Le groupe Actéo, propriétaire du fabricant de peinture Théolaur et de l’entreprise de distribution Théodore Maison de Peinture, vient de changer de nom. À l’occasion de son bicentenaire, l’entreprise familiale basée à Noyelles-lès-Seclin (Nord) a pris le nom de Groupe Théodore (110 M€ de CA en 2024). Ce changement s’avérait nécessaire pour améliorer la lisibilité de ses activités à l’heure où l’entreprise prépare le lancement, courant juin, de son projet "Vision 2030" dont elle a déjà commencé à poser les fondations.
En 2023, Théodore a notamment ouvert son capital à l’extérieur, pour la première fois de sa longue histoire, en vue de financer ses évolutions. La société d’investissement Geneo et Bpifrance ont alors fait leur entrée au tour de table, aux côtés des représentants majoritaires des deux familles historiques, les Coisne-Verley et les Robardey. Dès le mois de juin, le groupe va d’ailleurs aller plus loin en déployant l’actionnariat salarié auprès de ses 470 collaborateurs.
Unifier deux entreprises historiques
Ce regroupement sous une même bannière doit encourager les différentes entités du groupe à travailler davantage ensemble et à coconstruire. "C’est une évolution dans notre tradition familiale", détaille Hugo Robardey, codirecteur du groupe et représentant de la quatrième génération de dirigeants de cette entreprise, dont l’origine remonte à 1825. "Historiquement, nos deux filiales se développaient en parallèle, précise-t-il. Nous avons la volonté de les faire collaborer davantage".
"Historiquement, nos deux filiales se développaient en parallèle. Nous avons la volonté de les faire collaborer davantage".
Pendant 200 ans, le groupe Théodore c’était ainsi deux familles et deux entreprises différentes. Les Coisne-Verley sont les descendants directs de Théodore Lefebvre, qui a fondé son entreprise de fabrication de peinture en 1825. Les Robardey ont pris la tête de Lauragais Peinture, créée en 1942 dans le pays toulousain par l’arrière-grand-père d’Hugo Robardey.
Un premier rapprochement en 2000
Dans les années soixante-dix, Olivier Robardey, père de l’actuel codirigeant, rejoint l’entreprise. Aux côtés d’Olivier Verley, issu de la branche nordiste, il sera à l’origine du rapprochement des deux sociétés dans un groupe en 2000. Lauragais s’était fait un nom dans la conception de solvants, tandis que Théodore Lefebvre disposait de son propre réseau de distribution depuis 1975. Sur cette base, les deux entreprises ont développé une activité parallèle : d’un côté, la fabrication (en s’appuyant sur un système qui permet de proposer des teintes entièrement personnalisables), de l’autre, la distribution.
"C’était une idée brillante", considère Laurent Letort, codirigeant du groupe Théodore. C’est ce qui a permis d’assurer notre avenir". Après ce premier rapprochement, Théodore évolue aujourd’hui vers un modèle plus unifié. Malgré son expansion, l’entreprise défend un esprit de corps. "On nous a légué un héritage que nous tentons de préserver, malgré notre croissance… ce qui n’est pas toujours évident quand on est dispersé partout en France", explique Laurent Letort. Il relève à ce propos un détail amusant : l’organisation et l’esprit d’entreprendre en famille infusent dans les succursales du groupe. "Les enfants de certains salariés arrivent pour prendre la relève !"
Des produits aux services
À l’occasion de son bicentenaire, Théodore opère également une révolution dans son approche métier, mettant en avant une stratégie pleinement "phygitale". Une évolution qui intervient quelque 50 ans après le lancement de son propre réseau de distribution, en 1975, faute de s’entendre avec les grandes surfaces spécialisées. Pour se lancer cette fois dans l’ère numérique, l’entreprise a racheté en avril 2024 la société parisienne Monsieur Peinture. Grâce à cette plateforme de mise en relation entre particuliers et artisans, le fabricant et distributeur de peintures se positionne désormais comme un apporteur d’affaires pour les professionnels et un facilitateur pour sa clientèle, garantissant la gestion des flux et le bon déroulement des chantiers, du premier au dernier jour.
"Nous avons bien conscience que vendre des produits n’est plus suffisant".
Un an après cette acquisition, la greffe a bien pris : 3 500 entreprises ont postulé pour intégrer la plateforme, gérée par une vingtaine de collaborateurs. Parmi celles-ci, seules 200 étaient auparavant clientes du groupe nordiste. Théodore travaille régulièrement avec 350 d’entre elles sur l’ensemble du territoire national. "Nous pensons que nous pouvons aller encore plus loin en proposant d’autres prestations, des formations… Nous avons bien conscience que vendre des produits n’est plus suffisant. L’enjeu est d’arriver à faire travailler tous les maillons de la chaîne pour offrir le meilleur service possible", résume Hugo Robardey.
Renforcer le maillage national
Au beau milieu de ces évolutions, le groupe poursuit le développement de sa présence dans l’Hexagone. Il vient de racheter son homologue Hamelin Décor (7 M€ de CA, 26 collaborateurs), à la barre du tribunal de commerce. Cette opération lui permet de renforcer sa présence dans l’Yonne avec cinq nouveaux points de vente et d’ajouter une activité de négoce de matériel d’enduit et de peinture, dont le groupe va accélérer le développement. "Nous commençons à nous étendre au nord de la Bourgogne pour densifier nos implantations dans l’Est, où nous sommes peu présents", précise Laurent Letort, codirecteur et responsable de la partie distribution.
S’il est surtout question de consolider les relations avec ses partenaires dans le sud du pays, la question du développement reste ouverte ailleurs, notamment en région Centre. "Nous avons doublé la taille du réseau en dix ans", résume celui qui a été recruté en 2014 pour étoffer ce maillage, aujourd’hui constitué de 83 agences. Ce mouvement accélère depuis deux ans, soutenant la croissance du chiffre d’affaires, qui s’établissait à 15 % entre 2023 et 2024.