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Loïc Vandromme (Hexaôm) : "Nous sommes en sortie de crise"
Interview Alençon # Immobilier # Conjoncture

Loïc Vandromme directeur général d’Hexaôm "Nous sommes en sortie de crise"

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Après une chute de 40 % de son chiffre d’affaires, l’ETI normande Hexaôm aperçoit enfin la lumière au bout du tunnel, portée par une reprise franche des commandes. Éclairage de Loïc Vandromme, directeur général du premier constructeur français de maisons, dont le siège social est implanté à Alençon, dans l’Orne.

Loïc Vandromme, directeur général d’Hexaôm — Photo : Hexaôm

Le chiffre d’affaires du groupe familial Hexaôm est passé de plus d’un milliard d’euros en 2023 à 616 millions d’euros en 2025. La bonne nouvelle, c’est que vos commandes de maisons ont fortement augmenté en 2025. Est-ce que la crise est passée ?

Oui, nous sommes en sortie de crise. Nous avons traversé des années très difficiles : en 2023 et 2024, tout le marché de l’immobilier a trinqué. Nous avons réduit fortement nos charges fixes pour rester rentable dans un moment où les commandes se faisaient rares. En 2025, avec la baisse des taux d’intérêt et le retour du prêt à taux zéro, nous avons repris des couleurs. Les prises de commandes de maisons sont en hausse de 63 % en 2025 par rapport à 2024. Les mois de janvier et de février sont aussi positifs avec une hausse de 12 % des commandes. Cela va nous amener un rebond du chiffre d’affaires en 2026.

La guerre au Moyen-Orient a-t-elle un impact sur votre activité ?

La hausse des prix du pétrole et du gaz a des conséquences sur le coût de production de certains matériaux. Le prix du polystyrène est lié à celui du pétrole, on utilise du gaz pour fabriquer du ciment, les briques et les tuiles. Et ces matériaux de construction nécessitent aussi un peu de transport. Si le conflit dure, cela va nous amener à augmenter nos tarifs et donc à désolvabiliser des clients qui veulent acheter ou rénover. À cela s’ajoute une hausse des taux d’intérêt qui commence déjà à se matérialiser. Le risque, c’est un effet ciseau, avec une augmentation du prix des maisons et du coût du financement. Cela peut générer une baisse du pouvoir d’achat immobilier et se traduire par une baisse du nombre de clients, malgré le fait que le déficit de logements n’a jamais été aussi important en France.

Êtes-vous déjà confrontés à une augmentation des tarifs de certains de vos fournisseurs ?

Oui, sur certains matériaux, des industriels commencent à vouloir augmenter leurs tarifs, de manière justifiée ou injustifiée. Si le conflit s’arrête, la situation va se normaliser et nous pourrons poursuivre sur la même dynamique. En revanche, s’il perdure, tout sera remis en cause : nous replongerons dans une crise énergétique, une inflation persistante, une hausse des taux et, au final, un marasme économique qui touchera tous les secteurs d’activité.

Vous avez perdu 40 % de chiffre d’affaires en deux ans. Comment êtes-vous parvenu à traverser cette crise ?

Étant donné que les travaux sur chantier sont réalisés par des sous-traitants, une grosse partie de nos charges sont variabilisées. C’est une des forces de notre modèle économique : quand on n’a pas de maison à faire construire, on ne confie pas de marché de travaux aux artisans. Nous avons néanmoins grosso modo 20 % de charges fixes, parce que ce sont nos équipes qui commercialisent les maisons, les conçoivent et qui pilotent les travaux. Quand le marché chute, il n’y a pas de secret, pour réduire les charges, il faut que des collaborateurs quittent l’entreprise. Dès 2023, nous avons commencé à ne pas renouveler les départs des collaborateurs. Beaucoup d’entre eux sont partis et n’ont pas été remplacés. Nous n’avons pas fait de plan social parce que nous avons pu anticiper.

De combien avez-vous réduit l’effectif ?

Nous sommes passés de 2 000 collaborateurs à 1 400 aujourd’hui. Après, notre gestion se fait en bon père de famille, nous faisons attention à tout. Nous avons peu d’endettement, ne vivons pas au-dessus de nos moyens. C’est notre argent, donc nous faisons attention.

L’entreprise a-t-elle perdu de l’argent durant cette période ?

Il y a une année où nous avons affiché une perte (en 2022, avec un résultat net de -37,9 M€, NDLR), liée à une perte financière exceptionnelle. Mais nous n’avons pas connu d’exercice déficitaire au niveau du résultat opérationnel (en 2025, Hexaôm a dégagé un résultat opérationnel de 20,8 M€ et un résultat net de 14,3 M€, NDLR).

Aujourd’hui, vous êtes toujours leader sur le marché français de la construction de maisons ?

Plus que jamais. Durant cette crise, beaucoup de petits constructeurs de maisons sont tombés, mais aussi des gros. Le numéro 2, Geoxia a déposé le bilan en 2022, le numéro 3, le groupe AST, fin 2024. Il reste sur le marché de belles entreprises régionales, mais il n’y a plus d’acteur majeur national, mis à part nous.

Quelle est votre part de marché ?

10 %. L’an dernier, nous avons vendu environ 5 000 maisons. Le numéro 2, il doit faire moins de 1 000. Nous, on fait notre boulot, on veut bien gagner notre vie et satisfaire nos clients. Écraser la concurrence n’est pas du tout notre objectif, mais force est de constater qu’un écart s’est créé avec ce ralentissement de marché.

La construction de maisons représente les trois quarts de l’activité d’Hexaôm — Photo : Hexaôm

Quels sont les segments les plus porteurs ?

Aujourd’hui, un tiers de nos maisons font moins de 90 m², un tiers entre 90 et 110 m² et un tiers plus de 110 m². Dans les années 2000, la maison type était celle du couple avec deux enfants. À l’époque, les maisons de 90 à 110 m² représentaient 70 à 75 % du business. Aujourd’hui, c’est un tiers. Le marché a beaucoup changé. Chez Hexaôm, nous sommes capables de faire aussi bien de la petite maison, que de la très grosse, de l’entrée de gamme ou du haut de gamme… On s’adapte et c’est ce qui fait notre force. Après, cette évolution du marché pose question sur l’état de l’économie et du pouvoir d’achat des Français. Mais ça, c’est un autre problème !

En 2025, la construction de maisons représente les trois quarts du chiffre d’affaires. La diversification de l’activité constitue un de vos axes stratégiques. Quelles sont vos priorités ?

Rénovation, promotion, aménagement foncier et services. Nous sommes implantés partout en France. L’idée, c’est d’accroître le spectre d’intervention, en augmentant notre expertise dans différents métiers pour pouvoir répondre aux besoins des territoires. L’idée, c’est d’être au plus proche des attentes des territoires et des Français en diversifiant nos offres.

Comment comptez-vous accélérer sur le marché de la rénovation où vous possédez différents réseaux de franchises comme Illico Travaux (186 franchisés), Camif Habitat (117) et Rénovert (14) ?

L’année dernière, 200 millions d’euros de travaux de rénovation ont été vendus par le groupe Hexaôm : 180 millions par les franchises et 20 millions d’euros par notre activité rénovation portée par les constructeurs de maisons.

On compte développer le nombre de franchisés, dans les marques déjà en place et en créant des nouveaux réseaux. Sur la maison individuelle, nous disposons d’une cinquantaine de marques, dont la plus connue est Maison France Confort. Sur la rénovation, on sera aussi multimarques.

Pourquoi miser sur plusieurs marques ?

C’est pour attaquer des segments spécifiques, avec des ADN de marque différents et un marketing qui va toucher des sensibilités différentes. Et c’est aussi une stratégie pour prendre plus de parts de marché. Avoir une seule marque, sur le papier, cela simplifie pas mal de choses. Mais quand vous avez plusieurs agences d’une même marque dans une ville, elles se cannibalisent. Alors que si vous avez des agences arborant des marques différentes, elles se complètent. C’est comme cela qu’on arrive à gagner des clients.

L’équipe dirigeante d’Hexaôm. Patrick (président du conseil d’administration) et Philippe Vandromme (administrateur), au premier plan, entourés de la cinquième génération à la tête de cette entreprise créée en 1919 : Loïc (DG), Éric et Antoine (directeurs généraux adjoints) — Photo : Hexaôm

Vous vous immiscez sur le marché B to B avec Hexapro. Quels sont vos objectifs sur le marché des entreprises et des collectivités ?

Hexapro est une offre de construction ou de rénovation à destination des professionnels, comme les professions libérales ou les petites entreprises. On construit des cabinets médicaux, on refait les crèches, etc. Cette offre n’existait pas il y a deux ans. Depuis, nous avons commercialisé plus de 100 projets, ce qui représente grosso modo 5 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Ce n’est pas significatif, mais ce n’est pas rien non plus. On n’a pas d’objectif chiffré, on verra où cela va nous amener. L’enjeu, c’est de diversifier nos sources de commandes. Si demain il y a moins de particuliers qui peuvent accéder à la propriété ou rénover, on pourra jouer une carte BtoB qui sera peut-être un petit peu plus solvable.

Le marché de la promotion immobilière a été chamboulé ces dernières années. Est-ce que cela vous ouvre des opportunités ?

Pas forcément. Nous avons fait 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en promotion l’année dernière. On est sur un modèle sécurisé, avec des choix prudents. On n’achète pas de terrain trop cher, on ne parie pas sur des hausses futures du prix du mètre carré. On ne joue pas au casino, comme pas mal de promoteurs ont pu le faire. Ce qui fait que nous avons raté des opportunités quand cela allait bien pour les autres. Mais aujourd’hui, on est en croissance, quand beaucoup baissent, et on gagne de l’argent quand beaucoup en perdent.

Vos partenaires, les professionnels du bâtiment ont perdu des milliers d’emplois ces dernières années. Cela a-t-il un impact sur votre activité ?

Aujourd’hui, ça n’a pas d’impact. Mais cela pourrait en avoir si l’activité s’emballe à nouveau car, effectivement, beaucoup de personnes sont sorties du marché. Beaucoup d’artisans aussi ont vécu cette crise de manière douloureuse, ont eu des impayés… Aujourd’hui, les artisans regardent la qualité de signature et la santé financière de l’acteur qui leur donne l’ordre de marché. Cela nous avantage : nous sommes solides, nous publions nos chiffres, nous avons une garantie de paiement des sous-traitants. Il y a 5 ans, les artisans du bâtiment allaient au plus offrant, maintenant ils regardent le prix qu’on leur propose, mais aussi si on est en capacité de les payer.

Alençon # Immobilier # Bâtiment # Conjoncture # ETI # Gestion