Les 370 000 transmissions d’entreprises attendues en cinq ans vont devoir s’affranchir de nombreux freins
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Les 370 000 transmissions d’entreprises attendues en cinq ans vont devoir s’affranchir de nombreux freins

Avec 370 000 transmissions d’entreprises attendues dans les cinq ans à venir, le casting des dirigeants de TPE, PME et ETI s’apprête à connaître un bouleversement malgré les nombreux freins. Selon une étude pilotée par Bpifrance Le Lab, ces transmissions pourraient aussi être plus dynamiques dans certaines régions.

370 000 transmissions d’entreprises sont attendues dans les cinq ans à venir — Photo : Natee Meepian

Le marché de la transmission d’entreprise va connaître un boom dans les années à venir. À horizon 2030, 370 000 entreprises avec au moins un salarié sont concernées, dont 310 000 TPE, 58 000 PME et 1 200 ETI, selon une étude de Bpifrance Le Lab. Un chiffre important alors que seulement 26 000 transmissions d’au moins un salarié ont eu lieu en 2024.

Réalisée en partenariat avec CCI France, CMA France et l’association Cédants et Repreneurs d’affaires, cette étude repose sur une enquête menée auprès de 5 000 dirigeants et d’une cinquantaine d’entretiens d’experts.

Des freins financiers côté repreneurs

Premier frein évoqué, et pas des moindres, l’enjeu financier peut être bloquant pour les repreneurs. "60 % des repreneurs disent avoir rencontré des obstacles pour reprendre et le premier est de trouver les financements nécessaires", indique Laetitia Morin, économiste et responsable d’études chez Bpifrance.

Cet enjeu est plus pesant selon l’identité du repreneur. 44 % des salariés repreneurs considèrent que le plan financier a été un obstacle, contre un tiers de repreneurs externes et 25 % des repreneurs familiaux.

30 %

Une fois les financements trouvés, les enjeux économiques du rachat continuent de poursuivre les nouveaux dirigeants. "26 % des repreneurs jugent, a posteriori, que le prix d’achat était trop élevé et 30 % que les charges générées par l’emprunt sont trop importantes au regard des capacités de remboursement", commente Sabrina El Kasmi, responsable du service conjoncture de Bpifrance.

Chez les cédants, l’enjeu financier existe, mais n’est pas la priorité. "La maximisation du prix de vente est un critère secondaire, car ils veulent avant tout préserver la pérennité de leur entreprise et garantir les emplois", explique Laetitia Morin.

Des obstacles psychologiques et humains pour les cédants

Le critère principal est donc de trouver un repreneur qui sera aligné sur la vision d’entreprise. Si "le prix joue pour le cédant, la partie humaine et psychologique est plus importante", poursuit l’économiste. Le frein psychologique n’est pas cité directement par les dirigeants, mais par les experts qui les accompagnent.

18 mois

"Quand le niveau de préparation à la transmission est faible, alors que le dirigeant affirme vouloir transmettre son entreprise, le frein psychologique se perçoit dans cette absence de préparation", explique Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance Le Lab.

Cet enjeu est pourtant capital, car une transmission réussie se prépare au minimum pendant 18 mois, selon les experts interrogés par Bpifrance. Ce délai varie aussi selon les secteurs. "Transmettre son entreprise peut être plus court dans le commerce et le tourisme, quand dans l’industrie, avec la complexité technologique, il faut prévoir un temps de formation", nuance Philippe Mutricy.

Des transmissions plus dynamiques dans l’Ouest et le Sud

Les volontés de transmettre une entreprise ne sont pas uniformes sur le territoire. Elles sont plus élevées dans les régions de l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire) et du Sud (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Région Sud). Dans ces régions, au moins 40 % des dirigeants ont l’intention de transmettre leur entreprise à horizon cinq ans.

Et ces résultats ne suivent pas forcément l’âge des dirigeants. Si en région sud, plus de 20 % des dirigeants ont plus de 65 ans, ce n’est pas le cas dans les autres régions précédemment citées où on recense moins de 10 % de dirigeants ayant atteint cet âge.

Un nouveau profil de cédant plus jeune

Les jeunes dirigeants seraient en effet plus "sensibilisés à la transmission et plus enclins à se séparer de leur entreprise", explique Sabrina El Kasmi. En témoigne la tendance en Bretagne et Pays de la Loire où "le taux d’intention de transmission est plus élevé mais les dirigeants sont moins âgés, ce qui illustre bien ce profil de jeune cédant qui a envie de se renouveler, de mener d’autres projets".

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