Medef Normandie : "La confiance est perdue"

Medef Normandie : "La confiance est perdue"

Pour Arnauld Daudruy, président du Medef Normandie, la décision du Gouvernement de reporter d'un trimestre, de janvier à avril 2016, la baisse des cotisations sur les salaires, prévues dans le cadre du Pacte de responsabilité, sonne la fin de la confiance avec les entreprises.

Le ministre du Budget Michel Sapin a décidé de reporter d'un trimestre la baisse des cotisations sur les salaires compris entre 1,5 et 3,5 SMIC. Comment analysez-vous cette annonce ?

J’étais à l’Elysée le 15 septembre dernier pour la remise du prix de l’Audace créatrice à un entrepreneur par François Hollande. Il a fait un discours de charme sur la politique économique notamment au sujet du CICE, devant un parterre de 200 entrepreneurs, avec à ses côtés Emmanuel Macron tout sourire. Et le lendemain, patatras, Michel Sapin reporte de trois mois les baisses de cotisations sur les salaires compris entre 1,5 et 3,5 SMIC, prévues dans le cadre du Pacte de responsabilité! Mais, les entreprises ont toujours la même masse salariale et avaient pris en compte cette baisse pour 2016. Un décalage comme celui-ci sur un trimestre c’est très dangereux. Repousser cette baisse de janvier à avril 2016, cela revient à amputer de 25% la baisse des charges prévue, soit un montant d’environ un milliard d’euros!

Une confiance semblait pourtant s'être installée entre vous, le Président et son Gouvernement ?

Il y avait un deal passé avec le Président qui déclarait lors de sa conférence de presse du 7 septembre dernier: « la stabilité et le respect de la parole donnée sont les conditions de la confiance ». Ce qui est inadmissible, c'est la volatilité de cette parole. Un jour je fais de grands sourires aux entreprises et le lendemain, j'agis dans leur dos. Comment créer un climat de confiance dans ces conditions? A présent, la confiance est perdue. Et on peut s’interroger pour la suite: Est-ce qu’on ne va pas nous refaire le même coup au second trimestre ? C’est toujours pareil en France, on assomme les entreprises de charges sociales et le moyen le plus simple pour le Gouvernement de trouver un milliard et de boucler un budget, c’est de taper sur elles. A un moment où les entreprises font des efforts considérables, l’Etat et les collectivités doivent aussi prendre leur part. Personne n’avait vu venir ce coup bas! Il y a beaucoup d’amertume chez les chefs d’entreprises.

Comment rebâtir la confiance après cet épisode ?

En s’inspirant notamment des multiples rapports de la Cour des comptes sur ce sujet, le Gouvernement pourrait trouver dans les meilleurs délais des marges de manœuvre budgétaires lui permettant d’éviter de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis du Président de la République. Pour investir et embaucher, les chefs d’entreprise ont besoin de confiance, de stabilité et de visibilité, trois éléments majeurs qui font défaut depuis bien trop longtemps dans la politique économique de notre pays. Or c’est précisément ce type de mesure, décidée dans la précipitation et la confusion, qui entretient l’incertitude, plombe le climat des affaires et freine une véritable reprise.