L’issue semble se rapprocher. Les filières cognac et armagnac, qui font l’objet depuis janvier 2024 d’une enquête antidumping de la part des autorités chinoises, seraient proches d’une sortie de crise, à en croire le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (qui défend les 4 400 viticulteurs, 130 distillateurs et 245 négociants de la filière). Il alerte depuis lors sur les conséquences de ces mesures de rétorsion et affirmait déjà en mars s’inquiéter pour la survie de la filière, elle qui évaluait à 60 millions d’euros la baisse des revenus de la filière en février 2025 imputée aux seules taxes chinoises.
Issue diplomatique
Ces dernières semaines, la filière espérait encore une issue diplomatique pour éviter une adoption définitive le 5 juillet prochain des surtaxes temporaires (de 34,8 % en moyenne et jusqu’à 39 % selon les maisons) en vigueur depuis le mois d’octobre 2024 sur les spiritueux français vendus en Chine. La filière semblait ce jeudi sur le point de trouver un accord pour pouvoir continuer de commercer avec son deuxième marché principal à l’export (derrière les États-Unis), dont elle dépend.
Dans un contexte de multiplication déjà visible des plans sociaux, mesures de chômage partiel, d’une "remise en cause de contrats d’achat du négoce à la viticulture et d’annulation d’investissements", le BNIC indique ainsi avoir "collectivement décidé de négocier avec les autorités chinoises sur des propositions d’engagements de prix minimum".
Un surcoût réduit
Concrètement, l’accord en question "doit permettre aux entreprises enregistrées à la procédure antidumping lancée en janvier 2024 de s’engager à pratiquer un prix d’importation minimum sur le marché chinois. En contrepartie, les taxes antidumping appelées à devenir définitives en juillet 2025 ne leur seront pas appliquées". Autrement dit : un prix minimum de vente en Chine, qui réduirait la rentabilité des exportations pour les entreprises françaises mais constituerait une meilleure issue que l’adoption définitive des droits de douane actuels.
"Cet engagement de prix minimum serait de l’ordre de 12 % à 16 % de surcoût pour l’arrivée de nos produits sur le marché chinois", a précisé Gabriel Picard, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) à Charente Libre.
"Les négociations en cours progressent favorablement, et nous espérons leur finalisation prochaine. Elles ont été rendues possibles par la reprise du dialogue entre la Chine, la France et l’Union européenne", ajoute Florent Morillon, président du BNIC.
Étape transitoire
Le syndicat ajoute malgré tout que ces accords futurs ne seront qu’une "étape transitoire qui appelle à d’autres avancées. Ils ne sauraient, à eux seuls, instaurer une situation viable à long terme, ni compenser les pertes significatives subies par nos opérateurs", souligne l’interprofession, qui milite pour le remboursement des "cautions provisionnées depuis octobre 2024".
Lever le blocage du duty free en Chine
La levée du blocage du marché du duty free, qui représente 20 à 25 % des expéditions en Chine et reste bloqué depuis décembre 2024, fait figure de seconde priorité.
"En décembre, les autorités douanières chinoises ont fait savoir qu’un texte les autorisait à considérer qu’un produit faisant l’objet d’une enquête antidumping perdait la possibilité d’être duty free et devenait Duty Paid (dédouané, NDLR). Ne sachant pas comment imposer ces taxes, ils ont tout bloqué. Les produits ont été maintenus dans les rayonnages mais sans réassort. Depuis, la situation est bloquée", précisait en mars dernier Patricia Gaborieau, vice-présidente de l’ODG (organisme de défense et de gestion) cognac.