Il se dit "dépité par le spectacle du politique". Au micro de Radio Classique ce jeudi 19 décembre, le président du Medef Patrick Martin mène une nouvelle charge contre les errements de la classe politique du pays. "Ce qui nous choque, c’est une forme de déconnexion d’un certain nombre de politiques par rapport à une situation économique qui est en train de devenir très préoccupante", déclare le patron des patrons.
"L’enjeu de compétitivité est complètement en dehors des écrans de radars d’une majorité de nos décideurs politiques"
Il reproche aux élus "d’être dans un monde virtuel où il faudrait toujours plus d’impôts" ainsi que de ne pas être suffisamment ouverts sur les réalités économiques et, plus globalement, sur le monde. "L’enjeu de compétitivité est complètement en dehors des écrans de radars d’une majorité de nos décideurs politiques", illustre Patrick Martin.
Pour le président du Medef, l’instabilité politique n’est pas non plus la cause de tous les maux économiques actuels. La dégradation de la situation économique "n’est pas que française, concède-t-il, mais il y a un coefficient politique français qui est aggravant". En témoignent différentes études, comme celle du cabinet de conseil EY, qui indique que 49 % des investisseurs étrangers ont pris la décision de réduire ou de reporter leurs investissements en France à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale.
Les syndicats de salariés, alliés inattendus du patronat
Face à la "dangerosité de la situation économique", le président du Medef s’est trouvé des alliés pour le moins inattendus : les syndicats de salariés. Il y a quelques jours, trois syndicats patronaux (Medef, CPME et U2P) et quatre syndicats de salariés (CFDT, CFTC, CFE CGC et FO) signaient une déclaration commune pour alerter la sphère politique du "risque d’une crise économique aux conséquences sociales désastreuses". Selon Patrick Martin, les syndicats de salariés sont "parfaitement lucides quant à la réalité de la situation économique", marquée par une vague automnale de défaillances d’entreprises et d’annonces de suppressions d’emplois. Selon les calculs de la CGT (qui n’a pas voulu signer la déclaration commune), entre 170 000 et 200 000 emplois sont actuellement menacés.
Avec les syndicats, "sur les solutions, on n’est pas forcément d’accord", concède toutefois le président du Medef. Mais ce dernier se dit "assez confiant dans la capacité que nous aurons, syndicats et patronat, à prendre un certain nombre de sujets, pas contre le politique, mais de manière autonome". Quelques jours avant la motion de censure qui a provoqué la chute du gouvernement Barnier, les partenaires sociaux s’entendaient sur trois textes définissant les nouvelles règles de l’assurance chômage, de l’emploi des seniors et sur les parcours syndicaux en entreprise.
À défaut d’un cap politique clair, Patrick Martin semble donc miser sur une démocratie sociale renforcée, où patronat et syndicats pourraient devenir les derniers remparts face à la crise. Une union aussi inédite que fragile, qui pourrait contribuer à redéfinir les équilibres du pouvoir en France.