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"EDF fait un bras d’honneur à l’industrie française", selon le PDG de Saint-Gobain
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"EDF fait un bras d’honneur à l’industrie française", selon le PDG de Saint-Gobain

Le prix élevé de l’électricité en France suscite l’ire des industriels depuis plusieurs semaines. Benoit Bazin, PDG de Saint-Gobain, s’est indigné de cette situation sur le plateau de BFM le 20 mars.

EDF est accusé par le patron de Saint-Gobain de faillir à sa mission de service publique de favoriser la compétitivité des entreprises françaises — Photo : Yann Avril

Interrogé sur le plateau de BFM TV sur le coût de l’électricité en France, le patron de Saint-Gobain, Benoit Bazin, n’a pas mâché ses mots vis-à-vis d’EDF. Une colère symptomatique des tensions entre industriels français et le fournisseur d’électricité.

La volatilité des prix de l’électricité empêche les investissements

"EDF fait un bras d’honneur à l’industrie française", par son prix de l’électricité très élevé, juge le PDG de l’entreprise du CAC40. "Nous avons déjà différé des investissements industriels en France parce que nous n’avons pas de visibilité sur le prix de l’électricité au 1er janvier 2026. Ce qu’on nous dit, c’est qu’elle pourra doubler", relate Benoit Bazin. Des hausses des coûts qui interviennent alors que le mécanisme de régulation des prix de l’électricité pour une partie de la production, l’Arenh, s’arrête à la fin de l’année 2025. Le prix bon marché de 42 euros le MWh pour les industriels pourrait ainsi être nettement supérieur en 2026.

Les prochaines usines de Saint-Gobain seront en Espagne

"L’électricité c’est le premier facteur de compétitivité pour maintenir l’industrie", soutient le patron de Saint-Gobain, jugeant qu’EDF faillit à sa mission de service public sur la compétitivité de l’industrie française. Après avoir investi dans un projet d’électrification d’une usine au Canada et en Norvège, Benoit Bazin explique que ses prochaines usines électrifiées "seront en Espagne", étant donné le coût de l’électricité nettement plus faible qu’en France.

Une position "dominante" d’EDF dans les négociations

Le coût du nucléaire est aussi soumis à la fluctuation des prix du gaz. Une volatilité qui devait être compensée par des contrats spécifiques pour les grands industriels, leur permettant d’acheter l’électricité à un prix proche des coûts réels du nucléaire. Or, "la mise en place de ces contrats était un échec prévisible", assure Aurore Lalucq, présidente de la Commission des affaires économiques du Parlement européen, dans une tribune du Nouvel Obs le 20 mars 2025. "EDF dispose en effet d’une position dominante et peut ainsi imposer aux consommateurs des conditions désavantageuses, avec un prix de vente bien supérieur à l’estimation de la Commission de régulation de l’énergie", explique-t-elle.

Les industriels attendent une réponse du gouvernement

La co-présidente du parti Place Publique considère que la régulation du nucléaire est "uniquement bloquée par EDF, qui préfère maintenir la solution de marché plutôt qu’une régulation par l’État". Aurore Lalucq invite enfin l’État à intervenir auprès de l’entreprise publique "afin de protéger nos industries et notre souveraineté industrielle et stratégique". Une attente aussi de Benoit Bazin, qui ne peut cependant pas s’éterniser : "Un industriel doit avancer vite", rappelle-t-il.

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