L’enquête publique sur le projet industriel de la société Pure Salmon, qui porte sur la création d’un vaste site aquacole d’élevage et de production de saumons au Verdon (Gironde) s’est terminée fin janvier et la commission d’enquête a remis son rapport ce 24 mars. Il est globalement favorable au projet et en valide les autorisations environnementales et le permis de construire.
Un projet à 375 millions d’euros
Pour rappel, Pure Salmon prévoit d'installer sept bâtiments couvrant la totalité du cycle d’élevage - de l’écloserie à la transformation finale — sur 14 hectares au sein de la zone industrialo-portuaire du Grand Port Maritime de Bordeaux.
Il représente, selon le rapport de 200 pages, un investissement total "d’environ 375 millions d’euros dont 281,4 millions d’euros en capital, financé par des fonds propres via 8F Asset Management", le fonds d’investissement singapourien propriétaire de Pure Salmon. Sa construction est censée démarrer fin 2026 pour une mise en exploitation début 2028 et une première commercialisation des saumons à l’automne 2030. Le projet doit créer 250 emplois à terme.
Craintes aquatiques
Le rapporteur souligne que l’enquête publique a fait l’objet de près de 23 000 contributions, un "volume exceptionnel", dans une ambiance qualifiée de "délétère", le projet faisant l’objet de vives oppositions portant essentiellement sur son impact environnemental.
En substance, il relève que l’enquête a permis de "dissiper les craintes" concernant l’utilisation de l’eau (200 000 m3) et les 6 500 m3 pompés quotidiennement dans le sol (alimenté par l'eau saumâtre de l'estuaire). "Le projet n’entre pas en concurrence avec l’alimentation en eau potable des habitants, qui provient des forages de Vensac", assure le rapport. Il relativise même ces besoins, soulignant qu’ils représentent 2,38 % des prélèvements d’eau destinés à l’agriculture en Gironde, qui prélève en moyenne 100 millions de mètres cubes par an.
Concernant les craintes sur les rejets, Pure Salmon assure qu’ils seront suivis "en continu par des mesures en ligne et des analyses ponctuelles" et que la surveillance sera notamment assurée par les mollusques connectés de la société girondine Molluscan, un élément en sa faveur. Au final, la commission "estime que l’ensemble des dispositions sont de nature à maîtriser et minimiser les impacts du projet en matière de rejets d’effluents" et émet un avis favorable.
Montée en puissance progressive
Elle exprime malgré tout quelques craintes sur l’exploitation de l’élevage en circuit fermé, en prônant une montée en puissance en trois étapes distinctes (50, 75 et 100 %) de la production, arguant qu’elle "dégraderait temporairement la rentabilité attendue mais permettrait de valider le projet et l’inscrire dans la durée", un phasage que le porteur de projet a accepté.
Faisant valoir les retombées économiques "majeures" du projet et sa production "sans antibiotiques, hormones ni pesticides", le rapport qualifie enfin l’acceptabilité sociale du projet, jugée "encore fragile", comme "fondée sur des appréciations de nature subjective", arguant qu’il "présente des atouts techniques, économiques et environnementaux significatifs".
Pure Salmon, basée à Abu Dhabi (Émirats arabes unis), a créé une filiale française en 2020 dont le financier Christophe Lalo est président depuis février 2026. Elle a acquis la propriété du système d'élevage en circuit fermé qu'elle va exploiter au Verdon en 2021, en rachetant une ancienne division norvégienne de Véolia. Pure Salmon exploite déjà cette solution dans une vingtaine d'installations et fournit notamment la plus grande écloserie de saumons du monde en Norvège, qui appartient au producteur de saumon d'élevage norvégien Salmar.
Du côté des fermes d'élevage, Pure Salmon avance en parallèle sur d'autres fronts et porte trois autres projets de fermes aquacoles géantes (10 000 tonnes par an) au Japon, en Virginie (États-Unis) et dans l’État de Brunei. Son ambition est clairement affichée : "devenir le premier producteur mondial de saumon durable".