"À moins que l’Europe ne procède à un changement rapide et radical de politique, la recherche, le développement et la fabrication pharmaceutiques seront de plus en plus susceptibles d’être dirigés vers les États-Unis". C’est en ces termes que 32 dirigeants de l’industrie pharmaceutique européenne ont alerté Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, d’un risque "d’exode" de l’industrie pharmaceutique vers les États-Unis, le 8 avril. Les PDG de Sanofi, Merck, ou encore Pfizer, font partie des signataires.
Les États-Unis plus attractifs que l’UE pour la pharmacie
L'"incertitude créée par la menace des droits de douane", les "incitations à investir dans l’UE faibles" et les "motivations à la délocalisation vers les États-Unis importantes" : autant de raisons qui encouragent un exode des entreprises pharmaceutiques européennes, selon l’EFPIA (la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques).
Une part majeure des investissements pourrait être freinée par des droits de douane
À l’origine de cette alerte à la Commission européenne, une enquête de la fédération auprès de ses adhérents à la suite des menaces de droits de douane de Donald Trump. Parmi les 18 grandes et moyennes entreprises innovantes internationales qui ont répondu, l’EFPIA "a identifié jusqu’à 85 % des investissements en capital (environ 50,6 milliards d’euros) et jusqu’à 50 % des dépenses de R & D (environ 52,6 milliards d’euros) potentiellement menacés".
"Au cours des trois prochains mois, les entreprises ayant répondu estiment qu’un total de 16,5 milliards d’euros, soit 10 % du total des plans d’investissement, est menacé", a par ailleurs ajouté la fédération européenne.
L’industrie pharmaceutique européenne fortement basée sur l’export
Les États-Unis sont de fait, un des premiers partenaires commerciaux de l’UE dans le secteur pharmaceutique. Ils représentent un tiers du commerce extérieur de médicaments de l’UE, selon les données de Rexecode. Le secteur européen pharmaceutique est fortement tourné vers l’exportation, et par conséquent ses emplois. 40 % des emplois, c’est-à-dire des débouchés directs, en incluant les consommations intermédiaires d’autres secteurs, de la filière dépendent des exportations. Tout comme "60 % des emplois finaux, c’est-à-dire les débouchés hors consommations intermédiaires d’autres secteurs, sont liés aux exportations", relève Rexecode.
Ce que demandent les industriels
Pour rééquilibrer les investissements de l’industrie pharmaceutique "et aider l’Europe à conserver, soutenir et développer une industrie pharmaceutique fondée sur la recherche", les dirigeants européens ont quatre préconisations à l’attention de la présidente de la Commission européenne. D’abord "parvenir à un marché européen compétitif qui attire, valorise et récompense l’innovation". Ensuite "renforcer plutôt qu’affaiblir les dispositions européennes en matière de propriété intellectuelle", "adopter un cadre réglementaire de premier plan à l’échelle mondiale" et "assurer la cohérence des politiques en matière de législation environnementale et chimique".
En particulier, les dirigeants du secteur pharmaceutique visent la politique de prix des médicaments "trop favorable au public", la durée des essais cliniques, trop importante, ainsi que de fortes contraintes sur le traitement des eaux rejetées dans la nature. L’Union européenne n’a pour le moment pas répondu à ces demandes.