Nantes
Le territoire Nantes Saint-Nazaire se voit en pionnier de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans l’événementiel
Nantes # Activités culturelles et événementiel

Le territoire Nantes Saint-Nazaire se voit en pionnier de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans l’événementiel

S'abonner

À Nantes, 91 acteurs de l’événementiel s’unissent pour lutter contre le gaspillage alimentaire au sein du Bureau des congrès. Il vient de signer une charte d’engagement visant à réduire de moitié les déchets alimentaires d’ici 2025. Mesures concrètes, mobilisation collective et ambition durable sont au menu de la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Les membres du bureau des congrès de Nantes, qui rassemble 91 acteurs de l’événementiel qui veulent lutter contre le gaspillage alimentaire — Photo : David Pouilloux

À la veille de la Journée mondiale de l’alimentation (ce 16 octobre), le Bureau des congrès de Nantes Saint-Nazaire, en collaboration avec 91 membres du secteur événementiel, a dévoilé une charte d’engagement pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Cette initiative, menée depuis juillet 2022, a permis de mesurer le gaspillage lors de divers événements professionnels et de proposer des solutions concrètes pour réduire de manière significative les déchets alimentaires générés lors de congrès, séminaires et autres rencontres d’affaires.

Un territoire qui se veut précurseur

"Selon les chiffres de l’ADEME, en France, 4 millions de tonnes de produits encore comestibles sont jetées chaque année, soit environ 24 kg par habitant, rapporte Aspasia Nanaki, directrice stratégie impact au sein de l’agence Nantes-Saint Nazaire développement. Dans le secteur de l’événementiel, ce gaspillage est encore plus flagrant, notamment à cause des absences imprévues, les no-shows". En effet, 20 % des personnes inscrites à des événements gratuits ne se présentent pas, engendrant des quantités importantes de nourriture inutilisée.

Olivier Le Floch, directeur du Bureau des congrès de Nantes Saint-Nazaire, service de l’agence économique, souligne cet engagement : "Cette démarche, et la charte que nos membres viennent de signer, met la lumière sur le rôle précurseur du territoire, en phase avec les initiatives nationales comme le label “antigaspi alimentaire”. En tant qu’acteurs de l’événementiel, nous avons aujourd’hui l’opportunité d’être à l’avant-garde de la lutte contre le gaspillage alimentaire."

Une démarche collective pour des résultats concrets

Cette démarche a débuté en juillet 2022, avec la formation d’un groupe de travail rassemblant traiteurs, agences événementielles, sites privatisables et autres prestataires. L’objectif : identifier les causes du gaspillage alimentaire lors d’événements et expérimenter des solutions pratiques. Entre mai et juin 2023, le Bureau des congrès a analysé le gaspillage alimentaire lors de 10 événements professionnels à Nantes et Saint-Nazaire, couvrant diverses prestations, du petit-déjeuner au dîner assis, et ce pour des jauges de quelques personnes à plus de 1 000.

Les résultats ont permis de dresser un état des lieux précis : en moyenne, chaque participant génère 125 grammes de déchets alimentaires, avec un pic pour les événements comprenant à la fois un cocktail apéritif et un repas assis. Ces constats ont poussé les professionnels de l’événementiel à repenser leurs pratiques.

Gilles Poussier, fondateur de l’agence Gens d’événement (22 salariés pour 8,5 M€ de chiffre d’affaires), souligne l’importance de cette prise de conscience. "Ce sont parfois jusqu’à 10 % de repas qui sont jetés sur un événement de 3 000 participants : cela pose un sérieux problème de conscience, et même de morale. Lors d’un événement, j’ai même vu 22 % des repas préparés être jetés car les participants n’étaient pas venus. Ce constat a été un déclic pour moi, et c’est ce qui m’a poussé à m’engager dans la lutte contre ce problème. Une démarche collective, intégrant des indicateurs, nous est apparue comme un facteur clé de réussite."

Des solutions innovantes

À l’issue de ces analyses, plusieurs pistes d’amélioration ont été identifiées. L’une des mesures phares consiste à séparer l’inscription à l’événement de celle au repas, afin de mieux anticiper le nombre réel de convives. Par ailleurs, l’abandon progressif du buffet, souvent source de surplus alimentaire, au profit de menus uniques, permet de limiter les excès. Une autre solution réside dans la planification stricte des temps de restauration, souvent sous-estimés.

Pour Bertrand Eloud, directeur de Ruffault Traiteur (60 salariés pour 10 M€ de CA) et des Bateaux Nantais (25 salariés et 2,5 M€ de CA), la mise en place de ces mesures a directement un effet sur le recrutement et la fidélisation des salariés. "Aujourd’hui, les jeunes que nous recrutons, notamment des étudiants, sont très sensibilisés à la question du gaspillage alimentaire. Jeter de la nourriture est incompréhensible pour eux, surtout quand on sait à quel point il est difficile pour certains de se nourrir. Si nous voulons donner du sens à notre métier et motiver nos équipes, il est essentiel de réduire ce gaspillage."

Une charte d’engagement

Le bureau des Congrès rassemble 91 acteurs de l'événementiel qui s'engagent dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Tous ont signé une charte d'engagement. — Photo : NSD

Pour aller plus loin, le Bureau des congrès a donc élaboré une charte d’engagement autour de cinq objectifs opérationnels. Cette charte vise à sensibiliser les organisateurs en amont des événements, à planifier rigoureusement les repas et à adopter des pratiques communes pour réduire le gaspillage alimentaire. Elle s’accompagne d’un guide pratique, destiné aux prestataires, qui donne des conseils tels que l’adoption de menus uniques, l’anticipation du nombre de convives ou encore la préférence pour des plats végétariens, conformes à la plupart des régimes alimentaires et plus respectueux de l’environnement.

Sophie Hommeau, responsable qualité et RSE de la Cité des congrès de Nantes (120 ETP pour 16 M€ de CA), met en avant l’importance de cette démarche : "La lutte contre le gaspillage alimentaire s’inscrit dans une vision plus large de la durabilité de notre secteur. Nous devons sensibiliser nos clients, les donneurs d’ordres, entreprises et collectivités, et nos fournisseurs, leur montrer qu’une gestion responsable de l’alimentation peut aussi rimer avec réussite événementielle."

Bertrand Eloud souligne par ailleurs les actions concrètes déjà mises en place pour éviter de jeter des repas. "Après chaque prestation, nous travaillons avec des associations locales pour redistribuer les repas non utilisés. Cela profite à deux publics principaux : la population Rom et les étudiants. Ce système fonctionne bien et permet de minimiser les pertes alimentaires."

Des ambitions à long terme sur le territoire

Nantes Saint-Nazaire ne compte pas s’arrêter là. L’objectif est clair : diviser par deux le gaspillage alimentaire d’ici 2025, et par cinq d’ici à 2030, en cohérence avec la Loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire). Avec plus de 1 000 événements professionnels organisés chaque année sur le territoire de Nantes et Saint-Nazaire, l’engagement du Bureau des congrès et de ses membres dans la réduction du gaspillage alimentaire pourrait bien faire école.

Nantes # Activités culturelles et événementiel