Les entreprises sont désormais contraintes de vivre dans une imprévisibilité permanente qui pèse sur leur capacité à se projeter dans l’avenir et à s’adapter. C’est le résultat majeur de la 4ᵉ édition de l’enquête de l’Unédic sur "Le travail en transitions" publiée le 8 juin 2026.
Depuis 2023 l’Unédic s’interroge chaque année sur la façon dont les entreprises et les actifs gèrent les différentes transitions auxquelles ils sont confrontés (écologique, numérique…) en interrogeant alternativement des actifs et des dirigeants d’entreprise. L’étude 2026 (réalisée par Elabe par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 400 dirigeants d’entreprise d’au moins 1 salarié de France métropolitaine, du 26 janvier au 23 février 2026) cherche à savoir si l’imprévisibilité de l’environnement des entreprises, apparue avec la Covid, était aujourd’hui devenue la norme. Et si oui comment les dirigeants d’entreprise s’adaptaient à ce changement de paradigme ?
Une imprévisibilité fruit de l’instabilité politique nationale
Première réponse : effectivement les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité, évoluent désormais dans un grand climat d’incertitude qu’elles estiment majoritairement durable (pour près de 7 dirigeants sur 10). Dès lors un quart des dirigeants d’entreprise confie ne plus pouvoir se projeter au-delà de 6 mois.
Cette imprévisibilité de l’avenir se nourrit d’abord de l’instabilité politique nationale (71 %) et de l’inflation (61 %) affirment les dirigeants interrogés, qui pointent ensuite les évolutions de leur marché (54 %), les conflits géopolitiques (46 %, mais l’étude réalisée en début d’année ne prenait pas en compte la guerre au Moyen-Orient) et les besoins en recrutement et compétences (46 %). Autres facteurs qui pèsent sur la capacité des dirigeants à prévoir et décider aujourd’hui, les attentes des salariés sur leurs conditions de travail (35 %) et les risques de cybersécurité (29 %).
L’industrie impactée
Si l’inflation est perçue comme une cause majeure d’imprévisibilité par toutes les entreprises, les plus petites (moins de 50 salariés) semblent particulièrement sensibles à l’instabilité politique quand les grandes (250 salariés et plus) redoutent surtout les évolutions du marché et les changements technologiques.
De tous les secteurs d’activité, c’est l’industrie qui semble le plus marquée par l’incertitude ambiante quand les services souffrent pour leur part surtout de l’instabilité politique nationale et le commerce de l’inflation.
Jouer la montre
Pour s’adapter à cette nouvelle donne décisionnelle, les dirigeants d’entreprises confient actionner différents leviers en jouant sur l’adaptation aux risques, la maîtrise des coûts et l’adaptation de leur stratégie RH. Pour ce faire, six dirigeants sur dix avouent avoir reporté ou réduit leurs investissements au cours des douze derniers mois ; la moitié d’entre eux a modifié ses prix de vente et renégocié avec ses fournisseurs, et une très grande majorité (80 %) reconnaît avoir dû modifier sa stratégie RH en arbitrant sur la formation des collaborateurs à de nouvelles compétences (46 %), le gel des recrutements (45 %) ou des promotions internes (40 %).
Cet attentisme devrait perdurer tout au long de l’année 2026, car si la majorité des dirigeants affirme vouloir maintenir le niveau d’investissement de leur entreprise — investissement technologique (63 %), en moyens de production (62 %) ou en R & D (51 %) – ils sont nombreux en revanche (plus de 3 dirigeants sur 4) à opter pour un gel de leurs effectifs, excluant tant les recrutements que les réductions de postes.
Moral en berne
Évidemment ce climat impacte le moral des dirigeants qui se disent néanmoins déterminés (96 %), mais prudents (93 %), optimistes quand même pour les trois quarts d’entre eux (74 %) mais fatigués (62 %) et sous pression ou stressés (60 %). C’est particulièrement le cas chez les dirigeants de TPE.
Innover et se diversifier
Pour faire face 53 % des dirigeants interrogés veulent logiquement se concentrer sur les marchés existants pour assurer leur activité actuelle, mais 46 % envisagent d’explorer de nouveaux marchés pour développer leur activité et 54 % entendent innover et changer leurs process pour ne pas se laisser submerger. Enfin 78 % affirment vouloir communiquer régulièrement et de manière transparente auprès de leurs salariés pour partager la stratégie de l’entreprise dans ce climat d’incertitude.
Anticiper les évolutions du marché du travail
"Quand la visibilité se réduit, les chefs d’entreprise doivent faire des choix forts, qu’il s’agisse d’embauches, d’investissements ou de réorganisation, note Jean-Eudes Tesson, vice-président de l’Unédic. Pour anticiper les évolutions du marché de l’emploi, nous devons décrypter ces arbitrages afin d’adapter le pilotage de l’Assurance chômage au plus près des réalités de l’emploi".
Opinion partagée par la présidente de l’Unédic qui justifie par là même la démarche d’enquête de l’organisme public sur l’imprévisibilité devenue la norme pour les entreprises. "Identifier les principaux leviers activés par les dirigeants d’entreprise dans ce contexte donne des clés de compréhension afin d’anticiper l’impact sur l’emploi. Cette démarche est importante pour mieux sécuriser et accompagner les parcours professionnels", conclut Patricia Ferrand.