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Pour la CPME du Rhône, les TPE-PME ne peuvent accepter une éventuelle augmentation des prélèvements obligatoires
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Pour la CPME du Rhône, les TPE-PME ne peuvent accepter une éventuelle augmentation des prélèvements obligatoires

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À quelques jours de Noël et sur fond de plaidoirie contre les élus parlementaires jugés "irresponsables", le président de la CPME du Rhône Franck Morize a adressé sa liste de cadeaux au futur gouvernement, emmené par le fraîchement nommé premier ministre François Bayrou. Une liste qui, sans surprise, privilégie la baisse des dépenses publiques à la hausse de la pression fiscale sur les entreprises.

Franck Morize, le président de la CPME du Rhône — Photo : CPME du Rhône

À quelques jours de la trêve des confiseurs, le président de la CPME du Rhône, Franck Morize a pris la parole pour réagir sur la situation politique actuelle de notre pays et adresser sa liste de cadeaux de Noël au futur gouvernement, emmené par le fraîchement nommé premier ministre François Bayrou.

"Déconnexion et irresponsabilité"

Sans surprise, le président de l’organisation professionnelle des TPE et PME du Rhône (3 500 adhérents) a commencé par s’insurger contre "la déconnexion de nos élus parlementaires avec la réalité économique" et sur leur "irresponsabilité" face au niveau d’endettement du pays.

"Sans travail, ni investissement, il n’y a pas de création de richesse. Avant d’imaginer partager de la richesse, il faut la créer", s’est agacé Franck Morize. "Il s’agissait de trouver 40 milliards d’économie sur les 1 600 milliards de dépenses publiques, soit 2,5 % d’économie. Imaginer dans une PME, quand on est responsable sur nos deniers, où dans une famille, quand on est responsable devant ses enfants, que l’on soit incapable de faire 2,5 % d’économie ! Si cela ne frise pas l’irresponsabilité alors je n’y connais pas grand-chose !", a poursuivi l’intéressé.

"Libérer les entreprises du poids des prélèvements obligatoires"

Convaincu que notre modèle social touche à sa fin, Franck Morize a exhorté le futur gouvernement à "sortir des postures politiciennes" et à "s’intéresser à l’intérêt général incarné par les entreprises, les entrepreneurs et leurs salariés". Et enfin "à libérer les entreprises du poids des prélèvements qui deviennent insupportables compte tenu des dépenses publiques". Un discours sensiblement similaire à celui tenu par la CPME du Rhône au moment de sa traditionnelle conférence de rentrée.

Rappelant que la France a le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé des pays de l’OCDE (46 %), le président des petits patrons du Rhône a demandé au futur gouvernement de s’attaquer à la question des dépenses avant d’envisager d’augmenter la pression fiscale sur les entreprises.

"On a depuis 50 ans une économie qui vit à crédit pour satisfaire des besoins de consommation"

"L’urgence c’est de revoir un système qui repose exclusivement sur une logique consumériste. On a depuis 50 ans une économie qui vit à crédit pour satisfaire des besoins de consommation. Et on a sacrifié pour ce faire notre outil de production au gré des nombreuses délocalisations. Or je vois nos élus ne s’intéresser qu’à la problématique du pouvoir d’achat. L’impôt est la seule solution proposée par tous les élus mais ce levier fiscal est mort, expose le président de la CPME du Rhône. L’urgence c’est de baisser le poids de dépenses et le poids des prélèvements pour libérer l’offre. Aujourd’hui, compte tenu du poids des cotisations sociales, le travail ne paie plus !"

Pas d'économies sur le dos des entreprises

Pour "libérer l’ensemble des forces productives, les 4 millions d’entrepreneurs et les 20 millions de salariés", Franck Morise demande, pêle-mêle, à François Bayrou : d’en "finir avec l’hystérie fiscale et la république des Cerfa et ses 400 000 normes qui s’imposent aux entreprises".
Mais aussi "de ne pas augmenter le versement transport" ; "de ne pas envisager de passer la flat taxe de 30 % à 33 voir 35 %", "de ne pas supprimer les aides à l’apprentissage qui ont permis de mettre un million d’apprentis sur le marché". Ou encore de "ne pas revenir sur la réforme des retraites, la seule mesure qui nous permettra peut-être demain de pouvoir encore nous endetter sur les marchés pour financer notre système de retraite et de providence".

Des sources d’économies possibles

Pour le président de la CPME du Rhône, d’autres sources d’économies sont possibles notamment dans la fonction publique. "Sur les 5,5 millions de fonctionnaires, 1,1 million fait partie de ce que l’on appelle un peu caricaturalement "l’administration de l’administration". Il ne s’agit pas de supprimer tous ces postes mais simplement ne pas remplacer les 400 000 fonctionnaires qui vont partir à la retraite dans les dix ans à venir, soit 40 000 départs par an", illustre Franck Morize.

3 jours de carence dans le public et les grands groupes

Le président de l’organisation professionnelle s’interroge aussi sur la pertinence d’avoir "500 agences d’État en France qui coûtent 80 milliards par an". Il demande aussi au futur gouvernement de se pencher sur la question de l’absentéisme en France qui coûte chaque année 17 milliards d’euros à l’État. "Pourquoi ne pas avoir une équité entre le public et le privé, y compris au sein des grands groupes. Pourquoi ne serions-nous pas capables de proposer 3 jours de carences. On sait qu’un jour de carence dans le service public, c’est 4 milliards de budget en plus", assure Franck Morize.

"Le seul levier fiscal, c’est la TVA. Cela peut-être une TVA sociale, environnementale sur les produits importés carbonés"

Convaincu que le salut de la France passera par la baisse des dépenses et non l’augmentation de l’impôt, le président de la CPME plaide néanmoins en faveur d’une remise à plat de la TVA. "C’est le seul levier fiscal que l’on a. On est en dessous de la moyenne européenne. Or un point de TVA, c’est 20 milliards de rentrées dans les caisses de l’État. Cela peut-être une TVA sociale, environnementale sur les produits importés carbonés", confie celui qui voit dans cette option une option crédible pour "se substituer au poids des prélèvements qui nous empêchent de salariés dignement nos collaborateurs, de les rémunérer davantage".

Un tissu économique déjà énormément fragilisé

Une chose est sûre, le futur gouvernement devra rapidement se pencher sur toutes ces options et trouver un consensus car la situation des entreprises est dramatique. "Au national, on va terminer l’année avec près de 70 000 procédures collectives. C’est le plus grand plan social opéré dans le plus grand silence avec à la clef 200 000 suppressions d’emplois. Sur le tribunal de commerce de Lyon, on est à presque 20 % d’augmentation des procédures collectives cette année. Mais ces procédures collectives ne prennent pas en compte les procédures amiables - mandats ad hoc, procédures de sauvegarde ou procédures de conciliation par lesquelles les entreprises doivent d’ailleurs passer pour augmenter la maturation de leurs PGE", précise le président de la CPME du Rhône

"Sur le tribunal de commerce de Lyon, on est à presque 20 % d’augmentation des procédures collectives cette année"

Tout compris, on arrive à plus de 40 % d’augmentation des procédures engagées auprès du tribunal de commerce. "Toutes ces entreprises n’iront pas en redressement ou en liquidation mais c’est vous dire la fragilité de nos boîtes, s’alarme Franck Morize. Cela veut dire que notre tissu économique local est déjà bien abîmé, bien affecté, bien fragilisé avec un problème de trésorerie car on a un problème de compétitivité. Et certains voudraient continuer à augmenter les prélèvements obligatoires qui pèsent sur les entreprises…"
Que certaines grosses entreprises acceptent volontiers de participer à l’effort, si elles le peuvent, "c’est parfait", ajoute-t-il. "En revanche, "la réalité des TPE c’est qu’elles sont dans l’incapacité d’accepter une quelconque augmentation des prélèvements obligatoires", appuie encore Franck Morize.

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