Résilience, résistance, riposte. Ce jeudi 17 avril, la Région Nouvelle-Aquitaine tenait un point d’étape sur l’impact économique des taxes Trump, en présence de nombreux représentants de filières. Ces derniers ne cachent pas leur inquiétude, dans un territoire qui a exporté l’an dernier plus de 3 milliards d’euros de marchandises vers les États-Unis selon les douanes.
"Ces chiffres ne comptabilisent pas les flux de services", ajoute Jean-François Clédel, président de la CCI Nouvelle-Aquitaine. Il évoque ainsi l’impact encore non mesurable d’un "export caché" (via des livraisons à des entreprises françaises dont les produits sont envoyés à l'étranger, par exemple), notamment dans la supply chain de l’aéronautique (16,4 % d’export), l’une des cinq filières les plus exportatrices aux côtés des produits chimiques (5,5 %), du matériel électrique (4,5 %) et des produits pharmaceutiques (2,6 %).
Investissements et recrutements remis en cause
Si les attentes des principales filières exportatrices portaient majoritairement sur la diplomatie française et européenne pour résoudre le conflit, quelques éléments de mesure d’impact régional potentiel de ces taxes (pour l’heure fixées à 10 % pendant 90 jours depuis le 9 avril) ont tout de même été apportés.
Une étude flash réalisée par le club des ETI de Nouvelle-Aquitaine (30 % de répondants sur un total 130 ETI) pointe un risque élevé de remise en cause des projets d’investissements (41 %) et/ou des embauches (40 %). 46 % des dirigeants envisagent de revoir leur stratégie d’export ou de se recentrer sur le marché européen.
L’étude révèle aussi que 21 ETI du club sont présentes aux États-Unis, pesant, en cumul, plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de 23 000 salariés. 48 % des sondés exportent vers les États-Unis "régulièrement" et 30 % ponctuellement. 33 % y réalisent plus de 5 % de leur chiffre d’affaires 89 % des dirigeants interrogés sont pessimistes vis-à-vis de la hausse potentielle des droits de douane américains et 59 % jugent le risque "modéré à important".
Rapport de force
La filière des boissons, dominée par le cognac et le vin (plus de 44,82 % d’export), prône elle le libre-échange (sans taxe). Le cognac, fortement impacté par une baisse de consommation et la crise diplomatique chinoise, prépare déjà des plans sociaux. Il envisage d’arracher des parcelles définitivement, la filière étant pour l’heure engagée dans de l’arrachage temporaire et autofinancé.
Le vignoble bordelais, qui a exporté en 2024 30 millions de bouteilles (+ 9 %) vers les États-Unis (pour 417 M€, + 13 %), serre aussi les dents. "Le marché américain a été boosté par les exportations d’anticipation en fin d’année mais il y a aujourd’hui beaucoup d’inquiétude", assure Christophe Chateau, directeur de la communication de l’interprofession. Il évoque un marché "à l’arrêt" au premier trimestre et des expéditions qui profitent des 10 % temporaires pour repartir.
"Les produits qui ne seront plus exportés aux États-Unis risquent de venir perturber les viticulteurs qui n’y exportent rien, provoquant un dommage collatéral", assure-t-il, évoquant la concurrence accrue et la baisse des prix potentielles qui pourraient en découler. "Si les plans d’arrachage actuels nous ramenaient quasiment à un équilibre de marché, l’effondrement des marchés nous pousse à envisager de nouveaux plans d’arrachage, définitifs cette fois".
"La seule riposte possible est européenne, sinon on n’a pas le rapport de force", termine Alain Rousset, président du conseil régional. Nul doute que la réponse européenne, décalée en juillet, sera largement scrutée.