectés chaque année dans la quinzaine de déchèteries de la métropole, et d'accueillir également les apports volontaires des habitants.
Deux ans après la fermeture de la Ressourcerie de l’île, qui avait laissé un vide dans le paysage local du réemploi, "un choc" pour la présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, mais surtout pour les acteurs locaux de l’Economie sociale et solidaire, pour les habitants et les élus. Ce nouveau projet apparaît comme une réparation nécessaire autant qu’une remise en cause profonde du modèle économique. "Nous nous étions engagés à tout mettre en œuvre pour qu’un nouveau projet de réemploi solidaire puisse voir le jour à Rezé", souligne la maire, Agnès Bourgeais.
Changement de modèle économique
Pour Mahel Coppey, la vice-présidente de Nantes Métropole en charge de l’économie sociale et solidaire, il fallait revoir sa copie. "Nous avons analysé ce qui s’est passé pour comprendre ce qui a conduit à la fermeture de la Ressourcerie de l’Ile. Nous avons identifié trois causes principales, estime l’élue écologiste. La difficulté d’accès au foncier pour les acteurs de l’ESS, la faiblesse du gisement qui leur était réservé, et un manque de professionnalisation. À cela s’est ajouté l’arrêt des emplois aidés en 2018, un coup de massue qui a fragilisé tout le secteur associatif. Le modèle économique n’était plus tenable." La grande différence aujourd’hui ? "La Métropole porte directement le foncier et le bâtiment, explique Mahel Coppey. L’exploitation sera confiée à une structure d’insertion par l’activité économique, dans le cadre d’une délégation de service public (DSP). On supprime ainsi la charge immobilière, qui avait été fatale au précédent projet. Et nous garantissons un gisement d’objets en créant un équipement métropolitain relié aux déchèteries, avec des agents ayant bénéficié d’une formation, et donc une meilleure orientation des flux."
Implantée dans la ZAC de la Brosse, impasse Suzanne Noël, cette première nouvelle ressourcerie métropolitaine sera construite en modules réemployables et selon des standards environnementaux exigeants : performance énergétique, chantier à faible nuisance, recherche de matériaux issus du réemploi. Les équipements pourront être réutilisés. Une ressourcerie définitive, en dur, verra le jour dans un second temps sur un autre terrain, toujours à Rezé, qui demande un réaménagement plus important.
Un fonds pour un vivier de start-up
La future ressourcerie ne vient pas seule, si l’on ose dire. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large, baptisée "Nantes, terre de réemploi", qui combine soutien au réseau de ressourceries de proximité et accompagnement de projets innovants. En 2024, Nantes Métropole avait déjà doublé ses subventions au fonctionnement des ressourceries existantes (passées de 161 000 à 326 000 euros). En parallèle, elle a lancé un fonds métropolitain d’appui aux innovations de réemploi doté d’1 million d’euros, dont les premiers lauréats viennent d’être dévoilés.
Un vivier de treize start-up est ainsi soutenu. Certaines sont déjà connues pour leurs initiatives originales. Doudous Sail expérimente sur un bateau IMOCA la réutilisation du carbone déclassé dans la construction navale. Bout à Bout, pionnier du réemploi des bouteilles en verre, développe un nouveau site de tri, à Carquefou. Malakio, qui transforme des coquillages en mobilier bas carbone et qui désormais a atteint la taille d’une PME. Redeem Medical structure une filière de réemploi pour des dispositifs médicaux orthopédiques. Instead mise notamment sur les drêches de brasserie pour fabriquer du mobilier. Modixia conçoit et fabrique des ordinateurs éco-conçus à partir de composants électroniques revalorisés. Ce million d’euros injectés sert à accélérer "le passage à l’échelle supérieure de ces innovations", précise Mahel Coppey.
Les assises du réemploi à Nantes en novembre 2025
Depuis 2023, près de 90 acteurs locaux – entreprises, associations, institutions – ont signé la charte "Nantes, terre de réemploi". La dynamique a aussi convaincu la fédération professionnelle Rcube d’organiser à Nantes, en novembre 2025, les premières assises nationales du réemploi. La future ressourcerie métropolitaine, annoncée comme une « locomotive » par la maire de Rezé, devrait en devenir l’un des symboles.