Si quatre repreneurs se sont positionnés pour reprendre la SNCM, il semblerait que seuls deux d’entre eux soient aux coudes à coudes. Le Procureur de la République qui avait exprimé initialement sa préférence pour l’offre de Daniel Berrebi, a fait volte-face lors de l’audience du 4 novembre retenant finalement celle de Patrick Rocca.
Les candidatures du tandem Christian Garin / Alexander Panagopoulos, son associé de dernière minute, et celle du consortium Corsica Maritima n’ont visiblement pas convaincu les juges. Si la tension était déjà palpable entre les candidats, à présent le ton est monté d’un cran surtout entre les candidats corses Patrick Rocca et Corsica Maritima.
Deux rouliers en 2016 à Toulon pour commencer…
Aujourd’hui, à la veille de l’audience, Corsica Maritima a déclaré qu’elle se positionnerait à Toulon dès le début de l’année 2016 y compris dans l’hypothèse où son offre serait rejetée par le tribunal. « (…) Si le Tribunal de Commerce de Marseille ne retient pas notre offre, qui est la plus pérenne pour l’avenir de l’entreprise et des salariés, les 140 actionnaires de Corsica Maritima, préoccupés par le transport de leurs 45 000 remorques de fret, ont pris la décision d’ouvrir des lignes au départ de Toulon dès 2016. Avec l’appui de Brittany Ferries, Corsica Maritima mettra en place dès le début d’année deux cargos rouliers affrétés au départ de Toulon et à destination d’Ajaccio et de Bastia. Dans le courant du premier semestre 2016, ces cargos rouliers seront remplacés par des cargos mixtes « ROPAX », accueillant aussi des passagers, qui assureront une liaison quotidienne. Au printemps 2016, un car-ferry toujours au départ de Toulon viendra compléter le dispositif. Les réservations seront disponibles en ligne, pour nos clients, dès le début de l’année 2016, en collaboration avec notre partenaire Brittany Ferries, 1er tour opérateur de Grande Bretagne », a annoncé le consortium qui va sans doute s’appuyer sur le système de réservation de l’opérateur transmanche.
Menace de grève
Si la direction du port de Toulon a confirmé avoir reçu une demande concernant l’attribution de postes à quai pour 2016, l’Office des Transports de la Corse (OTC) n’a en revanche pas reçu de courrier officiel. Tout comme Corsica Ferries, seule compagnie présente à Toulon depuis l’abandon de Toulon-Bastia par la SNCM, Corsica Maritima devra se soumettre aux obligations de service public.
Si effectivement, la compagnie se déploie dans le port varois et décide de rapatrier les remorques de Marseille à Toulon ne risque-t-elle pas non seulement d’hypothéquer toute chance de réussite pour le repreneur de la SNCM mais également de torpiller la Méridionale qui tire l’essentiel de ses revenus du fret ?
Chaque jour la visibilité se réduit sur le dossier delà desserte maritime de la Corse. En effet, le cahier des charges de la desserte qui devait être rendu public à l’automne ne sera finalement connu qu’à la mi-janvier 2016. L’OTC ayant lancé le 16 novembre et pour un mois une procédure de consultation publique sur « le périmètre du service public de transport maritime entre la Corse et le continent ».
Devant un tel contexte, les 1428 salariés de la SNCM sont passablement remontés. Le préavis de grève déposé par l’intersyndicale de la SNCM (or STC) pour la journée du 21 novembre, destiné à peser sur les négociations, doit-il être pris au sérieux ? « Si demain, le tribunal désigne un repreneur, quel qu’il soit la flotte s’arrête », a averti un cadre de la SNCM ajoutant que le plan social n’est pas toujours pas bouclé.
Au terme d’une année de procédure, le tribunal de commerce de Marseille doit annoncer demain, 20 novembre, le nom du repreneur de la SNCM. Entre un cahier des charges sur la Corse qui tarde à venir, des candidats prêts à en découdre et un préavis de grève des salariés de la SNCM à compter de samedi, la tension est maximale pour les juges consulaires.