Pour David Loew, son PDG, Ipsen a une responsabilité claire : "améliorer la vie des patients". Et cette mission passe par des investissements importants chaque année, permettant au groupe de rester à la pointe des médicaments innovants, en oncologie, maladies rares et neurosciences. Le groupe pharmaceutique, qui compte près de 6 000 collaborateurs dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros en 2024, est présent aux États-Unis et en Chine. En France, il s’appuie sur un siège social à Paris (1 000 collaborateurs), un laboratoire de recherche et développement de 150 personnes à Dreux, et un site industriel à Signes, dans le Var.
Dans le Var, 90 millions d’investissements
Créée en 1989, l’usine varoise emploie aujourd’hui plus de 400 personnes et s’impose comme "un site stratégique pour le groupe", souligne sa directrice, Sandrine Garcia. "Depuis 2020, nous avons investi près de 90 millions d’euros dans le Var", précise-t-elle. Une dynamique d’investissement qui s’est encore accélérée ces derniers mois et se prolonge en 2026.
Dès cette année, le site de Signes prendra en charge le conditionnement final du Tovorafénib, un traitement contre la forme la plus courante de tumeur cérébrale chez l’enfant. Fabriqué aux États-Unis, ce médicament est développé dans le cadre d’un accord de licence conclu en 2024 entre Ipsen et la biotech américaine Day One. Les équipes varoises assureront le packaging final pour le monde entier, renforçant le rôle du site dans la chaîne industrielle du groupe.
L’année 2025 avait déjà été marquée par plusieurs mises en service structurantes. En février, une nouvelle ligne de remplissage primaire dédiée au Décapeptyl, produit phare du site, utilisé notamment dans le traitement des cancers de la prostate et du sein, est entrée en fonctionnement. Elle permet d’automatiser le remplissage de flacons lyophilisés, une opération jusque-là réalisée manuellement par sept personnes. "Cette ligne améliore la sécurité des équipes, favorise la montée en compétences et génère des gains de productivité", détaille Sandrine Garcia.
Conditionnement : des lignes pour absorber la croissance
Le Décapeptyl représente près de 70 % des volumes du site, soit environ 4 millions d’unités par an, avec un objectif de 6 millions à très court terme. En cinq ans, ses capacités de production ont progressé de 60 %. Au total, près de 50 millions d’euros ont été investis en dix ans sur ce seul produit afin de moderniser, automatiser et sécuriser les procédés, tout en répondant à l’évolution des exigences réglementaires.
Deux nouvelles lignes de conditionnement secondaire ont également été mises en service en 2025. Elles concernent le Décapeptyl, mais aussi l’Onivyde et la Somatuline, un traitement destiné aux tumeurs neuroendocrines. Dans le bâtiment mis en service en 2020, fruit d’un investissement de 50 millions d’euros, les kits d’injection de la Somatuline défilent sur une ligne d’assemblage entièrement repensée, intégrant des contrôles à chaque étape afin de garantir la conformité des notices et des composants. Une ligne polyvalente permet également de regrouper des opérations jusque-là éclatées, afin de mieux absorber la croissance des volumes.
"Chaque ligne représente environ 5 millions d’euros d’investissement et nécessite plusieurs années de conception. Ce sont des projets qui s’inscrivent dans le temps long", rappelle la directrice.
Le site de Signes est spécialisé dans la fabrication de médicaments injectables, le plus souvent à libération prolongée. Un secteur qui repose sur des procédés industriels complexes, en plusieurs étapes, avec des normes extrêmement strictes garantissant la stérilité des milieux et l’efficacité des principes actifs. Ces derniers sont fabriqués par Ipsen dans son usine d’Irlande avant d’être encapsulés, remplis et conditionnés dans le Var. "Nous sommes sur des procédés très spécifiques, presque de la haute couture industrielle, avec des équipements conçus sur mesure", résume Sandrine Garcia.
Une relocalisation en 2022
Cette expertise a également permis au site d’accueillir, en 2022, la relocalisation de la production mondiale de l’Onivyde, un anticancéreux utilisé dans le traitement du cancer du pancréas. À la suite du rachat de l’entreprise américaine qui détenait le produit, Ipsen a regroupé à Signes des étapes de production auparavant réparties entre quatre laboratoires sur deux continents. Cette opération a représenté un investissement de 24 millions d’euros, soutenu par le plan France Relance à hauteur de 800 000 euros. "Cette aide nous a permis de faire des choix technologiques que nous n’aurions pas forcément faits autrement", souligne la directrice.
Au total, depuis 2018, entre 15 et 20 millions d’euros sont investis chaque année sur le site. Cette trajectoire industrielle s’est accompagnée d’une forte dynamique de l’emploi : les effectifs ont progressé de 40 % en cinq ans. Elle repose aussi sur une culture d’amélioration continue, récompensée en 2020 par le prix Shingo de l’excellence opérationnelle.
Les investissements intègrent enfin une dimension environnementale de plus en plus marquée. Des travaux d’isolation, de maintenance et d’optimisation des équipements ont permis de réduire de moitié la consommation d’énergie par unité produite en cinq ans. Le site s’est également doté de panneaux solaires à la fin de l’année 2024.
Avec la montée en puissance de ses trois piliers, Décapeptyl, Somatuline et Onivyde, le site de Signes entend poursuivre sa trajectoire de croissance. "Nous pourrions imaginer internaliser de nouvelles productions. Ce n’est pas à l’ordre du jour, mais si cela devenait pertinent pour le groupe, nous y serions prêts", indique Sandrine Garcia. D’autant que le site dispose encore de près de quatre hectares de foncier pour accompagner de futurs développements.