Le nantais Gazotech s’allie avec Stellantis et l’ancienne centrale à charbon de Gardanne
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Le nantais Gazotech s’allie avec Stellantis et l’ancienne centrale à charbon de Gardanne

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Après avoir levé des fonds auprès de Cristal Union l’année dernière, la start-up nantaise Gazotech passe la vitesse supérieure. Elle collabore avec Stellantis pour installer une unité de production de gaz vert, basée sur la pyrogazéification, sur un des sites de l’industriel. En parallèle, Gazotech se penche sur une installation plus grosse, au sein de l’ancienne centrale à charbon de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui devrait voir le jour en 2028.

La start-up Gazotech souhaite multiplier les installations de pyrogazéification en France, soit directement sur les sites des industriels, soit pour les relier au réseau de gaz — Photo : Gazotech

Gazotech s’apprête à mettre les pleins gaz ! Fondée en 2019, la start-up produit du gaz vert afin de proposer une alternative au gaz naturel pour les entreprises. Après avoir levé 5,5 millions d’euros l’année dernière auprès de l’agro-industriel Cristal Union, sucrier connu pour des marques comme Daddy, et de Bpifrance, Gazotech collabore désormais avec le constructeur automobile Stellantis. L’ambition est d’installer une unité de production de gaz sur un des sites de l’industriel. En parallèle, la start-up de dix salariés travaille avec l’association des travailleurs de l’ancienne centrale à charbon de Gardanne, près de Marseille. Ensemble, ils souhaitent installer une centrale de production de gaz vert qui sera injecté dans le réseau gazier, ce qui pourrait créer 50 emplois directs sur le site. "La production de gaz devrait y être lancée courant 2028", vise Maël Disa-Vingataramin, co-fondateur et dirigeant de Gazotech.

Un procédé différent de la méthanisation

Gazotech a fait de la pyrogazéification son cheval de bataille. Il s’agit d’un procédé thermochimique qui fonctionne à plus de 800 degrés, en présence d’une faible quantité d’oxygène. Il vise à convertir des résidus forestiers ou des résidus agricoles secs, comme du marc de raisins épuisé, en un gaz de synthèse (Syngaz). La pyrogazéification se distingue ainsi de la méthanisation, qui consomme des résidus humides. De plus, la réaction engendre un autre co-produit, un charbon végétal, nommé biocharbon. Cette matière séquestre du carbone, et peut être utilisée pour amender les sols agricoles, ou pour le secteur de la sidérurgie.

Exploitant plutôt qu’équipementier

Dans ses premières perspectives, Gazotech souhaitait jouer le rôle de l’équipementier, en livrant une mini-centrale de production sur les sites des industriels, qui se chargent après de l’exploitation. "Après plusieurs discussions, de nombreux industriels ne souhaitent pas s’engager dans la gestion de la production", analyse le dirigeant. Son entreprise doit ainsi prendre les devants. Gazotech exploitera elle-même les installations, et produira donc le gaz qu’elle revendra ensuite aux industriels, comme cela sera le cas avec Stellantis. "L’installation de la centrale coûtera environ 15 millions d’euros. Nous établirons ensemble un contrat de vente sur plusieurs années", relate Maël Disa-Vingataramin. La totalité du gaz produit sera alors achetée par Stellantis à Gazoenergy, une filiale de Gazotech créée spécifiquement pour ce site. "Par rapport à un simple rôle d’équipementier, c’est in fine plus complexe pour nous, mais aussi plus rémunérateur", prévoit le dirigeant.

Une centrale reliée au réseau de gaz

Au-delà de partenariats en B to B très localisés, Gazotech s’attaque aussi à des projets de plus grande envergure, qui pourront être reliés au réseau gazier. C’est le cas de l’ancienne centrale à charbon de Gardanne, qui accueille déjà un site de production d’énergie de biomasse. "Aujourd’hui, de nombreux déchets de bois de la région PACA sont exportés vers l’Italie. Nous pourrons les revaloriser sur place, et en faire un gaz vert pour l’industrie maritime, et utiliser le biocharbon pour des industriels locaux de la sidérurgie", projette Maël Disa-Vingataramin. La première tranche du projet, liée à l’approvisionnement et la préparation des déchets de bois sera opérationnelle à l’été 2026. "Nous créons une société commune, Bio-methane Provence. Les travailleurs de la centrale font partie de l’actionnariat du projet", détaille Maël Disa-Vingataramin. À terme, Gazotech se projette avec une multitude de filiales, rattachées à chaque fois à un projet territorial.

Une levée de 50 millions d’euros espérée ce semestre

Le raccordement au réseau du site de Gardanne nécessite d’inclure des procédés plus complexes. L’investissement total devrait être entre 150 et 200 millions d’euros. Une somme que Gazotech espère collecter auprès d’un consortium d’investisseurs. En parallèle, la start-up prévoit une nouvelle levée de fonds, de minimum 50 millions d’euros d’ici la fin de l’été 2025. "L’objectif est d’amener des fonds propres dans nos deux projets en cours. Cela permettra de rester impliqué, et ne pas seulement avoir le rôle de développeur des projets", explique Maël Disa-Vingataramin. Gazotech se projette également sur d’autres territoires. Un projet pourrait d’ailleurs voir le jour dans le Grand Ouest. "Initialement, la conversion de la centrale à charbon de Cordemais à la biomasse accaparait 100 % des volumes de bois de la région. L’arrêt du projet Ecocombust rebat les cartes, et libère de grandes quantités de matières premières", analyse le dirigeant.

De la R & D dans les tuyaux

Historiquement, Gazotech s’appuie sur une technologie développée par l’entreprise indienne Ankur Scientific Energy Technologies (ASET), et possède une licence exclusive pour la France. "Celle-ci a fait ses preuves avec plus de mille références à travers le monde, notamment en Asie dans des zones reculées, où l’accès à une source d’énergie est complexe", relate Maël Disa-Vingataramin. En parallèle, l’entreprise mène des recherches sur son propre gazogène, au sein d'un centre R&D mutualisé avec le groupe la Florentaise, entrée au capital de Gazotech en 2022. "Nous sommes à un TRL 7 (niveau de maturité technologique élevé, NDLR). Notre design permettra de mieux séparer les différentes étapes, et d’obtenir un gaz plus propre. Cela induit un nombre réduit de filtrations, et donc des dépenses d’exploitation moindres. Travailler sur un gazogène, imaginé et industrialisé en France, représente une certaine avancée en termes de souveraineté énergétique", défend-il. Concepteur de gazogène, producteur d’énergie, exploitant, fournisseur pour l’industrie maritime et la sidérurgie… Nul doute que des fonds seront nécessaires pour que Gazotech puisse cumuler toutes ces casquettes.

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