Si la transition énergétique s’accélère en France, la bureaucratie environnementale qui l’accompagne explose elle aussi. Les grands développeurs sont soumis à l’obligation de produire une étude d’impact environnemental pour chaque centrale solaire au sol. Tous les ans, ce document mesure l’évolution de la biodiversité environnante (espèces floristiques, faune, avifaune, chiroptères…) et doit préconiser des mesures correctrices en cas de besoin. Pour un énergéticien comme le montpelliérain Urbasolar (500 salariés, 7 agences, CA 2025 : 320 M€), l’exigence légale relève du casse-tête : chaque suivi naturaliste comprend une centaine de pages alors que l’entreprise gère plus de 100 centrales au sol (sur un portefeuille total de 750 centrales)…
Supprimer les goulots d’étranglement
Urbasolar a donc choisi de miser sur la puissance de l’intelligence artificielle (IA), qui permet d’automatiser ce travail. Les centaines d’études environnementales sous-traitées aux bureaux d’études spécialisés, au fil du temps, représentent une mine de données écologiques que l’énergéticien peut désormais exploiter pour développer des projets solaires toujours plus responsables.
L’interface choisie par Urbasolar pour utiliser cette énorme base de données est un chatbot, capable de répondre à toute requête formulée en langage naturel. "Nos équipes de développeurs perdaient trop de temps à trouver la bonne information correspondant aux requêtes des services de l’État. Le chatbot rend ces données beaucoup plus accessibles", résume Géraldine Lapierre, cheffe de projet chez Urbasolar, qui a piloté l’initiative.
La puissance de l’algorithme
Techniquement, les équipes internes d’Urbasolar ont d’abord développé une IA qui parcourt la base de données d’après la question posée par l’utilisateur. "L’algorithme effectue une recherche sémantique en identifiant dans les documents les passages les plus corrélés avec la question. Une fois les données sélectionnées, il les envoie à un LLM (grand modèle de langage : ChatGPT dans le cas présent, NDLR), qui génère la réponse textuelle du chatbot", décrit Tanguy Dorn, ingénieur en IA chez Urbasolar.
Faire avancer l’état de l’art
Même avant la création du chatbot, les suivis naturalistes réalisés pour Urbasolar pouvaient identifier une problématique au sujet de telle espèce protégée située près de telle centrale en projet ou en exploitation. Dans cette hypothèse, l’entreprise est tenue de prendre une mesure correctrice : modifier le dimensionnement du projet ou bien, si ce n’est pas possible, compenser l’impact initial (exemple : recréer une mare s’il a fallu en supprimer une).
"Le chatbot dira tout de suite au développeur si nous avons déjà un retour d’expérience au sujet de l’espèce. L’avantage de cet outil est qu’il cumule des années de suivis. Il devient plus facile de dire s’il y a une répétabilité de l’espèce ou bien si elle disparaît à telle ou telle période", précise Julien Burato, responsable du pôle environnement d’Urbasolar. Ce dernier va jusqu’à parler d’utilité sociale de la démarche : "Nous voyons que de nombreuses espèces, comme les sangliers, sont en mesure de s’adapter à la présence de centrales solaires. Notre approche permet d’améliorer l’état de l’art".
Une démarche systématique
Mis en production en 2025, le chatbot environnemental d’Urbasolar est systématiquement utilisé par ses équipes de développeurs (soit 30 personnes réparties dans ses agences partout en France). Satisfaite de la mise en œuvre de cet outil, l’entreprise planche sur d’autres projets internes conçus autour de l’IA, en matière de formation notamment.