Un simple message sur le site internet de cette société installée dans la zone d’activité de Rousset, près d’Aix-en-Provence, signe la fin d’une longue aventure. "Après cinquante ans, le Groupe Gaillard […] ferme définitivement ses portes. Nous tenions à vous remercier de votre collaboration, de votre soutien et de votre fidélité, toutes ces années. Merci infiniment".
Avant la chute
Derrière les mots, c’est une très mauvaise nouvelle pour l’industrie locale des Bouches-du-Rhône. Dans un jugement en date du 10 avril, le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence a en effet placé en liquidation judiciaire la holding Kerlinkin Medical qui détenait au total cinq entreprises dont le Groupe Gaillard. Cette PME créée en 1975 était spécialisée dans la distribution et la vente de matériel médical, "notamment dans la location d’équipements (lits, matelas anti-escarres, fauteuils roulants, etc.) destinés au maintien à domicile", selon le site internet du Quotidien du médecin qui précise que "les 178 salariés, répartis dans 16 agences assuraient le suivi d’environ 9 000 patients". La crise sanitaire du Covid l’avait confortée. Son chiffre d’affaires s’élevait à 15,7 millions de chiffre d’affaires en 2022.
Le pari (raté) de la croissance externe
Les difficultés du Groupe Gaillard ont commencé après son rachat au groupe aixois d’Ehpad, IGH, en avril 2023 par un investisseur entrepreneur dénommé Stéphane Leduc. Selon La Provence, c’est à ce moment-là que la société aurait été prise "dans une frénésie de rachats" précipitant sa perte et ne parvenant pas à transformer le pari de la croissance externe. "Il y a d’abord Paramat, un grossiste concurrent déjà mal en point, puis d’autres sociétés moins connues du secteur, puis New Planet Media, un éditeur de sites d’informations médicales acheté 200 000 euros, pour finir par la création de Matou Technologies", précise le quotidien régional.
Redressement judiciaire en décembre 2024
L’explosion des charges et de la masse salariale, ainsi que les salaires des dirigeants et les choix "d’un sulfureux conseiller placé trois fois en faillite personnelle", auraient conduit à plonger les finances dans le rouge en mars 2024, "l’entreprise ne pouvant notamment plus régler ses 294 fournisseurs et prestataires". Ce qui a logiquement conduit à l’ouverture d’un redressement judiciaire le 10 décembre dernier.
300 salariés dans le groupe
L’entreprise avait pourtant gagné quelques marchés. Dont un appel d’offres pour des fauteuils roulants, d’un montant de six millions d’euros, avec le CHU de Toulouse en septembre 2024 apprend-on sur les sites internet d’informations légales. Mais les difficultés de trésorerie (un trou de 10 millions d’euros dans les caisses est évoqué) n’auront jamais pu être surmontées. Au total, près de 300 emplois seraient concernés en comptant toutes les entreprises détenues par la holding Kerlinkin Medical (Emilabo, Energie Medical, Provence Medical, Espace médical, La Populaire P). Ce qui plonge les salariés dans un profond désarroi. "On a vécu un enfer depuis le rachat. Cela fait plusieurs mois que nous n’avons plus de travail, l’entrepôt est vide, des conteneurs sont bloqués sur le port de Marseille, on n’a plus du tout d’activité à part recevoir des huissiers et des mises en demeure", a confié l’un d’eux à La Provence.
Cette situation est un triste cas d’école : c’est la première fois qu’un réseau national dans le secteur d’activité des prestataires de santé à domicile (PSAD) est placé en liquidation judiciaire en France.