Comment présentez-vous le Carrefour international du bois qui se tiendra à Nantes du 2 au 4 juin 2026 ?
Géraldine Cesbron : C'est le plus grand salon B to B international dédié au matériau bois. Il a lieu tous les deux ans à Nantes et réunit l'ensemble des acteurs de la filière, de la première transformation jusqu'aux produits finis. Fibois, le réseau interprofessionnel de la filière forêt-bois en France, pilote la réalisation de ce salon. Je tiens à souligner que c'est vraiment un salon 100 % bois : on n'est ni sur un salon de machines, ni sur un salon généraliste du bâtiment. On couvre tous les produits issus de l'arbre, du sciage aux solutions de construction, d'aménagement ou encore aux matériaux biosourcés. C'est aussi le reflet d'une filière économique majeure en France, qui pèse environ 26 milliards d'euros de valeur ajoutée, soit un peu plus de 1 % du PIB, et près de 440 000 emplois directs et indirects.
Pourquoi un tel événement à Nantes, qui n'est pas une grande région forestière ?
C'est vrai que les Pays de la Loire ne sont pas une région très boisée, avec environ 400 000 hectares de forêt, soit 2,3% des forêts françaises. En revanche, on a historiquement un bassin d'entreprises très dynamique, avec plus de 4 000 entreprises et plus de 31 000 emplois dans la filière. C'est particulièrement vrai dans la menuiserie, l'aménagement et la construction. Il y a aussi l'histoire du port de Nantes, qui a longtemps été une place forte de l'importation et du négoce de bois. Le Carrefour est né de ces dynamiques : un tissu économique structuré, une volonté des entreprises de se fédérer et un port à bois très important.
Qui vient concrètement sur ce salon ?
On retrouve toute la chaîne de valeur : des scieurs, des négociants, des importateurs, mais aussi des fabricants de produits pour la construction, des industriels du panneau, du parquet ou de l'ameublement. Côté visiteurs, on a historiquement des acheteurs de bois, mais le salon s'est élargi aux architectes, aux maîtres d'ouvrage, aux promoteurs, aux artisans ou encore aux designers. Aujourd'hui, on est sur un événement très transversal, qui reflète une filière complète, de la forêt jusqu'aux marchés finaux du bâtiment, de l'aménagement ou encore de l'énergie. Nous attendons plus de 630 exposants, dont 40 % d'internationaux, et environ 13 500 visiteurs professionnels, comme en 2024.
En quoi est-ce un événement international ?
Au total, près de 100 pays sont représentés. C'est un véritable carrefour d'affaires : les entreprises viennent y capter des marchés, identifier des partenaires ou sécuriser leurs approvisionnements. Le fait que certains acteurs viennent d'Amérique du Nord, d'Australie ou de Nouvelle-Zélande montre bien qu'il s'agit d'un rendez-vous stratégique à l'échelle mondiale.
Quel est le poids de la filière bois en France aujourd'hui ?
C'est une filière majeure. Elle pèse notamment plus de 12 % de l'emploi industriel en France. La forêt couvre 31 % du territoire, ce qui en fait une ressource stratégique, avec une chaîne de valeur complète, de la sylviculture jusqu'aux produits transformés. Par ailleurs, la forêt française est considérée comme la plus belle d'Europe, avec une grande qualité de bois, reconnue dans le monde entier.
Comment se porte aujourd'hui la filière bois française, dans un contexte difficile pour le bâtiment ?
Comme tout le monde, on est impacté. Il y a un ralentissement du marché, notamment sur la maison individuelle. Mais le bois s'en sort plutôt bien. La RE2020 a été un levier très fort pour le bois et les matériaux biosourcés et cela nous a permis de maintenir un bon niveau d'activité, légèrement en croissance. Là où d'autres segments ont davantage reculé, la filière a réussi à se stabiliser. On reste porté par des marchés comme les équipements publics, le tertiaire ou le petit collectif.
Sur la seule construction bois, on est autour de 4,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France, avec près de 1 900 entreprises et plus de 28 000 salariés. Ce qui est intéressant, c'est que si le neuf reste majoritaire, la rénovation et l'entretien progressent, avec une hausse d'environ 9 % sur un an. Cela montre que la filière est en train de diversifier ses relais de croissance.
Qu'en est-il de la ressource forestière en France ?
La forêt française est en croissance en surface, avec la déprise agricole, et reste globalement bien gérée. Elle compte 17 millions d'hectares, la quatrième en surface en Europe. On n'est pas dans une logique de déforestation comme dans d'autres régions du monde. En revanche, elle est confrontée au changement climatique, avec des problématiques d'adaptation des essences et des problématiques sanitaires dues au stress hydrique et à des attaques de ravageurs. C'est un enjeu majeur, qui mobilise toute la filière, des forestiers aux industriels. Mais c'est une filière du temps long. Les arbres que l'on plante aujourd'hui seront valorisables dans 50 ou 100 ans, voire davantage.
La question de "couper des arbres" reste sensible dans l'opinion…
Oui, et c'est un sujet qu'il faut expliquer. Un arbre capte et stocke du CO₂ toute sa vie. Une fois utilisé dans la construction ou l'aménagement, ce carbone reste stocké. Et derrière, on replante, et on fixe à nouveau du carbone. C'est un cycle vertueux qui permet de lutter contre le changement climatique. Le vrai sujet, c'est la qualité de la gestion forestière, pas le fait de couper en soi.
Quels sont aujourd'hui les grands enjeux pour la filière ?
Il y a la question de la ressource, bien sûr, mais aussi celle de la structuration de l'offre française. Ces dernières années, les industriels ont beaucoup investi pour proposer des produits plus techniques et réduire la dépendance à certaines importations, notamment d'Europe du Nord. Il y a aussi un enjeu de lecture des marchés, d'anticipation, et c'est pour cela que nous lançons un baromètre avec l'Ifop afin d'éclairer les tendances du marché et permettent à nos entreprises de se positionner. Les résultats seront présentés en juin et permettront aux acteurs de la filières de mieux se positionner.
La filière innove-t-elle suffisamment ?
Oui, mais ce sont des innovations souvent industrielles et de fond. On travaille sur de nouveaux produits, sur l'optimisation de la matière, sur l'utilisation de nouvelles essences. Il y a aussi un écosystème de recherche avec des acteurs comme l'École supérieure du bois, à Nantes, Institut technologique FCBA (Forêt, Cellulose, Bois, Ameublement) ou des pôles comme Xylofutur, seul pôle de compétitivité français dédié à la filière forêt-bois-chimie. C'est une filière qui investit, qui se modernise et qui innove, et offre de solides garanties pour le futur.
Qu'en est-il du recrutement dans cette filière ?
C'est un enjeu majeur. Comme beaucoup de secteurs industriels, on doit attirer davantage de talents. On a un avantage avec le matériau bois, qui a une image positive. Mais il faut structurer les démarches RH, valoriser les métiers et accompagner les entreprises, souvent des PME, sur ces sujets.
Au fond, quel message voulez-vous faire passer avec ce Carrefour 2026 ?
Qu'on a une filière solide, ancrée dans les territoires, créatrice de valeur et d'emplois. Une filière qui s'internationalise, qui investit et qui a un rôle clé à jouer dans la transition environnementale. Le Carrefour, c'est à la fois un moment de business et un moment pour comprendre les grandes évolutions économiques du secteur.