Vous venez de publier "La Méthode pour décrocher des aides publiques et développer votre projet", est-ce si compliqué ?
11 000 dispositifs d’aides publiques, c’est un océan d’aides. Les dirigeants sont découragés, même pas curieux, ils ne savent pas à qui demander, par quoi commencer. Ceux qui nous sollicitent chez Mapi — l’entreprise que j’ai cofondée en 2018 (18 salariés aujourd’hui, NDLR) qui combine plateforme et soutien humain précisément pour obtenir des aides publiques -, sont essentiellement des experts-comptables (le livre est d’ailleurs préfacé par des présidents et vice-président de l’ordre national, NDLR) ; le taux de non recours des experts-comptables à des aides publiques est de 90 à 95 %.
Sur leurs deux catégories de clients — ceux qui ont un projet et ceux qui sont dans une routine -, seule une partie de ceux qui ont un projet vont avoir le réflexe de poser la question. Donc la grosse majorité de leur portefeuille ne les sollicite pas pour ces financements. Le livre, comme Mapi, a pour but de démocratiser la démarche. Il délivre des conseils pratiques pour présenter son dossier, partager des expériences, etc.
Vous faites allusion à 11 000 dispositifs quand l’État n’en affiche officiellement que 2 200 sur sa base de référence en ligne. Pourquoi ?
Parce qu’il n’existe aucune nomenclature commune aux aides publiques, qui sont issues de déclarations de la part des financeurs : départements, régions, communautés de communes, réseaux d’entreprises privés mais qui financent via des fonds publics, etc. Il n’y a pas que les subventions, il y a aussi des appels à projets, des concours… C’est aussi cela qui complexifie cet univers.
En créant Mapi, j’ai cherché pour mon propre compte avant de le faire pour les clients. Je me suis rendu compte que l’État ne recensait pas tout. Nous avons mis en place des robots, des logiciels, qui récupèrent les données auprès des financeurs. Parmi ces 11 000 dispositifs, tous ne sont pas actifs tout le temps, il faut être au courant de chaque enveloppe qui s’ouvre ; c’est très mouvant, y compris sur une même année. Il y a par exemple beaucoup plus d’aides en début d’année.
Savez-vous quel pourcentage de sociétés passe à côté et pourquoi ?
Personne n’a ce chiffre, mais elles sont nombreuses. Outre la complexité des démarches administratives, elles sont freinées par les clichés, que le livre veut justement briser. Par exemple, non, les aides publiques ne sont pas que pour les start-up ou les grosses entreprises. Les TPE, PME, les artisans, les commerçants, etc., ont autant d’opportunités.
"Nos clients sont surpris des montants que l’on parvient à obtenir. "
C’est aussi une erreur de croire que les entreprises en difficulté sont ciblées, c’est l’inverse. Idem, les aides ne sont pas uniquement fléchées vers la création d’entreprise, elles existent pour accompagner des projets d’export, d’extension, de recrutement, d’équipement, de reprise, de transmission… Toutes les entreprises ont un vrai intérêt à se pencher sur les aides publiques. Souvent les entreprises qui souhaitent être financées se tournent vers des banques, sans penser à d’autres démarches. Nos clients sont surpris des montants que l’on parvient à obtenir. Certaines aides peuvent même être rattrapées sur facture, comme pour les aides fiscales.
Certains dirigeants refusent de solliciter des aides publiques par conviction politique, les assimilant à des aides sociales…
Ils ne devraient pas. Les enveloppes sont faites pour être dépensées. C’est dans l’intérêt des politiques publiques de démontrer leur impact sur le territoire. La tendance est d’encourager l’industrie ; en Chine, les entreprises sont beaucoup, beaucoup plus subventionnées !
Si les aides sont si fluctuantes, votre ouvrage, paru en début d’année, n’est-il pas déjà caduc ?
Il ne recense pas les 11 000 dispositifs, il faudrait des milliers de pages. Il n’en cite même pas. C’est un guide pratique pour rendre une recherche plus pertinente et plus efficace. Le livre délivre par ailleurs une méthodologie pour rédiger et présenter son dossier, avec, de manière très pratique, les questions que les financeurs sont susceptibles de poser. Il vulgarise et condense une formation que je délivre par ailleurs aux experts-comptables.
En août 2025, Mapi a levé 1,3 million d’euros, faisant entrer Infogreffe à son capital en tant qu’actionnaire majoritaire. Comment va Mapi aujourd’hui ?
Infogreffe est un partenaire de choix, ce GIE de droit privé qui regroupe les greffes des tribunaux de commerce n’est au capital que de deux sociétés : Axiocap (une legaltech de Montpellier) et Mapi. C’est un gage de sérieux ! Aujourd’hui nous obtenons des aides pour 87 % des dossiers présentés. On est là pour faire gagner du temps aux entreprises, on peut tout faire de A à Z. En 2024, nous avons levé 4,4 millions d’euros d’aides pour nos clients, cette année nous sommes déjà en quête de 11 millions d’euros, alors que nous ne sommes qu’au premier trimestre. Au total nous avons accompagné 750 dossiers, levé 14 millions d'euros et cumulons plus de 200 000 utilisateurs de la plateforme.