Béton, bois, fenêtres, plafond, moquettes… Tous les matériaux d’un bâtiment sont concernés par ce nouveau site de Cyneo, situé à Saint-Aignan-Grandlieu près de Nantes. Inauguré ce jeudi 23 janvier, ce lieu possède des emplacements pour stocker les matériaux des chantiers, un showroom, ou encore des espaces privatifs et des bureaux à destination des sociétés impliquées dans le réemploi des matériaux issus du bâtiment. Pour faire partie de l’aventure, ces dernières payent une adhésion annuelle. Il s’agit ainsi du deuxième site de Cyneo, filiale à 100 % de Bouygues Construction, après un premier site à Vitry-sur-Seine ouvert fin 2023.
De la Bretagne jusqu’à Bordeaux
D’une surface totale de 3 500 m², ce nouveau site nantais a nécessité un investissement en travaux de 400 000 euros. "Nantes a un positionnement stratégique. Ce premier site récupérera des gisements de chantier qui viennent d’une large zone, englobant la Bretagne, Saint-Nazaire et ses activités industriels, ou encore de la région bordelaise", explique Joanna Ferrière, directrice générale de Cyneo. Le modèle économique de la filiale de Bouygues repose entièrement sur une offre de services pour les entreprises déjà impliquées dans le réemploi. Les matériaux récupérés dépendront donc entièrement de ces clients.
D’ici 2027, Cyneo ambitionne d’implanter une dizaine de centres en France, ce qui réduira à terme la zone géographique de chacun. Le prochain centre s’ouvrira à Lille dans le courant du premier semestre 2025.
L’objectif d’une centaine de clients dans les Pays de la Loire
Cyneo compte aujourd’hui une centaine clients à l’échelle nationale, et une dizaine en Pays de la Loire. "Nous visons d’atteindre une centaine d’adhérents dans les 12 mois à venir dans la région", ambitionne Joanna Ferrière. Ces derniers pourront bénéficier d’une zone entièrement dédiée à la logistique des matériaux issus des chantiers de déconstruction. "Les adhérents profitent de cet espace d’environ 1 200 m² pour leur stockage, ce qui n’est pas forcément facile à trouver ailleurs", souligne Philippe Courtaud, responsable du centre Cyneo de Saint Aignan-Grandlieu.
Des ateliers privatifs et des bureaux sont également mis à disposition de locataires. Et on peut dire que la palette est large. Parmi les premiers locataires, on retrouve la Miroiterie du réemploi, une entreprise lancée il y a quelques mois par deux associés et dédiée au réemploi des vitres. "Sur les 200 000 tonnes de vitres issues des chantiers, 95 % finissent incinérées ou enfouies", note son fondateur Nicolas Vailhen. On retrouve également parmi les locataires Ecophon (70 salariés), un fabricant de panneaux acoustiques et filiale de Saint-Gobain qui profite de ce nouveau lieu pour lancer son projet de reconditionnement à Nantes. "Nous travaillons sur le reconditionnement de nos propres produits", détaille Bessaou Yalaoui, responsable technique d’Ecophon.
De nouvelles techniques de déconstruction
La filiale de Saint-Gobain ambitionne de mettre son matériau issu du réemploi sur le marché à un prix équivalent au neuf, et avec une garantie. "Nous engageons notre responsabilité sur ces produits. Or, c’est aujourd’hui souvent cet aspect assurance qui bloque les modèles économiques dans le secteur du réemploi. La force de frappe du groupe Saint-Gobain nous permet de prendre cet engagement", analyse Bessaou Yalaoui.
Le passage au réemploi implique aussi de faire attention sur les chantiers, car les panneaux d’Ecophon sont composés de matières fragiles comme la laine de verre. Cela nécessite de nouvelles techniques de déconstruction, ou même de construction. D’ailleurs, parmi les exposants présents à l’inauguration, l’organisme de formation Noria, basé à Saint-Nicolas-de-Redon (44), revendique être le seul organisme à proposer une certification sur le réemploi des matériaux du bâtiment. "La filière était au départ très orientée vers l’économie sociale et solidaire. Mais on voit qu’elle monte en puissance. Tout le monde s’y met avec des acteurs de poids comme Bouygues Construction ou Saint-Gobain", note Mathieu Quertelet, coordinateur de formation au sein de Noria.
Un showroom pour plus de visibilité
Parmi les locataires, on retrouve le projet Carborok (3 personnes) porté par la société d’ingénierie nantaise Voltigital, dont la technologie piège du CO2 dans du béton recyclé. Initialement présent à la Forge des Batignolles, ce projet s’est installé dans un des ateliers de Cyneo afin de partager les problématiques du réemploi. "Avoir un site unique permet aussi de mutualiser les moyens, par exemple autour de certaines machines. De plus, de nombreux acteurs de l’économie circulaire ont besoin de relais, notamment en termes de visibilité et communication", note Joanna Ferrière. Pour répondre à cet enjeu, un showroom est également ouvert. Parmi les premiers exposants, on retrouve l’entreprise Uptoled (15 salariés) basée à Indre et spécialiste de l’éclairage LED. Sa filiale Upcylight s’attaque à leur réemploi. "Il n’y a pas de notion de concurrence entre les acteurs du secteur. L’objectif est de faire grandir ensemble le marché de la seconde main au sein des chantiers", note Emmanuel de Beaurepaire, fondateur et directeur d’Uptoled.
Faire émerger une véritable filière
Au centre de Vitry-sur-Seine de Cyneo, plus de 1 500 tonnes de matériaux ont été réutilisées en un an. À la fois une belle performance, et une simple goutte d’eau dans un secteur du bâtiment qui produit en France 46 millions de tonnes de déchets, selon le ministère de la Transition écologique. Aujourd’hui, seulement 1 % d’entre eux sont réemployés. "L’objectif serait d’atteindre les 5 à 7 % d’ici quelques années, pour montrer que notre développement est utile et qu’une véritable filière émerge", espère Philippe Courtaud.