Le projet d’euro numérique est loin d’être achevé, mais la Banque centrale européenne (BCE) a livré fin septembre les résultats d’une première phase d’expérimentation menée auprès de 70 acteurs du marché.
Ce projet consiste en la création d’une monnaie numérique émise par les banques centrales nationales de la zone euro. Il ne s’agirait pas d’une cryptomonnaie mais de l’équivalent des espèces, sous forme numérique pour effectuer tous types de paiements électroniques en magasins, sur internet ou entre particuliers.
Sans frais, son utilisation permettrait d’éviter de passer par des moyens de paiement non européens comme Visa ou Master Card et donc de renforcer la souveraineté monétaire de l’UE.
Plusieurs améliorations pour les paiements en B2B
Cette expérimentation a permis d’explorer la possibilité d’appliquer les "paiements conditionnels" en B2B, "c’est-à-dire les paiements automatiquement exécutés lorsque certaines conditions prédéfinies sont remplies", explique la BCE.
Les paiements en B2B "impliquent généralement des montants plus importants et des accords contractuels plus complexes", selon la Banque centrale. Dans ce contexte, il a été constaté qu’un euro numérique contribuerait "à réduire les coûts [des paiements], à améliorer la liquidité et à renforcer la confiance transfrontalière, en standardisant la circulation des paiements et des données au sein des chaînes d’approvisionnement européennes".
Des avantages pour les consommateurs et les commerçants
Ces paiements conditionnels permettraient aussi pour les achats en ligne, de verser les fonds au vendeur uniquement après confirmation de la livraison par l’acheteur.
Les reçus électroniques présentent en outre plusieurs avantages dans le cadre de l’euro numérique. "Pour les commerçants, les reçus électroniques pourraient réduire considérablement leurs coûts opérationnels et améliorer leur efficacité", indique la Banque centrale.
Un enjeu de souveraineté
Au-delà des améliorations pratiques, c’est aussi un enjeu de souveraineté selon la BCE. "L’euro numérique n’est pas seulement un moyen de paiement, c’est aussi une déclaration politique concernant la souveraineté de l’Europe et sa capacité à gérer les paiements, y compris sur une base transfrontalière, avec une infrastructure et une solution européennes", a déclaré Christine Lagarde, présidente de la BCE, le 19 septembre dernier.
"Le processus est trop lent"
Dans un entretien à la revue "Le Grand Continent", le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a cependant regretté le délai de mise en service. "L’euro numérique pour le grand public est actuellement débattu au Parlement européen, mais le processus reste trop lent, du fait notamment des résistances de certaines banques privées. C’est à courte vue : elles risquent d’être les premières perdantes en l’absence de solution européenne et en euros", a déclaré le président de la Banque de France.
Sa mise en circulation n’est en effet pas prévue pour tout de suite. Il faudra attendre au plus tard 2029 pour pouvoir régler un achat ou un service avec ce nouveau moyen de paiement.