L’École de Design Nantes Atlantique, en pleine expansion, fait un pas de géant en réorientant son programme pour former non seulement des créateurs, mais aussi des leaders capables de penser et diriger les organisations de demain. C’est en tout cas le message clé des interventions d’Anne Brochard, présidente de l’école, et de Christian Guellerin, directeur général. À l’occasion de la rentrée, qui voit une croissance de 25 % des effectifs des élèves, ils ont présenté les nouvelles orientations de l’établissement, en insistant sur le rôle central des designers dans un monde en transformation. Au-delà des beaux objets, il s’agit désormais d’utiliser le "design stratégique pour un leadership éthique" au sein des organisations.
Le designer : chef d’orchestre de l’innovation
Traditionnellement, le design était perçu comme une discipline liée aux arts appliqués, centrée sur la création de produits esthétiques ou pratiques. Cependant, cette vision a évolué. "Le design, c’est la discipline de représentation des usages de demain", affirme Christian Guellerin, qui dirige cette école. Elle compte en France près de 1 770 élèves, mais en totalise 2 500 avec les étudiants étrangers (400 en Chine et 300 au Bénin). Pour le directeur, les designers sont aujourd’hui bien plus que des créateurs d’objets. Ils sont des visionnaires capables d’anticiper les évolutions des modes de vie, les usages technologiques et sociétaux.
Selon lui, cette capacité à se projeter dans l’avenir fait du designer un acteur clé pour les entreprises qui cherchent à innover. "Le designer doit être en capacité de mettre autour de la table les ingénieurs, les marketeurs, les philosophes, et les faire travailler ensemble, explique-t-il. Le designer devient chef d’orchestre des processus d’innovation".
Former des leaders éthiques
Le concept de "leadership éthique" est au cœur de cette transformation. "Nous formons des designers qui doivent être en veille par rapport aux transformations du monde et prendre conscience des mutations qu’ils vont accompagner, souligne Anne Brochard. Ils pourront développer les scénarios du futur et aider les organisations, publiques ou privées, à traverser les périodes d’incertitudes, à voir clair dans le brouillard."
En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de créer des objets ou des services fonctionnels, mais de prendre en compte l’impact global de ces créations, leur coût pour la planète et la société, en somme. Dans chaque choix, il y a un aspect éthique, dans la mesure où ce choix aura un impact. L’école place la responsabilité environnementale et sociétale au cœur de ses préoccupations, incitant ses étudiants à réfléchir sur la durabilité de leurs conceptions. Stéphane Gouret, directeur général adjoint, souligne que "la dimension environnementale est diffusée dès la première année dans l’ensemble des programmes".
Une pédagogie tournée vers le monde
L’École de Design Nantes Atlantique ne forme pas seulement des designers pour le marché local. Avec des campus en Chine, au Brésil et au Bénin, ainsi qu’à Montréal, sur un ensemble de 7 sites, elle est résolument tournée vers l’international avec plus de 700 étudiants hors des frontières de l’Hexagone. Par ailleurs, on trouve 46 nationalités au sein des élèves de l’école. "Nous voulons former des designers capables de s’adapter aux contextes socio-économiques locaux tout en gardant leur culture, explique Anne Brochard. Nos étudiants apprennent à travailler sur des projets réels, confrontés aux problématiques locales, que ce soit à Shanghai, à Sao Paulo ou à Cotonou. Cette ouverture internationale offre une garantie d’une plus grande ouverture d’esprit et d’une ouverture sur le monde". Le directeur général envisage lui un développement dans les Brics, notamment au Mexique ou en Indonésie. "On peut viser 10 antennes à l'international d'ici à 5 ans", cible Christian Guellerin.
Le design comme outil de transformation des entreprises
Les entreprises d’aujourd’hui font face à des défis majeurs, qu’ils soient technologiques, écologiques ou sociaux. Selon Christian Guellerin, le rôle du designer dans les entreprises ne peut plus se limiter à la dimension créative et produits. "Nous sommes de plus en plus sollicités par des entreprises pour définir leurs axes stratégiques. Nous aidons les industriels à passer du produit au service, par exemple de la fabrication de robots à la location", dit-il. L’exemple de La Poste, avec qui l’école collabore pour imaginer les services publics de demain, illustre également ce rôle élargi du designer. "Nous avons également une collaboration avec le CHU de Nantes sur le parcours du patient au sein de l’hôpital." Un exemple de design de service.
Deux nouvelles formations innovantes
L’école propose cette année deux nouvelles formations. La première, dédiée au design immersif, accueille 41 étudiants à Laval. Elle accompagne la transformation numérique des métiers du design en intégrant les technologies immersives et les intelligences artificielles génératives. "Nous devons anticiper les compétences nécessaires d’ici 2030, notamment en matière de nouveaux artefacts numériques et d’expériences utilisateurs, explique Frédéric Degouzon, directeur de la stratégie. Nous devons également appréhender tous les impacts liés à l’émergence de l’IA." La deuxième formation, Design des Politiques Publiques, en partenariat avec SciencesPo Rennes, forme des diplômés bac + 5 à intégrer le design dans l’action publique. Les étudiants en alternance, comme à la Métropole de Rennes, travaillent sur des projets concrets, combinant design et sciences politiques pour relever les défis des transitions énergétiques et numériques.
Des designers entrepreneurs
Portée par la Chambre de commerce et d’industrie Nantes Saint-Nazaire, l’École de Design Nantes Atlantique met un point d’honneur à encourager l’entrepreneuriat parmi ses étudiants. "Nous avons vu émerger des diplômés qui ne créent pas seulement des agences de design, mais aussi des entreprises innovantes autour des nouveaux usages, explique Anne Brochard. Lancer un incubateur ? C’est une idée sur laquelle nous travaillons. " Des start-up comme Beem Energy, spécialisée dans les problématiques énergétiques, ou Malakio, dans le design éco-responsable à base de coquillages recyclés, illustrent bien cette nouvelle génération de designers entrepreneurs.
400 écoles à Nantes en juin 2025
Avec cette orientation nouvelle, l’École de Design Nantes Atlantique se positionne comme un acteur clé dans la formation des designers de demain. En juin 2025, elle accueillera la conférence internationale Cumulus, rassemblant près de 400 établissements du monde entier pour échanger sur les grands enjeux du design. Cet événement sera l’occasion de mettre en lumière l’approche de l’école, centrée sur l’impact éthique et sociétal du design, ici, à Nantes, et ailleurs dans le monde.