Dans l’industrie nantaise, le temps n’est plus aux recherches menées par des rats de laboratoire qui ne sortent pas de leurs bureaux. Le temps est à la recherche collaborative, où tout le monde ou presque, se parle, échange, innove ensemble. « L’esprit machine à café », comme le résume Gérald Lignon, directeur de l’usine Airbus de Saint-Nazaire (2.800 salariés).
L'exemple d'Airbus
A Nantes, Airbus a été le premier groupe à expérimenter à grande échelle cette manière de faire. En 2009, s’ouvre dans le sud de l’agglomération nantaise le centre de recherche Technocampus, un bâtiment de 19.000 m² où le groupe aéronautique, ainsi que d’autres entreprises et laboratoires, planchent sur la mise en œuvre des technologies composites, ces matériaux qui remplacent de plus en plus le métal dans les avions.
Un deuxième Technocampus
C’est sur le même modèle que vient de s’ouvrir à quelques centaines de mètres de là, le Technocampus Océan, un centre de recherche industrielle dédié à l’industrie navale. Différence notoire entre les deux bâtiments : le Technocampus Océan est doté d’une façade bleue qui rappelle la mer. Pour le reste, on y retrouve tous les ingrédients de son aîné.
Le centre est d’abord ouvert à plusieurs entreprises. La moitié des 18.000 m² du bâtiment est occupé par des équipes de DCNS, spécialisé dans la construction navale, militaire notamment. Le groupe français y rassemble 150 salariés. A ses côtés, d’autres entreprises, comme Dassault Systèmes (logiciels) et STX (construction navale), ainsi que des centres de recherche tels que le CEA Tech. Devant regrouper 350 personnes dans les prochaines semaines – tous les espaces sont aujourd’hui réservés -, ce bâtiment comprenant bureaux et ateliers est « l’un des plus grands centres de recherche industrielle en France et la plus grande plate-forme de recherche technologique pour l’industrie maritime », assure Christophe Clergeau, vice-président du conseil régional des Pays de la Loire.
Une nouvelle façon d'innover
Entreprises et laboratoires de recherche ne sont pas seulement que des colocataires. Le but même du Technocampus, c’est de favoriser la recherche collaborative. Pour les porteurs du projet, il s’agit d’un vecteur d’efficacité économique et de créativité. Y compris pour des entreprises évoluant dans le secteur de la défense, comme DCNS, pour qui la confidentialité est tout sauf un vain mot. « Ce qui est important, c’est d’être capable de travailler de façon transversale entre industries », explique Andréas Loewenstein, directeur stratégie, partenariats et innovation de DCNS. Concrètement, des ateliers et des outillages sont partagés. D’autres, confidentialité oblige, le sont moins, voire pas du tout. « Le plus important, c’est de sortir les gens du bureau, de casser les murs », reste convaincu le cadre dirigeant de ce groupe de 13.000 salariés.
Les pouvoirs publics mettent 40 millions d'euros sur la table
L’un des grands avantages des centres Technocampus, c’est qu’ils bénéficient du plein soutien des pouvoirs publics. L’immobilier est ainsi totalement porté par les collectivités locales et l’Europe. Premier financeur de la plate-forme et maître d’œuvre du Technocampus Océan : le conseil régional des Pays de la Loire qui injecte 23 des 40 millions d’euros nécessaires à la construction du bâtiment. Les industriels et les chercheurs paient un loyer et apportent leurs équipements de recherche. Un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le CEA Tech et l’institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne apportent ainsi pour onze millions d’euros d’équipements. La valeur des matériels de DCNS est beaucoup plus importante, mais reste secrète.
Un petit frère pour Alstom
Recherche mutualisée et fort financement public : la formule séduit. Lors de l’inauguration du Technocampus Océan, Jérôme Pécresse, qui préside la division énergies renouvelables d’Alstom (10.000 salariés, 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires) était ainsi présent. Le dirigeant de cette division qui est en train d’être rachetée par le géant américain GE s’intéresse de très près au modèle du Technocampus. Et pour cause : Alstom regroupera d’ici à 2019 ses équipes nantaises - R&D et siège mondial de la division énergies marines – au sein du petit frère du Technocampus Océan. Le bâtiment, dont la superficie est en cours de définition, comprendra au minimum 250 salariés d’Alstom ainsi qu’une cinquantaine de collaborateurs d’EDF, qui va implanter à Nantes un centre de supervision des futurs champs éoliens marins français. D’autres espaces devraient être ouverts à d’autres entreprises.
Encore 50 millions d'euros d'investissement à venir
Ces trois Technocampus constitent le bras armé de la « manufacturing valley » nantaise. Autour de l’IRT Jules Verne, du pôle de compétitivité EMC2 et de fleurons industriels français tels qu’Airbus, DCNS et Alstom, on y invente aujourd’hui les process de fabrication et l’usine de demain. D’autres projets devraient dans les prochains moins encore renforcer cette concentration de moyens de recherche industrielle. Moyennant une trentaine de millions d’euros, un centre de formation aux métiers de l’industrie accueillera sur 8.000¬m² un millier d’étudiants, en formation initiale et continue. Deux autres bâtiments de 4.000¬m² verront également le jour, d’un coût évalué à 9¬ millions d’euros chacun. Cœur de la manufacturing valley, le premier regroupera les équipes administratives d’EMC2 et de l’IRT ainsi que des espaces pour les entreprises. Le second accueillera le CEA Tech, dont les effectifs nantais pourraient passer d’une quinzaine à près de 150 salariés.