Rennes
Le promoteur Lamotte s’ouvre de nouveaux horizons
Rennes # Immobilier # Investissement immobilier

Le promoteur Lamotte s’ouvre de nouveaux horizons

S'abonner

Le groupe immobilier rennais Lamotte fait partie de ces promoteurs de province qui ont su se développer localement, tout en allant à la conquête de nouvelles terres plus lointaines. Soixante-dix ans après sa création, l’entreprise familiale se prépare une nouvelle fois à sa transmission. Elle pourra s’inspirer des épreuves du passé.

La construction de l'immeuble Les Horizons, à Rennes, à la fin des années 1960 — Photo : Lamotte

Il fait partie de ces grands noms de la promotion immobilière à Rennes. Lamotte.

Ses lettres rouges et blanches ne passent pas inaperçu dans un paysage en perpétuel développement.

Le groupe lance chaque année 500 nouveaux logements, 40 000 m² de bureaux, 100 maisons et 300 lots à bâtir. Des projets menés à Rennes, son fief historique depuis 1955, mais aussi sur les côtes bretonnes et ailleurs en France. Mais tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, Lamotte a derrière lui 70 ans d’évolution. C’est l’équivalent de trois générations. "Nous sommes en plein passage de relais", annonce d’ailleurs Jean-Marc Trihan, PDG de Lamotte et gendre du fondateur, Albert Lamotte. Deux des petits-fils d’Albert Lamotte, Marin Trihan et Hugo Trihan, ont en effet rejoint l’aventure familiale. Le premier doit très prochainement prendre la responsabilité de l’activité promotion immobilière du groupe. Devant ces deux jeunes dirigeants, une histoire à écrire avec leur temps. Derrière eux, une épopée rennaise qui a marqué le territoire.

Un des premiers immeubles de grande hauteur de France

L’immeuble des Horizons à Rennes, dessiné par Georges Maillols — Photo : © Dimitri Lamour

C’est en effet Lamotte qui est à l’origine de la construction de la célèbre tour des Horizons et ses 30 étages. Le plus haut immeuble rennais, qui trône fièrement sur les cartes postales. Imaginé par l’architecte Georges Maillols, il a été l’un des premiers IGH (immeuble de grande hauteur) à usage d’habitation édifié en France, avant la Tour Montparnasse.

Le général de Gaulle est venu à Rennes en 1969 pour une présentation du nouveau quartier de Bourg Lévêque, à laquelle Albert Lamotte (5e en partant de la gauche) prenait part. En arrière-plan, on distingue une maquette des Horizons, qui seront construits dans ce nouveau quartier — Photo : Lamotte

"À la fin des années 1960, Rennes avait besoin de logements, il fallait densifier la ville, rappelle Jean-Marc Trihan. Après la Seconde Guerre mondiale, il a fallu beaucoup reconstruire. Le quartier des Horizons alors insalubre, est transformé pour accueillir cette tour". Pour Albert Lamotte, c’est un immense projet, mais qui n’est pas le premier.

Un projet futuriste

L’homme a commencé sa carrière dans l’immobilier en 1955, par un petit immeuble de 10 logements rue du Champ de l’Orme, à Rennes. "Mon beau-père a d’abord été clerc de notaire et agent d’assurances avant de créer son entreprise".

Albert Lamotte, fondateur de l'entreprise de promotion immobilière rennaise Lamotte — Photo : Lamotte

Il avait une appétence pour l’immobilier et la chose juridique.

"Mais le métier de promoteur immobilier n’était pas structuré comme aujourd’hui, raconte Jean-Marc Trihan. Pour se lancer, il fallait avoir envie de construire, d’entreprendre, et trouver des partenaires, car le statut de VEFA (vente en l’état futur d’achèvement) n’a été instauré que par la loi de 1968." Albert Lamotte participera d’ailleurs à la création de ce statut avec différentes instances professionnelles nationales, aujourd’hui regroupées sous le nom de FPI (Fédération des Promoteurs Immobiliers, née en 1971).

Petit à petit, il lance d’autres programmes de logements, achetant des terrains ici et là, auxquels il croit. "Les sociétés d’économie mixte d’aménagement n’existaient pas non plus, rappelle Jean-Marc Trihan. Albert Lamotte allait rencontrer l’adjoint à l’urbanisme pour voir si tel ou tel projet pouvait fonctionner.

"C’était de l’urbanisme évolutif. Les investissements mettaient dix ans à devenir rentables"…

"L’adjoint de l’époque ne voulait pas de "petit projet", à cause de la pénurie aigüe de logements", poursuit Jean-Marc Trihan. C’est ce qui permettra à Albert Lamotte de lancer ses premiers gros programmes, comme les Horizons et La Barre Saint-Just. Autre immeuble emblématique signé Maillols, il était considéré comme futuriste, par sa forme pyramidale et ses terrasses jardins.

Lamotte a construit La Barre Saint-Just, à Rennes, immeuble futuriste pour les 1970 — Photo : Lamotte

Le début de la diversification

Très amis, Albert Lamotte et Georges Maillols collaborent également sur le premier siège social de l’entreprise, boulevard Magenta, construit en 1972 et aujourd’hui transformé en espace de coworking OuiFlex (marque de Lamotte). "C’était notre premier programme tertiaire et le début de la diversification", souligne Jean-Marc Trihan. Jusqu’alors, le siège était tout simplement l’appartement d’Albert et Jannik Lamotte, à l’angle du boulevard de la Liberté. L’entreprise compte alors douze collaborateurs.

Lamotte y a un temps partagé l’espace avec une agence immobilière, Bourgine-Lamotte.

Elle avait été créée avec un agent immobilier pour vendre les programmes du promoteur.

"Cette agence, qui n’existe plus, a formé beaucoup de ténors de l’immobilier rennais, sourit Jean-Marc Trihan. Elle a vu passer des noms comme Kermarrec, Salmon, Mariault…"

Tout cet écosystème travaille d’ailleurs régulièrement ensemble, comme pour construire tout le quartier du Colombier entre les années 1970 et 1980. "Les promoteurs nationaux, eux, trouvaient Rennes trop petite, l’investissement trop risqué, ils n’y croyaient pas".

Un bureau dynamité par les indépendantistes

À la fin des années 80, Lamotte comptabilise 130 réalisations.

L’entreprise a commencé à sortir de son territoire pour construire sur la côte, à Dinard, Saint-Malo, Quiberon, et participe à la création du port du Crouesty. "Dans les années 1980, Albert Lamotte monte un projet majeur en forêt de Fouesnant, avec logements, hôtels… Mais le bureau de vente sur place a été dynamité par l’Armée révolutionnaire bretonne. Le projet ne s’est pas fait et cela a été une grande déception pour Albert Lamotte", confie son gendre.

L’ère Trihan

Jean-Marc Trihan, lui, arrive dans l’entreprise en 1994, après avoir travaillé à Paris pour une société américaine du marketing et de la vente.

Son épouse, Marie, reprend l’autre activité d’Albert Lamotte : son élevage de chevaux.

"Mon beau-père m’a dit : il faut dix ans pour former un promoteur, donc viens maintenant. Ses trois associés de l’époque, Rémi Chérel, Jean-Michel Roche et Jean-Claude Dubreil, ont participé à me former", se souvient celui qui confie "apprendre encore". Malgré une arrivée en pleine crise immobilière, il fait changer d’échelle au groupe.

Jean-Marc Trihan, président du Groupe Lamotte — Photo : C.Targosz

"Je voulais faire grandir Lamotte et ne pas rester un artisan promoteur."

L’entreprise se diversifie vers l’immobilier de bureaux et lance en 2000 le parc d’activités Edonia à Saint-Grégoire, tout en créant une activité de gestion locative. Ainsi, de 35 salariés dans les années 1990, l’entreprise en compte le double dix ans après, puis 150 en 2014. Lamotte s’étend à Nantes, puis à Saint-Malo, Paris, Bordeaux et Lyon.

900 collaborateurs et une dizaine de filiales

"La diversification a été géographique et sectorielle. Nous nous sommes lancés dans l’exploitation immobilière en 2010." Lamotte gère ainsi des résidences services pour senior, Espace & Vie, dont il rachète 100 % des parts en 2024, avec près de 700 personnes, puis lance des résidences pour jeunes actifs et des espaces de coworking.

Marin Trihan, directeur promotion immobilière de Lamotte — Photo : ©Tudal Legrand

Hugo Trihan, petit-fils du fondateur du groupe immobilier Lamotte, a rejoint l’entreprise en 2024 — Photo : FERRIERE DAVID STUDIO PHOTO

75 ans après sa création, 900 collaborateurs font vivre Lamotte à travers une dizaine de filiales, en promotion, gestion, aménagement et jusqu’à l’exploitation. "La prochaine étape dans l’exploitation, ce sera peut-être la gestion d’hôtels, souffle Jean-Marc Trihan. Le "living" et la gestion d’actifs sont deux axes de diversification importants pour Lamotte."

Rennes # Immobilier # Investissement immobilier # ETI