Le choix de la discrétion pour ne pas attiser la méfiance des élus locaux, des associations environnementales ou des riverains. Les dirigeants d’Electro Mobility Materials Europe ne fanfaronnent surtout pas, eux qui depuis 2021 soignent la présentation de leur projet, au point de débourser 40 millions d’euros de plus dans des concertations multiples (sur un budget de 530 M€). Pourtant, c’est une belle reconnaissance de l’État qu’ils viennent d’obtenir : leur projet d’usine de conversion de cobalt et nickel, prévue quai Grattequina sur les communes de Parempuyre et Blanquefort (Gironde), est déclaré projet d’intérêt national majeur (PINM).
Cette qualification a fait l’objet d’un décret signé le 5 septembre du Premier ministre François Bayrou, in extremis, et paru au Journal officiel le 7 septembre.
Une implantation facilitée
Le statut de PINM a été introduit par la loi "industrie verte" du 23 octobre 2023 pour accélérer l’implantation des projets industriels les plus stratégiques pour la transition écologique ou la souveraineté nationale. Il est ainsi possible de procéder à une mise en compatibilité accélérée des documents d’urbanisme et de prioriser le raccordement du projet au réseau d’électricité à la suite de la qualification de PINM. Ainsi que d’anticiper une dérogation à la protection des espèces protégées par la reconnaissance anticipée d’une raison impérative d’intérêt public majeur dès le décret de qualification de PINM. Que des sujets susceptibles d’intéresser directement Electro Mobility Materials Europe.
À commencer par le raccordement électrique, le projet ayant des besoins de 30 MW. Il nécessite une ligne souterraine de 7 km, avec un passage sous une voie SNCF. Si le tracé devait être modifié ou si la SNCF n’autorise pas le chantier aux dates envisagées, le projet pourrait être retardé jusqu’à un an. Sur le plan financier, "un mois de retard de mise en service équivaut à plus de 6 millions d’euros de perte nette" détaille une annexe du décret.
C’est le préfet de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine qui a sollicité cette qualification pour Emme, par un courrier en date du 5 août 2025 adressé au ministre de l’Économie et à la ministre de la Transition écologique. C’est le seul PINM en Nouvelle-Aquitaine.
Convaincre, pas passer en force
"Cette qualification souligne son importance stratégique pour la souveraineté industrielle de la France et la transition écologique, commente l’entreprise. C’est un élément important de son identité qui atteste du sérieux de l’entreprise et sera encore renforcé par les partenaires industriels de niveau européen qui seront communiqués prochainement." Se gardant d’entrer dans les détails de calendrier, Emme insiste : "l’obtention de ce statut n’interrompt en rien la démarche de dialogue et de concertation engagée par Emme jusqu’à l’enquête publique prévue en fin d’année".
Rien ne laisse présager qu’Electro Mobility Materials Europe fasse jouer son statut de PINM pour accélérer son projet, qui doit produire à compter de 2028 des sulfates de nickels et de cobalt pour les batteries de véhicules électriques et poursuivre de la R & D dans un laboratoire faisant partie intégrante du projet. Ses dirigeants veulent convaincre et pas passer en force.
Stratégique pour la filière batterie mais aussi pour l’aéronautique et la défense
Dans son argumentaire, le décret déclare ainsi que le projet Emme est "d’une envergure très significative dans le secteur des batteries pour les véhicules électriques, technologie participant à la décarbonation de notre économie."
L’usine pourrait répondre à environ 25-30 % des besoins français en nickel et cobalt pour la production de cellules de batteries en France à horizon 2030. Il permettrait aussi de réduire drastiquement la production de CO2 (-1,6 Mt) par rapport à la production actuelle réalisée en Chine, qui approvisionne 80 % du marché.
Par ailleurs, outre les applications pour le secteur de la batterie, l’unité industrielle intéresserait les secteurs aéronautiques et défense, "permettant de convertir les métaux critiques dans des formes pures essentielles aux alliages spéciaux", argue le décret. En citant les applications telles que les lanceurs, les turbines de moteur d’avions et les missiles. "Dans ce contexte, la capacité de l’usine Emme à produire ces métaux ultrapurs, en parallèle des sulfates de nickel pour la filière batterie, est une dualité d’intérêt stratégique majeur", poursuit le document.