Quarante-cinq minutes. C’est le temps qui était imparti à chacun des huit candidats aux élections municipales à Saint-Étienne pour présenter les grandes lignes de leur programme économique et répondre aux interrogations des acteurs économiques stéphanois sur des enjeux liés à l’attractivité, la fiscalité, le foncier ou encore la mobilité.
Organisé, à la Fédération du BTP de la Loire, par le Collectif économique de la Loire (Medef Loire, U2P, CCI, CMA, Chambre d’agriculture et les branches professionnelles) et la CPME Loire, ce "Grand oral" aura permis de faire émerger quelques idées et propositions phares.
"En finir avec OnlyLyon Invest"
Si globalement tous s’accordent sur la nécessité de redynamiser l’attractivité de Saint-Étienne, les méthodes divergent. Le candidat RN, Corentin Jousserand entend dénoncer le partenariat entre Saint-Étienne Métropole et OnlyLyon Invest (ex-Aderly), l’agence chargée de la prospection économique pour le Grand Lyon et la métropole stéphanoise. "C’est une erreur. On ne peut pas avoir une agence qui s’occupe de l’attractivité de Lyon et en même temps de Saint-Étienne. On se doit d’avoir notre propre agence au niveau de la métropole. Cela permettrait d’attirer plus efficacement les entreprises et les investissements sur notre territoire", estime le candidat RN.
Un "plan de développement industriel" et une foncière dédiée
Pour favoriser l’implantation et le développement d’entreprises, notamment industrielles, sur le territoire stéphanois, la candidate "sans étiquette" (divers centre), Siham Labich entend, elle, créer un "plan de développement industriel" en concertation avec les maires de l’ensemble de la métropole. "L’objectif est de planifier, anticiper les besoins pour attirer des entreprises mais aussi éviter que des industries ne partent chez des territoires voisins à Veauche ou en Haute-Loire, qui ont des capacités foncières pour les accueillir", développe la candidate, issue de la majorité sortante.
Attirer des entreprises industrielles, c’est aussi la volonté affichée par la candidate LFI, Valentine Mercier, qui se propose de "créer une foncière industrielle pour réserver des terrains à l’industrie" et éviter ainsi à des "fonds prédateurs" de dilapider le foncier disponible en y installant "des projets à rentabilité immédiate", types commerces et activités de loisirs.
Expérimenter le tiers financement
Pour ce qui concerne l’attractivité du centre-ville, là aussi les candidats ne manquent pas d’idées. Le candidat de la gauche rassemblée (PS, Écologistes, PCF), Régis Juanico entend "lutter contre la vacance des logements et l’habitat dégradé" (il existe plus de 10 000 logements vacants, NDLR) en expérimentant le tiers financement, "un tiers payant énergétique pour lever les freins à la rénovation énergétique pour les propriétaires les plus modestes". Un dispositif qui repose sur une avance de frais par la collectivité en mobilisant les aides existantes des organismes partenaires et en créant un guichet unique d’accompagnement des propriétaires. "Cela ne coûterait rien à la collectivité", assure le candidat, qui entend aussi mettre en place "le permis de louer", une demande d’autorisation préalable de mise en location qui vise à lutter contre les logements indignes et les marchands de sommeil.
"La gratuité des transports le samedi" aussi évoquée
Pour lutter contre la vacance commerciale (qui s’élève à 15 % à Saint-Étienne), Régis Juanico a fait de la gratuité des transports Stas le samedi sa mesure phare. "La fréquentation de la ville est en baisse depuis un an. Chaque jour, c’est 10 000 personnes en moins qui fréquentent le centre-ville. La gratuité des transports le samedi a permis par exemple à Roanne de booster sa fréquentation de 70 % en un an. C’est une mesure qui coûterait entre 3 et 5 millions d’euros par an dans le budget de 120 millions d’euros de la Stas", estime, le candidat.
"Transformer La Charité en Grand Hôtel-Dieu"
De son côté, Siham Labich se fixe pour objectif le "zéro vitrine vide" sous le prochain mandat. Comment ? "En garantissant une autre expérience, en attirant d’autres types de commerces et notamment en faisant revenir dans le centre-ville les métiers de l’artisanat, du savoir-faire et les créateurs locaux". La candidate divers centre porte aussi un projet d’envergure : "Transformer l’ancien hôpital de La Charité en Grand Hôtel-Dieu".
À l’instar de ce qui a été fait à Lyon avec l’ancien hôpital du 12e siècle, classé monument historique, Siham Labich entend réhabiliter les 30 000 m² de friche à La Charité pour en faire "un pôle économique et commercial avec aussi la construction d’un hôtel tout en gardant l’aspect patrimonial". En augmentant la capacité hôtelière de Saint-Étienne en cœur de ville, la candidate espère aussi positionner Saint-Étienne sur l’accueil de salons et congrès d’envergure et ramener ainsi du flux en centre-ville pour redynamiser les commerces.
Un plan ambitieux de "6 000 emplois sur le mandat"
Ambitieux. C’est aussi ce qui caractérise la mesure phare du candidat Horizon Eric Le Jaouen. Le chef d’entreprise et ancien président du Medef Loire souhaite créer "6 000 emplois sur le mandat en cœur de ville". Pour y parvenir, Eric Le Jaouen projette notamment de créer "un pôle de services et de loisirs" en lieu et place de l’actuel parking des Ursules. "Cela permettrait de remettre de l’attractivité et ramener du flux en centre-ville en particulier les week-ends", estime-t-il.
Là où Corentin Jousserand (RN) et Marc Chassaubéné (divers droite) prônent la déconstruction totale du parking des Ursules pour en faire un gigantesque parc pour les Stéphanois, Eric Le Jaouen préfère parler de requalification. "On démolit la partie sud du parking qui menace de s’effondrer, on en fait un parc et on garde le reste pour y installer des activités de loisirs", détaille le candidat, qui souhaite également étudier la construction d’une nouvelle salle omnisports dans le centre-ville pour là aussi "ramener du flux les samedis et les dimanches".
Extension du tramway jusqu’à Andrézieux-Bouthéon
Côté mobilité, sujet majeur pour les entreprises qui financent à hauteur de 66 % la taxe transport pour une utilisation plus que limitée des transports en commun par leurs salariés (7 %), la principale interrogation concerne l’engorgement de la liaison entre Saint-Étienne et la Plaine du Forez.
"Il n’est pas normal qu’une entreprise comme SNF, qui est l’un des plus gros employeurs du département n’ait pas un arrêt de bus devant son usine"
Si le SERM (Service express régional métropolitain) vise à développer la fréquence des trains sur toute la métropole mais aussi la plaine du Forez et la région lyonnaise, l’horizon 2040 avancé par l’État paraît bien trop lointain pour les acteurs économiques. Notamment pour régler la question prégnante des transports des salariés vers Andrézieux-Bouthéon. "Il n’est pas normal qu’une entreprise comme SNF, qui est l’un des plus gros employeurs du département n’ait pas un arrêt de bus devant son usine", lance le président du Medef Loire Philippe Rascle.
Pour pallier cette problématique des trajets domicile-travail (réalisés à 75 % en voiture) entre Saint-Étienne et la Plaine du Forez, Marc Chassaubéné, actuel premier adjoint au maire de Saint-Étienne, se propose d’engager au lendemain de son éventuelle élection le grand chantier de l’extension de la ligne de tramway entre Saint-Etienne-Hôpital-Nord et Andrézieux-Bouthéon. "L’extension de la ligne de tram au-delà de Ratarieux en direction de la Plaine mais aussi de l’autre côté vers l’Ondaine, c’est le premier chantier de la mobilité que l’on doit mener. C’est un projet qui ne pourra se faire qu’avec les acteurs économiques. Toutes les grandes métropoles sont sorties hors de leurs murs et je pense que le tramway est la meilleure option pour désengorger", s’est prononcé Marc Chassaubéné.
Transformer l’aéroport en aéroport d’affaires
Le candidat Horizon, Eric Le Jaouen entend aussi faire de la liaison Saint-Étienne Plaine du Forez une urgence. "Si on ne traite pas cette liaison, on risque une fracture territoriale. Il faut très vite et massivement accrocher la première couronne nord à la ville de Saint-Étienne. L’emploi industriel est beaucoup dans la plaine. Cela doit être une urgence absolue de ce mandat. Est-ce que cela passera par le tram, par des bus… Je ne sais pas", a commenté l’ancien président du Medef Loire.
Eric Le Jaouen propose aussi de repenser l'usage de l'aéroport Saint-Etienne Loire en le transformant en aéroport d'affaires. "Renoncer aux vols de gros-porteurs nous permettra quand même d'accueillir des événements sportifs, de maintenir l'aéroclub, l'activité de secours pour le CHU... tout en réduisant les coûts de fonctionnement. Cela nous permettrait aussi de récupérer un kilomètre de piste sur la longueur et la largeur pour avoir du foncier bien placé et attirer quelques belles usines avec une concentration d'emplois dans un délais court", argumente l’intéressé.
Quid de la gouvernance économique ?
Pour mener à bien l’ensemble de leurs projets, les différents candidats entendent associer l’ensemble des acteurs économiques. Le candidat LR, union des droites, Dino Cinieri mise sur la "co-construction" et promet la "création d’une commission où l’on mettra sur la table tous les projets d’investissements" après avoir soigneusement audité les comptes de la ville et de la métropole "pour voir où l’on peut faire des économies et dégager des marges de manœuvre".
Corentin Jousserand (RN) promet la création d’une "commission TPE-PME qui réunira acteurs économiques et élus pour fluidifier les échanges". Régis Juanico (PS, Écologistes, PCF) milite pour la création d’un "conseil économique locale qui sera une instance consultative regroupant les organisations patronales, les branches, les filières, les réseaux et les clubs d’entreprise" et promet la nomination à la vice-présidence économique de l’agglomération une personne "issue du monde de l’entreprise".
Eric Le Jaouen va, lui, encore plus loin avec "la création d’un conseil de reconquête économique" qui regroupera les principaux représentants des organisations interprofessionnelles. "C’est l’endroit où l’on décidera de ce que l'on fera ensemble pour le territoire".