Installée à Aÿ-Champagne, dans la Marne, la distillerie Jean Goyard (50 salariés ; CA : 19,6 M€) lance sa campagne viticole avec un objectif de récolte de 50 000 tonnes d’aignes (les matières solides restant après le pressurage du raisin) auprès de 1 600 partenaires locaux. Un chiffre revu à la baisse, en raison d’une météo pluvieuse qui a eu un impact sur les vignes, plus sujettes aux maladies cette année. En comparaison, l’entreprise a récolté 98 000 tonnes lors de la précédente saison. Pour autant, l’entreprise poursuit les investissements et les plans, à la fois pour décarboner et diversifier sa production.
"Nous sommes déjà 100 % décarbonés avec la chaudière biomasse, installée en 2009. Mais nous continuons les efforts en matière d’économies d’eau et d’énergie pour être en phase avec les objectifs du groupe. Et il y a également des objectifs d’industrialisation et de performance", annonce Stéphanie Hourdry, directrice des opérations de la distillerie. Filiale du groupe aubois Cristal Union (CA : 2,8 Md€ ; 2 300 collaborateurs), qui est engagé dans un vaste plan de décarbonation, la distillerie Jean Goyard s’étend sur trois hectares. Sa capacité de production journalière est de 7 000 hectolitres de spiritueux, grâce à ses 5 colonnes de distillation cuivre et inox et ses deux alambics. Près de 80 % des aignes de l’AOC Champagne sont ainsi transformées par la distillerie. L’entreprise a une capacité de stockage de 12 000 m3, complétés par quatre plateformes de stockage en Champagne-Ardenne.
Des perspectives de diversification et d’innovations
Ancienne responsable logistique industrielle à la sucrerie Cristal Union de Bazancourt, dans la Marne, pendant 8 ans, Stéphanie Hourdry vient d’être nommée directrice des opérations de la distillerie, suite à un départ en retraite. "L’expertise industrielle et supply chain de Stéphanie Hourdry, le savoir-faire de ses équipes, et les capacités de la distillerie, ouvrent de belles perspectives de diversification et d’innovations, sur le marché des spiritueux et au-delà", anticipe dans un communiqué Pascal Hamon, PDG de la distillerie et directeur industriel de Cristal Union.
Installation d’un thermo-éjecteur
Entre 2020 et 2023, plusieurs investissements et optimisations ont déjà permis de réduire la consommation de vapeur, et donc d’énergie, de 25 % sur le site. La distillerie franchit une nouvelle étape cette année avec l’installation d’un thermo-éjecteur, adossé à une colonne de distillation. Ce dernier devrait permettre de "réutiliser la vapeur produite lors des processus industriels", et "d’économiser ainsi 20 % d’énergie supplémentaire", anticipe Cristal Union. Un investissement de 80 000 € pour la distillerie.
Passer sous la barre des 50 000 m3 d’eau
Entre 2012 et 2022, la distillerie Jean Goyard a diminué de 90 % sa consommation d’eau. En 2023, l’entreprise Jean Goyard a consommé 63 000 m3 d’eau et effectué une nouvelle baisse de 30 %, "grâce à l’optimisation du recyclage de l’eau dans le processus industriel du site et aux performances de sa chaudière", annonce l’entreprise. Pour 2024, la distillerie espère passer sous la barre des 50 000 m3 d’eau consommés. "C’est un travail de tous les jours. Tous les matins, nous faisons un briefing, pour voir où va l’eau. Nous avons également créé un groupe de travail sur l’eau", décrit Stéphanie Hourdry.
Ces objectifs de décarbonation complètent des mesures déjà mises en place dans l’entreprise, comme la valorisation de 100 % des aignes et résidus de production de l’entreprise, à destination de la fabrication de biocarburants, de l’alimentation animale, ou encore de l’industrie pharmaceutique et cosmétique.
Un nouvel alambic pour diversifier la production
Connue pour ses spiritueux à indication géographique, comme le Ratafia de Champagne, le Marc de Champagne et la Fine Champenoise, "la distillerie Jean Goyard s’est diversifiée sur le marché des alcools de bouche, en produisant également des eaux-de-vie, du brandy, ou encore du gin ou de la vodka pour d’autres marques", explique l’entreprise. Une large gamme, qui permet à l’entreprise de commercialiser ses spiritueux à 2 500 clients dans 40 pays, en exportant 25 à 40 % de sa production chaque année.
Pour poursuivre la diversification de sa production, l’entreprise annonce installer un nouvel alambic, d’une capacité de 800 hl d’alcool pur par an, pour un investissement non connu. "L’objectif est de travailler des spiritueux avec une qualité encore plus haute", table Stéphanie Hourdry. L’entreprise mise également sur l’augmentation de sa production et sur la diversification de sa gamme d’huiles essentielles. En parallèle, une première cuvée de Ratafia Bio issue de la campagne précédente, vient compléter la gamme de la distillerie Jean Goyard.