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Municipales à Nantes : sécurité, mobilité, attractivité… ce que les chefs d’entreprise attendent des candidats
Nantes # Industrie # Collectivités territoriales

Municipales à Nantes : sécurité, mobilité, attractivité… ce que les chefs d’entreprise attendent des candidats

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À un an des élections municipales, les dirigeants d’entreprise veulent peser dans le débat local. C’est dans cet esprit que la CPME 44 et le Medef 44 ont organisé, début février, une grande soirée d’échanges entre six candidats têtes de liste aux municipales à Nantes et près de 200 chefs d’entreprise. Objectif : confronter les projets politiques aux réalités économiques du territoire.

La soirée d’audition des candidats tête de liste aux élections municipales à Nantes a eu lieu le 6 février 2026 — Photo : David Pouilloux

Cela pouvait donner l’impression d’être le vrai top départ de la campagne des municipales à Nantes. En ce 6 février 2026, six têtes de liste étaient soumises les unes après les autres aux questions des chefs d’entreprise de Loire-Atlantique durant une vingtaine de minutes chacun. "Dans un esprit bienveillant", a tenu à souligner la présidente du Medef 44, Corinne Besnard. Organisée au Startup Palace, dans le centre-ville de Nantes, la rencontre a permis de faire émerger une parole entrepreneuriale particulièrement riche, loin des clivages partisans, mais très claire sur les priorités.

"Le ciel est de plus en plus gris pour les entreprises"

Élu en mars 2025 à la tête de la CPME Loire-Atlantique, Stéphane Chartier rappelle les temps rudes que traversent les entreprises. Inflation, incertitudes politiques et géopolitiques, dépôts de bilan en hausse… "Le ciel est de plus en plus gris pour les entreprises. Les difficultés économiques s’accumulent. Dans ce contexte, la décision publique peut aider… ou pénaliser fortement le développement des entreprises", expose-t-il. Il ajoute : "Nos entreprises ont besoin d'oxygène."

Pour préparer cette soirée, la CPME et le Medef ont choisi d’associer largement leurs adhérents. Administrateurs, membres des bureaux et chefs d’entreprise ont été invités à faire remonter leurs préoccupations, structurées autour de quatre grands axes : sécurité, fiscalité, mobilité et attractivité.

Sécurité et fiscalité : des préalables à toute ambition

Stéphane Chartier, président de la CPME 44, qui regroupe 600 adhérents en Loire-Atlantique — Photo : David Pouilloux

Premier sujet sensible : la sécurité. "C’est un thème clivant, mais fondamental, insiste Stéphane Chartier à la tête d’un syndicat qui compte 600 entreprises adhérentes en Loire-Atlantique. Sécurité des biens, sécurité des personnes, tranquillité dans les centres-villes comme dans les zones d’activité : pour les entrepreneurs, il s’agit d’une condition indispensable à l’activité économique. Ils ont besoin de sérénité."

La fiscalité locale arrive immédiatement après. "Les entrepreneurs ont besoin de stabilité et de visibilité. Nous investissons sur le long terme. Sans cadre clair, sur le moyen et le long terme, il devient très difficile de se projeter", résume le président de la CPME 44.

Un manque de vision pour Nantes ?

Côté Medef, le constat se double d’une vision plus stratégique. Fondateur de Startup Palace, multi-entrepreneur et engagé depuis près de dix ans au Medef, Mathieu Le Gac pointe un déficit d’ambition politique : "Nous manquons aujourd’hui d’un projet structurant pour Nantes. Il n’y a plus de grands projets mobilisateurs capables de fédérer le territoire."

"L’attractivité, c’est aussi une question de vision politique forte. Quelle image veut-on donner de Nantes ? Quelle ambition à dix ou vingt ans ? Quel cap ?"

Dans les faits, l’arrêt de dossiers emblématiques – nouvel aéroport, Arbre aux Hérons – a laissé un vide. "Peut-être que certains projets n’étaient pas parfaits, mais ils portaient une ambition collective, note Mathieu Le Gac. La fin de l’Arbre aux Hérons, par exemple, a fait beaucoup de mal." Corinne Besnard relèvera de son côté que "beaucoup d’entreprises s’étaient investies dans ce projet."

Attractivité, mobilités, logement…

Mathieu Le Gac, membre du bureau du Medef 44 et du comex 40 — Photo : David Pouilloux

L’attractivité ressort comme un enjeu central pour les deux organisations patronales. "L’attractivité, ce n’est pas qu’une question d’outils, comme Nantes Saint-Nazaire Développement, mais c’est aussi une question de vision politique forte, insiste Mathieu Le Gac. Quelle image veut-on donner de Nantes ? Quelle ambition à dix ou vingt ans ? Quel cap ?"

Sur le terrain, les attentes sont très concrètes sur les mobilités : place de la voiture, du vélo, transports en commun, trajet domicile-travail, accès aux grands bassins industriels, accès au centre-ville, franchissement de la Loire, avec pont, tunnel, téléphérique, etc. Nantes est l’une des villes les plus embouteillées de France (dixième place au niveau national). Des projets structurants dans le domaine des transports sont vivement attendus. "Le rôle des pouvoirs publics est d’anticiper, avec des projets structurants qui impliquent les collectivités et l’État, explique Mathieu Le Gac. Nous avons donc interrogé les candidats sur ces thèmes."

"Se loger à Nantes devient de plus en plus difficile"

Autre sujet brûlant : le logement. Nantes, comme de nombreuses métropoles françaises, connaît une crise du logement avec un déficit de construction abyssale : 3 000 logements construits en 2025 pour un besoin évaluer à 6 000 logements par an pour atteindre les objectifs du PLH (Programme local de l’habitat), et 12 000 à l’échelle du département. "Se loger à Nantes devient de plus en plus difficile. Or, c’est important d’avoir la capacité d’accueillir de nouveaux habitants sur la métropole, et de pouvoir loger sereinement et dignement nos collaborateurs", souligne Stéphane Chartier.

Gratuité des transports en commun : ligne rouge pour les entreprises ?

Enfin, la question du financement des transports cristallise les tensions. Si la gratuité des transports revient régulièrement dans le débat public, les chefs d’entreprise se montrent très vigilants. "Les entreprises financent déjà 50 % des abonnements. Leur demander d’aller plus loin via une nouvelle taxe transport serait mal perçu", reconnaît Mathieu Le Gac.

"Les entrepreneurs veulent être écoutés"

Au-delà des sujets, CPME et Medef revendiquent une méthode. Questionnaires, hiérarchisation des priorités, questions ouvertes : "Notre objectif était de restituer fidèlement les attentes des chefs d’entreprise, sans posture partisane, souligne Mathieu Le Gac. Les entrepreneurs veulent être écoutés. Non pas pour imposer une vision, mais pour construire, avec les élus, un projet favorable au développement économique et à la prospérité de notre territoire."

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