En juillet 2022, Serge Ferrari a défini sa nouvelle démarche RSE. Quel a été le déclencheur de ce changement de cap ?
Nous avons décidé d’actualiser et de structurer notre politique RSE pour trois raisons. Le groupe était alors en train de se transformer en raison d’opérations de croissance organique et externe -en 2020, Serge Ferrari a racheté la PME taïwanaise FIT et l’ETI allemande Verseidag- et le risque était que ces acquisitions nous fassent perdre notre ADN. Nous avons donc souhaité réfléchir à la façon de fédérer les équipes autour de valeurs communes, dans un contexte de croissance. La pandémie du Covid a également créé de nouvelles aspirations en termes d’organisation du travail et de sens au travail, auxquelles nous devions répondre. Enfin, la directive CSRD relative à la publication d’informations sur la durabilité des entreprises, présentée par la Commission européenne en 2021 et transposée dans le droit français en décembre 2023 a entraîné une augmentation des exigences en matière de RSE. Les entreprises cotées comme Serge Ferrari doivent répondre à cette nouvelle réglementation depuis cette année.
En quoi la RSE fait-elle partie de l’ADN de l’entreprise ?
La RSE fait effectivement partie de notre marque de fabrique, avec par exemple l’instauration d’un système fondé sur l’intéressement pour tous les salariés dès la création de Serge Ferrari en 1974. La technologie brevetée du précontraint qui a contribué au succès de l’entreprise est également née de la volonté de notre fondateur Serge Ferrari de prolonger la durée de vie des matériaux textiles. Le principe de durabilité était donc déjà présent au moment de notre fondation. Plus tard, dans les années 2000, le groupe Serge Ferrari a initié la volonté de se préoccuper de la fin de vie de ses produits. Nous avons été l’un des premiers industriels à développer une solution de recyclage des toiles précontraint, baptisée Textyloop. Le groupe est parvenu à constituer un réseau de collecte pour envoyer les matériaux usagés à Ferrare en Italie pour les transformer en granulats de PVC et fibres de polyester.
Quelle démarche avez-vous engagée pour mettre en place votre nouvelle stratégie ?
Nous avons fait une analyse de risques, humains, industriels et externes pour établir notre feuille de route. Nous avons, par exemple, constaté qu’un certain nombre de nos collaborateurs, salariés de l’entreprise depuis de nombreuses années, disposaient d’un savoir-faire technique très important, et qu’il allait falloir assurer la transmission de ces compétences aux futures générations.
Côté industriel, nous savons que si nous voulons réduire notre impact carbone et avoir des produits plus légers tout en adressant de nouveaux marchés, nous allons devoir innover pour moderniser notre outil industriel, tout en embarquant nos fournisseurs dans la démarche.
Le dernier enjeu, est finalement un enjeu planétaire, en nous demandant comment nos produits pourront avoir une utilité dans le monde dans lequel nous vivons. Nous sommes convaincus que l’entreprise durable sera celle qui aura non seulement réduit son empreinte environnementale, mais surtout celle qui apportera une contribution positive sur le plan écologique.
Le changement climatique peut-il représenter un nouveau marché à satisfaire ?
Dans le cadre de notre stratégie RSE, nous avons en effet cherché à requestionner notre modèle d’affaires, en nous inspirant de nos racines : à l’origine nous sommes des fabricants de bâches pour camions, puis nous sommes allés vers l’architecture tendue après les premières commandes du Cirque du soleil. Au fur et à mesure des opportunités, notre produit a répondu à de nouveaux besoins -en détournant l’usage principal qui est de la membrane - pour pouvoir servir de nouveaux marchés. Le changement climatique va continuer de nous inciter à détourner nos produits pour qu’ils deviennent utiles, comme nous l’avons fait depuis nos origines. Aujourd’hui, nous fabriquons des retenues d’eau, ou des couvertures à glaciers pour protéger la fonte précoce des glaciers. Serge Ferrari peut également contribuer à la lutte contre le changement climatique en matière de construction, secteur qui représente 40 % des émissions de CO2 dans le monde, puisque nos membranes permettent d’améliorer l’isolation thermique des bâtiments.
Quel premier bilan pouvez-vous dresser de cette nouvelle feuille de route ?
Des premiers réflexes apparaissent chez les salariés, ce qui est une grande satisfaction collective. Nous sommes en effet persuadés que la RSE ne pourra bien fonctionner que si l’ensemble des équipes est impliqué. Pour cela, nous avons mis en place un système "bottum up", appelé Emergence avec des collectifs de salariés qui se saisissent de projets parce qu’ils ont envie de les voir aboutir - Serge Ferrari a notamment mis en place une flotte de vélos électriques sur l’initiative d’un de ces collectifs- ou parce qu’ils sentent que des projets peuvent être améliorés au quotidien.