Le détroit d’Ormuz résonne jusqu’à Castres. Il n’y a pas que les pétroliers qui soient bloqués, Syselec (43 salariés, CA : 11 M€) aussi. La PME, productrice notamment de cartes électroniques, doit mettre en veille un projet d’extension de 4 000 m2. En cause : un ralentissement d’activité lié à la crise économique et à la guerre au Proche-Orient.
"Des délais passés de 10 à 40 semaines en 2026"
Cette dernière provoque de lourdes conséquences sur l’approvisionnement. "Nous sommes passés de délais de 10-12 semaines en 2025 à 40 semaines en 2026, voire un an ou à une date inconnue", témoigne Fabrice Castes, PDG de la PME.
"Il faudra des mois pour que les chaînes de production repartent, mais on ne sait pas à quel rythme. Et tout le monde commande en quantité par peur de manquer. On est en train de reproduire le scénario post-Covid."
La plus grande incertitude plane sur certains composants électroniques. Pour leur fabrication, ceux-ci nécessitent de l’hélium, qui provient de la zone du détroit d’Ormuz où certains complexes gaziers ont été bombardés… "Les tensions vont se réduire là-bas, mais il faudra des mois pour que les chaînes de production repartent. On ne sait pas à quel rythme elles vont reprendre. Sachant que tout le monde commande en quantité par peur de manquer. On est en train de reproduire le scénario post-Covid. Et qui dit délais longs dit prix beaucoup plus chers."
"Beaucoup de nos clients sont en difficulté, l’activité est en berne."
Or, avant les ennuis géopolitiques de 2026, c’est la conjoncture économique mondiale, déjà héritée du Covid, qui pèse sur Syselec. "De nombreux clients ont retardé les livraisons parce qu’ils avaient trop de stock et que les ventes n’étaient plus au même niveau qu’en 2023. Beaucoup sont en difficulté, l’activité est en berne", témoigne Fabrice Castes.
Son entreprise cible tous les secteurs de l’économie, à l’exception de l’aéronautique, du spatial, du militaire, du ferroviaire et du médical invasif. "Avec la crise économique, nous sommes passés d’un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros à 11 millions d’euros en 2025, et peut-être 10 millions en 2026, regrette-t-il. Il est urgent d’attendre."
Quatre millions d’euros pour un bâtiment neuf
Depuis 1981, Syselec réalise des assemblages électro-mécaniques et fabrique des cartes électroniques sur son site historique de 3 000 m2 à Labruguière (Tarn). En 2020, elle a séparé ses activités en construisant un deuxième site de 3 000 m2 (plus 1 000 m2 de bureaux) à quelques kilomètres, sur les hauteurs du causse, cette fois sur la commune de Castres. Cette unité se consacre désormais à la fabrication de cartes électroniques.
Demain, un nouveau bâtiment doit sortir de terre sur cette parcelle de trois hectares. "Nous voulons faire remonter l’activité électro-mécanique à côté du nouveau site et transférer les outils de production dans ce futur bâtiment moderne et agrandi, puisqu’il fera 4 000 m2, annonce le chef d’entreprise. Nos bâtiments actuels sont pleins aujourd’hui".
Il prévoit d’injecter environ quatre millions d’euros dans ce projet. Ce sera pour demain… ou après-demain. Car le contexte oblige donc le dirigeant à faire le dos rond en attendant des jours meilleurs.
Cela dit, même sans bâtiment neuf, Syselec est en mesure de continuer ses activités dans sa configuration actuelle, d’autant que les commandes ont ralenti. Son activité historique de câblage, assemblage et intégration d’équipements électro-mécaniques pour armoires ou parties de machines industrielles représente aujourd’hui 50 % du chiffre d’affaires. L’autre moitié est réalisée par l’activité de fabrication de cartes électroniques, avec deux lignes CMS automatisées.
Une diversification vers une prestation globale
La PME se distingue d’autres acteurs en proposant une prestation globale, incluant la production de la carte, les tests, l’assemblage dans des boîtiers, l’intégration, voire l’expédition pour le compte de clients, start-up, PME comme ETI. Cette prestation de services a par exemple été déployée pour la start-up voisine Polux (spécialisée dans les lampes intelligentes), ou encore Humidistop (solutions pour éradiquer l’humidité dans les bâtiments).
"Nous faisons bénéficier les porteurs de projets de notre réseau de partenaires, de banques, etc. Nous nous voyons comme des accélérateurs de performance", décrit Fabrice Castes.
Vers un nouveau marché
Le dirigeant a insufflé cet élargissement des pratiques après avoir repris l’entreprise à son fondateur en 2013. Syselec comptait alors 13 collaborateurs, pour 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 3 millions issus de l’activité d’électro-mécanique.
Pour continuer à se développer, Syselec s’est mise en ordre de bataille pour entrer sur un nouveau marché : le câblage et l’assemblage d’appareils médicaux non invasifs. Il faudra pour cela obtenir la certification ISO 13-485. Un sésame envisagé d’ici un à deux ans.