À l’occasion des vœux des forces économiques du territoire morbihannais, la CCI, le Medef et la CPME ont dressé un constat préoccupant de la situation économique nationale, tout en soulignant la relative résistance du Morbihan. Partagé par Philippe Rouault, Jérôme Permingeat et Pascal Ferrand, représentants des trois réseaux économiques, le message central est sans ambiguïté : "la confiance entre l’État et les entreprises est aujourd’hui profondément fragilisée."
Une confiance rompue entre l’État et les entreprises
Les représentants patronaux ont exprimé une forte inquiétude face à ce qu’ils qualifient de rupture de dialogue avec l’État, en particulier au niveau national. Malgré de nombreuses alertes, les organisations estiment ne plus être entendues par les décideurs publics. Pour marquer ce désaccord, le Medef a d’ailleurs fait le choix de se retirer de certaines instances nationales, dénonçant un manque de prise en compte des réalités économiques du terrain.
Fiscalité et budget : des choix jugés contre-productifs
La fiscalité reste au cœur des critiques. Les impôts de production, et notamment la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), sont vivement dénoncés comme des freins directs à la compétitivité des entreprises françaises. Les forces économiques pointent également le retour de taxes sur les salaires, jugées pénalisantes pour l’emploi et l’investissement.
Le Medef évoque plus largement un déficit de culture économique chez certains décideurs, conduisant à des arbitrages perçus comme incohérents. La stratégie budgétaire de l’État est jugée "trop court-termiste, avec une recherche d’économies immédiates sans anticipation des conséquences à moyen et long terme sur l’activité économique."
Apprentissage : un levier fragilisé
Parmi les sujets d’inquiétude majeurs figure l’apprentissage. Présenté comme un dispositif qui fonctionne et qui est devenu indispensable à de nombreuses entreprises, l’apprentissage est aujourd’hui fragilisé par la réduction récente des aides publiques.
Si ces décisions permettent des économies budgétaires à court terme, les représentants économiques alertent sur leurs effets négatifs à venir sur la compétitivité, l’emploi et la transmission des savoir-faire, dans un contexte déjà marqué par des tensions de recrutement.
Le Morbihan, un territoire plus résilient
Malgré ce climat national anxiogène, le Morbihan affiche une situation économique relativement plus favorable. Une hiérarchie territoriale a été clairement exprimée : le Morbihan se porte mieux que la Bretagne, elle-même en meilleure situation que le reste du pays.
Cette résilience s’explique par la structure même de l’économie locale. Le Morbihan compte peu de grandes entreprises : environ 67 établissements de plus de 250 salariés. Toutefois, le territoire s’appuie sur une densité de PME et d’entreprises familiales, réparties sur une grande diversité de secteurs allant de l’industrie à l’agroalimentaire, en passant par le tourisme, le nautisme et la restauration. Une diversité qui amortit les chocs, même si la crise est bien réelle.
Attractivité et tensions sur le logement
Le département continue par ailleurs d’attirer des actifs qualifiés âgés de 35 à 45 ans, ainsi que des porteurs de projets de reprise d’entreprise. Qualité de vie, sécurité, environnement maritime et climat économique sont régulièrement cités comme facteurs d’attractivité.
Mais cette dynamique engendre aussi des effets pervers, notamment une hausse des prix de l’immobilier et des difficultés croissantes d’accès au logement pour les actifs locaux, un enjeu désormais identifié comme stratégique pour le développement économique.
Défaillances d’entreprises et tensions de trésorerie
Autre signal d’alerte : la hausse des défaillances d’entreprises, décrite comme une " déflagration lente ". Les tensions de trésorerie s’aggravent, notamment en raison des retards de paiement du secteur public. Certains établissements, comme les hôpitaux, afficheraient des délais dépassant les 200 jours, mettant en difficulté les fournisseurs.
Un appel clair à l’État
En conclusion, les forces économiques ont adressé un message direct aux élus : "la création de richesse repose sur les entreprises". Ce sont elles qui financent le modèle social, l’emploi, le logement et la vie associative.
" Prenez soin de vos entreprises, de vos zones d’activité, de vos artisans, commerçants et industriels ", ont-ils rappelé, appelant à un changement de regard et de méthode pour préserver le tissu économique et l’avenir du territoire.