Le Crédit Mutuel Arkéa garde sa volonté d'indépendance
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Le Crédit Mutuel Arkéa garde sa volonté d'indépendance

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Moins d’un an après son arrivée à la présidence du Crédit Mutuel Arkéa, Julien Carmona présentait fin février les résultats 2021 de la banque bretonne, en compagnie de la directrice générale élue en février 2020, Hélène Bernicot, et de la directrice générale déléguée depuis 2016, Anne Le Goff. Une première pour le trio qui poursuit la stratégie initiée dès la fin des années 2000 basée sur le BtoB et sur une volonté d’indépendance.

Le Crédit Mutuel Arkéa possède 7 salles de marchés régionales, dont une à Brest de 29 salariés — Photo : Isabelle Jaffré

Le délicat passage de relais de la présidence, en juin 2021, entre Jean-Pierre Denis et Julien Carmona s’est déroulé sans douleur pour la banque bretonne. En 2021, le Crédit Mutuel Arkéa a en effet réalisé une année record. Ses revenus (produit net bancassurance, PNBA) ont atteint 2,531 milliards d’euros, un résultat en hausse de 17,3 % par rapport à 2020. À la fin de l’année, la banque comptait plus de 5 millions de clients (+4 % en un an). Son résultat net est également à son plus haut niveau historique, à 574 millions d’euros (+61 %), alors même qu’aucune opération exceptionnelle n’a eu lieu au cours de l’année, contrairement à 2019 avec la vente du groupe de gestion de patrimoine Primonial.

L’indépendance toujours un objectif

Ces bons résultats tombent plutôt bien pour la fédération du Crédit Mutuel Arkéa, qui regroupe le Crédit Mutuel de Bretagne (CMB) et le Crédit Mutuel du Sud-Ouest (CMSO), basé à Bordeaux. Elle s’oppose toujours à la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM), présidée par Nicolas Théry. Ce dernier est également le président du Crédit Mutuel Alliance fédérale (ex-CM-CIC), qui compte 13 fédérations du Crédit Mutuel sur 18.

Depuis 2014, les Bretons (et Bordelais) tentent activement de sortir de la confédération. Arkéa avance depuis de nombreuses années ses arguments : craintes sur les emplois en local, volonté de conserver sa propre stratégie basée sur le BtoB et l’innovation, concurrence déloyale du réseau CIC sur son territoire, etc. En 2018, plusieurs milliers de salariés étaient même partis manifester à Paris, sous les fenêtres de Bercy. La bataille de l’indépendance – ou de l’autonomie, selon le vocabulaire choisi par Arkéa – se jouait alors dans la rue, devant les tribunaux, avec quelques revers pour les Bretons, et devant les autorités de régulation, comme la banque centrale.

Ces deux dernières années, le dossier a été mis entre parenthèses par les autorités à cause de la crise du Covid. "Nous avons bon espoir que le travail reprenne sur notre dossier. Le projet d’autonomie reste un pilier de la stratégie du groupe", déclare Julien Carmona. "S’il y a une alternative à une sortie complète, je dis pourquoi pas ? Mais je n’en vois pas. Nous continuons à faire face à des tentatives de mise sous tutelle, encore l’année dernière." En effet, la banque bretonne s'est vu refuser de s’appeler Arkéa, sans le nom "Crédit Mutuel" accolé et elle doit faire valider par la confédération ses investissements, acquisitions, nouveaux produits, etc. "Ce que nous contestons actuellement devant la justice !", précise le président.

Pour ce dernier, les résultats de la banque, en hausse année après année, sont "la réussite de notre modèle singulier de banque de taille intermédiaire, coopérative et diversifiée, insiste Julien Carmona. Nous sommes plus petits, et donc plus agiles, que les grandes banques françaises, mais nous ne sommes pas une petite banque."

Au capital d’une centaine d’entreprises

La stratégie que le Crédit Mutuel Arkéa veut continuer à mettre en œuvre mise sur les activités BtoB du groupe. En 2021, ce pôle a largement contribué à la croissance du groupe à hauteur de 16 % des revenus, pour 409 millions d’euros.

Le virage pris en 2008 dans le capital-risque porte aussi ses fruits. La performance sur le résultat net est en partie portée par la valorisation des activités de capital investissement. Aujourd’hui, le Crédit Mutuel Arkéa intervient dans une centaine d’entreprises pour un peu plus d’un milliard d’euros. "Nous sommes des actionnaires minoritaires, nous intervenons sur du temps long", rappelle Anne Le Goff, la directrice générale déléguée. En moins de 15 ans, Arkéa est devenu un acteur incontournable de l’économie bretonne et au-delà. Elle a, par exemple, permis au Morlaisien Jo Le Mer de reprendre en main Sermeta, à la sortie du capital du fonds américain Carlyle.

Julien Carmona, président, Hélène Bernicot, directrice générale et Anne Le Goff, directrice générale déléguée, ont présenté les résultats du Crédit Mutuel Arkéa au siège du Relecq-Kerhuon (Finistère) — Photo : Isabelle Jaffré

Autre choix fort de la banque, à partir de 2007 : l’arrêt des opérations de spéculations sur les marchés financiers. La banque conserve une salle des marchés pour le compte de ses clients et pour se refinancer, comme l’exige la réglementation. Cette salle des marchés, avec vue sur mer, compte 29 personnes au Relecq-Kerhuon, près de Brest. Arkéa possède 6 autres salles des marchés régionales, à Paris et Lyon notamment pour un total de 50 salariés.

Devenir entreprise à mission en 2022

Le Crédit Mutuel Arkéa insiste aussi sur l’innovation pour se différencier. Le groupe a investi au capital de nombreuses fintech (Linxo, Leetchi, Yomoni, Pumkin, etc.). Un service spécialisé dans les données et l’intelligence artificielle a également été créé en 2021. Pour 2022, la banque a plusieurs projets comme la structuration d’une filière mer et la construction d’une autre dans le secteur du vin dans le Sud-Ouest. Les dirigeants restent cependant prudents étant donné le contexte. "Nous n’avons aucune participation directe en Ukraine et en Russie. Mais il y aura de toutes façons des conséquences indirectes, ne serait-ce que sur le marché des matières premières", explique Hélène Bernicot, la directrice générale.

Surtout, la banque poursuit son travail sur la mesure de sa performance globale avec une mesure en euros de son impact extra-financier. De premiers résultats, partiels, ont été présentés fin 2021. La prochaine publication est prévue à la fin de l’année. L’objectif est de progresser sur les questions sociétales et de transition écologique en interne mais aussi en externes. "L’idée n’est pas de contraindre mais d’accompagner le changement. Il n’est pas question, par exemple, d’abandonner nos clients dans le domaine agricole mais de les aider", fait remarquer Anne le Goff.

Dans le cadre de ce travail de meilleure prise en compte des enjeux environnement, sociétaux et territoriaux, le conseil d’administration de la banque a également prévu de présenter au vote de l’assemblée générale le passage en entreprise à mission. "C’est un travail que nous avons amorcé il y a longtemps, avec notamment notre raison d’être annoncée dès 2019", souligne Hélène Bernicot.

Deux stratégies, RSE et capital-investissement, qui se rejoignent avec le fonds We Positive Invest. Lancé en 2016 et doté de 20 millions d’euros, il permet à Arkéa d’investir dans des entreprises "vertueuses", à l’image d’Algo Paint (Ille-et-Vilaine), qui produit une peinture biosourcée à base d’algues. Un second fonds We Positive Invest a vu le jour en 2021, doté de 50 millions d’euros.

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