Pas-de-Calais
Le tribunal prononce la liquidation du dentellier calaisien Darquer, le groupe Cochez se recentre sur Boot & Cosetex
Pas-de-Calais # Textile et mode # PME

Le tribunal prononce la liquidation du dentellier calaisien Darquer, le groupe Cochez se recentre sur Boot & Cosetex

S'abonner

Le dentellier calaisien Darquer disparaît, faute de validation de son plan de redressement par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. Cette décision achève plusieurs années de restructuration du groupe de Pascal Cochez, désormais recentré sur son dernier atelier de "dentelle Leavers", Boot & Cosetex. La disparition de Darquer illustre les difficultés persistantes de la filière de la dentelle de Calais-Caudry.

Une dentelle de Calais-Caudry, dont Darquer était l'un des représentants. La société employait encore 44 salariés et avait réalisé 5,48 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 — Photo : Association IG Dentelle de Calais-Caudry

Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, a prononcé la liquidation judiciaire du dentellier calaisien Darquer, refusant le plan de redressement proposé par l’actionnaire, le groupe de services industriels nordiste Cochez, détenu par l’entrepreneur valenciennois Pascal Cochez. Après cette décision, le groupe rebaptise son pôle dentelle Boot & Cosetex, du nom de son dernier atelier.

Pascal Cochez, dirigeant du groupe Cochez — Photo : Marie Boullenger

Une PME de 44 salariés sans repreneur

L’entreprise Darquer & Méry, placée en redressement judiciaire en mai 2025, avait déjà connu une première étape de restructuration avec la cession de l’activité Méry, validée par le tribunal de commerce en décembre 2025. À la suite de cette opération, Darquer & Méry était devenue simplement Darquer. L’administrateur judiciaire avait ensuite lancé un appel à la reprise, mais aucune des offres déposées avant le 26 juin, ni le plan de redressement proposé, n’ont permis d’assurer la poursuite de l’activité. Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer a donc prononcé la liquidation judiciaire de cette société, qui employait encore 44 salariés et avait réalisé 5,48 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

Remplissage d’une bobine, dans une usine de dentelle de Calais-Caudry — Photo : Association IG Dentelle de Calais-Caudry

Reprise en 2019 par Pascal Cochez, Darquer & Méry s’inscrivait dans une stratégie de consolidation de la dentelle Leavers. La même année, le dirigeant reprenait d’ailleurs le dentellier Desseilles, alors en redressement judiciaire. En 2024, le dentellier nordiste Solstiss, basé à Caudry, apportait son soutien en entrant au capital de Darquer & Méry comme actionnaire minoritaire.

Malgré un carnet de commandes en progression, notamment sur les marchés de la lingerie et du luxe, les faibles marges avaient fini par fragiliser la trésorerie de l’entreprise.

Boot & Cosetex, dernier atelier du groupe

Dans un communiqué, Pascal Cochez évoque "sept années" durant lesquelles son pôle dentelle "a pris tous les coups", faisant face successivement à la crise sanitaire, à l’inflation puis au ralentissement durable du marché textile européen. Durant cette période, le groupe a procédé à plusieurs restructurations : cession du dentellier calaisien Noyon en 2023, fermeture de Desseilles la même année, cession des ateliers Méry en 2025, avant la disparition de Darquer en 2026.

Un métier Leavers, long de 6 mètres et pesant 10 tonnes, qui reproduit la fabrication de la dentelle à la main — Photo : Association IG Dentelle de Calais-Caudry

Cette liquidation réduit désormais l’activité dentelle du groupe à son dernier site industriel calaisien, Boot & Cosetex, atelier qui exploite seize métiers Leavers, dont certains sont présentés comme uniques au monde. Pascal Cochez affirme "poursuivre son objectif de maintien d’une activité de fabrication de dentelles à Calais". Boot & Cosetex produit des fines bandes de dentelles dites "Valenciennes", du fait de leur origine puisée dans la dentelle de Valenciennes, dans le Nord. L’entreprise va se concentrer sur le développement de cette production, destinée à des marchés de niche comme la haute couture et les vêtements religieux, jugés plus résilients.

La filière dentelle poursuit son déclin

La disparition de Darquer illustre les difficultés persistantes de la filière de la dentelle de Calais-Caudry. Malgré l’obtention, début 2024, de l’indication géographique "Dentelle de Calais-Caudry", les industriels restent confrontés à une concurrence internationale à bas coûts, à des marchés devenus plus étroits et à des besoins de trésorerie importants liés à leur mode de production.

La dentelle de Calais-Caudry est protégée par une Indication Géographique (IG) — Photo : Association IG Dentelle de Calais-Caudry

Pascal Cochez dénonce notamment "la fin des quotas d’importation de dentelle asiatique décidée en 2004 par Bruxelles touchant essentiellement le marché de la dentelle de lingerie-corseterie, [qui] a fait tomber la capitale mondiale de la dentelle qu’était Calais".

En deux décennies, cette industrie est passée d’environ un millier de salariés à Calais à quelques centaines seulement répartis entre moins d’une dizaine d’entreprises, loin des quelque 30 000 emplois qu’elle comptait à son apogée au cours de la première moitié du XXe siècle.

La consolidation engagée ces dernières années n’aura finalement pas suffi à enrayer le déclin d’un savoir-faire emblématique de l’industrie textile des Hauts-de-France.

Pas-de-Calais # Textile et mode # PME # Procédure collective # Suppressions d'emplois