« 2015 a été une année très difficile pour l’acier et l’industrie minière. » On ne pourra pas reprocher à Lakshmi Mittal, le P-dg d’ArcelorMittal, de dramatiser la situation de son entreprise : en 2015 tous les indicateurs sont passés au rouge, et la perte de 7,9 Md de dollars est tout simplement la plus lourde jamais enregistrée par le sidérurgiste. Les mines du groupe, au cœur de la stratégie de concentration verticale imaginée par Lakshmi Mittal, ont enregistré une dépréciation de 4,8 Md de dollars.
« Malgré que la demande soit restée forte sur notre cœur de métier, les prix se sont dégradés significativement pendant l’année, avec pour résultat des surcapacités de production sur le marché chinois », détaille Lakshmi Mittal. Le groupe indien n’a pas trouvé la parade pour contrer l’acier chinois subventionné, produit à très bas coût et exporté partout dans le monde, bousculant le marché.
Des baisses de prix de 40 %
A titre d’exemple, le niveau des importations d’acier chinois en Europe a atteint 112millions de tonnes en 2015, un niveau record qui a entraîné une baisse des prix, parfois jusqu’à 40 %. Et tant que les aciéristes chinois ne régleront pas leur problème de surcapacité, la situation risque de perdurer… Soucieux de réagir, le groupe a annoncé une augmentation de capital de 3 Md de dollars : une façon de desserrer le nœud coulant de la dette, qui s’établit à 15,7 Md de dollars. Par ailleurs, ArcelorMittal va céder 35 % des parts qu’il détient dans l’équipementier automobile espagnol Gestamp pour 875M€.
« Notre priorité est de nous assurer que nous tenons nos objectifs financiers et nos projets stratégiques », a indiqué Lakshmi Mittal. « Nous lançons un nouveau plan stratégique pour la période 2020, suite à une analyse détaillée du potentiel d’amélioration de nos performances à travers le groupe. " Action 2020 " fixe des objectifs spécifiques pour chaque secteur d’activité et doit permettre à l’entreprise de générer 2 Md$ de trésorerie disponible chaque année. »
Conséquences sociales
Est-ce suffisant pour rassurer ? Les marchés, déjà très inquiets, ont continué à détruire le titre ArcelorMittal, qui perdait 5,5 % immédiatement après l’annonce des résultats du groupe. Aujourd’hui, ArcelorMittal vaut 6,3 Md¤ en Bourse, contre 22 Md en 2006, lors d’OPA mené sur le français Arcelor. Du côté des 18.000 salariés français, on attend maintenant les conséquences du plan d’économie annoncé avec « Action 2020 ». Pour certains observateurs, il y a de substantielles économies à réaliser en mutualisant des fonctions supports, mais l’enjeu semble être plus large, et impliquer l’existence même du groupe : comment le sidérurgiste indien pourra-t-il résister longtemps à l’acier chinois à bas prix ?
ArcelorMittal (Luxembourg) : CA : 63,5 Md$ ; Effectif : 239.000.