En plein cœur du village de Dennebrœucq (Pas-de-Calais), qui comptabilise quelque 300 habitants, Dennlys Parc accueille 270 000 visiteurs par an. Un chiffre stable ces dernières années pour le parc d’attractions régional, en dépit d’une conjoncture économique qui s’est tendue. Il faut dire que "le marché des parcs de loisirs reste en croissance", affirme Sébastien Vandebeulque, responsable marketing et communication du parc, bras droit de la famille dirigeante depuis 2006. Pour franchir la barre symbolique des 300 000 visiteurs, Dennlys Parc s’apprête à investir 9 millions d’euros dans une nouvelle montagne russe. Cette somme, qui permettra à la fois l’achat de l’attraction et les aménagements nécessaires, sera financée en fonds propres et par emprunt bancaire.
Un investissement conséquent
L’investissement consenti dans cette attraction, qui constituera la quatrième montagne russe du parc, est conséquent au regard du chiffre d’affaires. Dennlys Parc a terminé l’année 2024 avec un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros et 15 salariés permanents. Cette équipe est renforcée par 110 saisonniers dès l’ouverture du parc au public, qui intervient durant les vacances de printemps, et par "plus de 200 saisonniers en plein cœur de l’été", souligne Sébastien Vandebeulque, qui a lui-même fait ses premiers pas dans le parc en tant que saisonnier.
Ce projet est porté par Émilie Merlot, la directrice générale du parc, aux côtés de son mari Freddy Merlot, directeur d’exploitation. Ils représentent la troisième génération à la tête de cette entreprise au capital 100 % familial. Émilie Merlot a pris la relève en 2023, succédant à son père, Christian Crunelle, avec la volonté de poursuivre le développement du parc. Et quoi de mieux, pour y parvenir, qu’un projet pharaonique : cette montagne russe constituera la 33e attraction du parc mais surtout, la plus imposante. Quant à cette enveloppe de 9 millions d’euros, il s’agit de l’investissement le plus élevé jamais consenti dans l’histoire du parc.
Un écho du passé
Si la famille dirigeante ne craint pas d’investir une somme qui dépasse de loin son chiffre d’affaires, c’est parce qu’une telle démarche a déjà été couronnée de succès par le passé. Près de 20 plus tôt, en 2003, Christian Crunelle a fait le même pari. Arrivé à la tête du parc en 1997, dans le cadre du départ en retraite de ses parents, il veut mettre un coup d’accélérateur dans le business familial, qui s’appelle alors Le Moulin de la Tour.
Il s’agit d’un lieu de loisir, issu de la reprise en 1983 par ses parents "d’une guinguette, complétée par des espaces de jeux pour les enfants, avec des toboggans, des tourniquets, etc.", relate Sébastien Vandebeulque. Gérard et Monique Crunelle étaient auparavant des forains, qui opéraient dans le bassin minier et qui, après avoir eu la volonté de se sédentariser, ont été séduits par le lieu.
Un virage économique
L’ambition de Cristian Crunelle à son arrivée est d’investir, pour transformer ce lieu en un véritable parc d’attractions. Pour marquer le virage, il le rebaptise Dennlys Parc, fruit de la contraction entre Dennebrœucq et la Lys, rivière qui traverse le parc. "Très vite, il dote le parc d’une mascotte, Denno la tortue, qui fonctionne aujourd’hui très bien", sourit Sébastien Vandebeulque. Mais surtout, il opère un virage économique, qui n’est pas sans rappeler celui que le parc veut prendre aujourd’hui avec la prochaine montagne russe.
En 2003, Christian Crunelle achète ainsi la toute première montagne russe du parc, "un investissement qui était presque démesuré par rapport au chiffre d’affaires", révèle Sébastien Vandebeulque. À l’époque, l’enveloppe se chiffre à un million d’euros, pour l’achat de l’attraction et son implantation, soit l’équivalent du chiffre d’affaires, qui s’établissait à 1,15 million d’euros en 2003.
La fréquentation décolle en 2003
Risqué, le pari de Christian Crunelle s’avère payant. Alors que la fréquentation du parc était de 80 000 visiteurs par an en 2002, elle atteint près de 105 000 visiteurs dès 2003. "Cette bouffée d’oxygène a donné les coudées franches à Christian Crunelle", indique le responsable communication et marketing. Pour se doter d’un vrai parc d’attractions, il poursuit les investissements, "en installant un manège, et parfois deux ou trois, par an". En 2011, la fréquentation atteint les 150 000 visiteurs, avant de franchir la barre des 200 000 en 2015. En 2024, le parc fait l’impasse sur une nouvelle attraction, "faute de place".
En 2025, "nous avons pris le parti de remplacer une attraction de type "tasses à café" par un manège aquatique, qui a représenté 500 000 euros d’investissement pour l’achat seul", note Sébastien Vandebeulque.
Pour la future montagne russe, un nouveau terrain entre en jeu. Il s’agit d’une terre agricole enclavée dans le parc et récemment acquise. "Nous avions la volonté de l’acheter depuis plusieurs années, mais l’agriculteur propriétaire refusait de vendre. Ses héritiers nous ont contactés pour le céder en 2020, en pleine crise sanitaire… Malgré les difficultés du moment, nous avons saisi l’opportunité", résume Sébastien Vandebeulque.
Une stratégie de volumes
Si l’histoire se répète, Dennlys Parc devrait donc franchir un autre cap dans son développement avec ce nouvel investissement de taille. Et la concurrence musclée aux alentours n’est pas un sujet : "Sur ce marché, il y a de la place pour tout le monde. Les amateurs de parc d’attractions en fréquentent en général plusieurs", analyse Sébastien Vandebeulque. Chez Dennlys Parc, les visiteurs sont des familles venant principalement du Nord et du Pas-de-Calais, puis de l’Oise et l’Aisne et un peu de la Somme.
Un partenariat a d’ailleurs été noué avec d’autres parcs régionaux et belges. "Pour l’achat d’un abonnement à l’année chez Dennlys parc, nos visiteurs bénéficient d’une réduction de 40 % pour une entrée dans un parc partenaire et réciproquement". Avec un ticket qui s’élève à 22 euros par adulte et 19 par enfant, "nos prix ne sont pas exorbitants par rapport à la moyenne du secteur. Nous préférons rogner un peu sur nos marges pour privilégier le volume sur la billetterie et la restauration", souligne Sébastien Vandebeulque.